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Vendredi 04 mars 2016 | salon de l’agriculture

Malgré la crise, l’agriculture de demain pointe son nez


Les vives tensions qui se sont manifestées sur le Salon de l’agriculture édition 2016 n’ont pas empêché celui-ci de présenter un visage résolument nouveau, moderne. Les nouvelles technologies, depuis le numérique jusqu’à la génomique, en passant par l’usage du satellite et les projections de l’Inra que deux ministres sont venus soutenir : l’agriculture de demain a commencé à se profiler au Salon de l’agriculture.


Même si les tensions ont été fortes, même si la crise de l’agriculture a émaillé un bon nombre de réunions et visites politiques, à commencer par celle du président de la République, ce qui restera du Salon de l’agriculture 2016 aura peut-être un tout autre profile. Les technologies modernes commencent à faire leur apparition dans le monde agricole, à attirer les talents et les capitaux.

Un exemple fort : cinq start-up agricoles (Monpotager.com, Miimosa, Agriconomie, Ekylibre et Weenat) ont lancé, le 29 février au Salon de l’agriculture, la Ferme digitale, une association dont l’objectif est de promouvoir le développement du numérique en agriculture. Ces start-up ont déjà quelques années d’existence, mais ses jeunes dirigeants ne se sont découverts qu’il y a six mois, retrace David Joulin, co-fondateur d’Ekylibre, une entreprise dont l’ambition est de faire passer la durée moyenne de l’activité administrative des paysans de 500 à 100 heures par an, voire même d’atteindre le « zéro saisie », grâce à un logiciel qui « permet de simplifier la gestion de l’exploitation agricole ». « Nous voulons porter un message aux politiques et aux professionnels agricoles pour la formation du milieu agricole sur le numérique », a expliqué le fondateur de la plateforme de financement participatif Miimosa Florian Breton. Sa plateforme a accueilli 200 porteurs de projets, et permis de lever un million d’euros en 2015 ; cette année, l’ambition est d’attirer 700 porteurs de projets, et d’impliquer parmi les investisseurs, de grandes entreprises via leurs investissements RSE.

Un manque d’offre

« Les agriculteurs sont très connectés mais il y a un manque d’offre numérique dans le secteur agricole, et cette offre manque de simplicité », explique Clément Le Fournis, directeur général d’Agriconomie, du haut de ses vingt-quatre ans. « Ils n’ont pas la perception de ce que ça peut leur apporter. Les gens associent souvent numérique avec révolution, et c’est anxiogène. Nous voulons porter un message responsable », étaye le directeur général de Miimosa, à peine plus âgé. D’autres startup comme La ruche qui dit oui (plateforme numérique de circuits courts), Naïo technologies (robots autonomes agricoles) ou Airinov (drones) pourraient rapidement les rejoindre. Dans cette optique, la Ferme digitale va bientôt réaliser un manifeste, rapporte Florian Breton. Un texte qui inscrira « dans le marbre » leur vision, afin de « porter une déontologie, et de recruter des start-up ».

Un engouement récent

À les écouter, ces cinq start-up ne sont que les prémices d’une vague de grande ampleur. « L’agriculture n’a pas encore été disruptée (bouleversée) par le numérique, explique Florian Breton. Les start-up agricoles, c’est nouveau. Depuis deux ou trois ans, il y a une accélération, une vraie dynamique ». Dans le cadre de la levée de fonds qu’il a réalisée pour son entreprise, le DG de Miimosa a rencontré de nombreux fonds d’investissement de la place parisienne : « Tous m’ont dit qu’ils cherchent à se positionner sur l’agriculture numérique, à avoir une à trois start-up dans le portefeuille ». Cette dynamique s’est matérialisée au Salon de l’agriculture, où il était difficile de passer à côté des start-up, dans le hall 4 réservé aux organisations professionnelles agricoles et aux institutions. À côté du stand des cinq start-up de la Ferme digitale, étaient regroupées Naïo technologies, Airinov, la Ruche qui dit oui.

Simplifier le travail, dégager du temps

Ces jeunes entrepreneurs ne sont pas les seuls à prêcher pour le numérique. Les chercheurs également. « Je suis convaincu que c’est une prochaine révolution parce que le numérique est utile », a expliqué Christophe Guizard, chercheur en capteurs optiques pour l’Irstea (institut de recherche en environnement et agriculture), le 2 mars au Salon de l’agriculture. Les besoins : simplifier le travail des agriculteurs et leur dégager du temps, dans un monde de plus en plus exigeant et complexe. Le chercheur a passé en revue les dernières retombées du numérique en agriculture : nouveaux capteurs (petits, basse consommation, sophistiqués, intelligents), smartphones, communication entre machines et connectivité. « L’ensemble du fonctionnement de l’agriculture sera complètement différent dans dix à quinze ans », étaye le directeur scientifique de l’Inra Christian Huyghe.

Nouvelles valeurs, nouvelles relations

Parmi ces entreprises qui peuvent faciliter la vie des agriculteurs, Wefarmup, une entreprise lancée lors du dernier Sommet de l’élevage, et qui se veut le « blablacar » de l’agriculture. Agriculteur lui-même, son fondateur Laurent Bernède a présenté son service sur le stand de la Ruche qui dit oui. Son application permet aux agriculteurs de louer des machines agricoles chez d’autres agriculteurs très simplement. Pour un tracteur de 150 CV, il en coûtera 180 euros la journée de huit heures. Côté locataires : elle est notamment destinée aux agriculteurs qui hésiteraient à investir dans des engins neufs qu’ils utilisent peu. Côté propriétaires : elle s’adresse notamment aux agriculteurs « capables de désigner les machines qu’ils ont acheté à tort ». Mais elle pourrait trouver un usage chez les concessionnaires ou les Cuma, afin d’optimiser l’usage de certains engins. La plateforme n’est pas dédiée uniquement aux engins de culture, il est aussi possible d’y louer des fromageries, des cuisines, des étiqueteuses… Pour toutes ces machines, Wefarmup prélève 15 % du montant de la location. « On a visé l’aspect économique, mais des gens me disent : vous allez m’aider à aller à la rencontre de mon voisin », rapporte Laurent Bernède.

Les promesses des images vues du ciel

Il n’y aurait pas d’assurance prairie possible sans l’apport des satellites. C’est ce qu’a bien démontré Charlotte Gabriel-Robez, responsable du domaine optique chez Airbus Defence & Space, le mars, invitée sur le stand du Credit agricole par sa branche assurance Pacifica. Les images satellites permettent d’observer, grâce aux dernières technologies, l’état d’avancement des prairies à un moment donné, commune par commune, et de le comparer à un historique de plusieurs années. Ce qui permet alors, pour l’assureur, de garantir une situation de prairie par rapport à la normale espérée, déduction faite d’une franchise. Via Farmstar, le satellite permet aussi de gérer l’apport d’azote sur des champs de culture. Un service qui s’adresse aujourd’hui à 17 000 agriculteurs pour 90000 parcelles et 800 000 ha. Demain, avec l’activité complémentaire de drones, ce type de service pourra aussi permettre de gérer l’usage des produits phytos et donc d’en économiser l’emploi. Bien d’autres usages sont pressentis, notamment pour l’agriculture dans les pays en développement. Entre les drones et les satellites, voici qu’arriveront bientôt aussi des HAPS (High altitude platform station), des machines géostationnaires qui devraient rester à des altitudes de l’ordre de 20 kms et fournir des images d’une précision inédite.

Affluence incertaine porte de Versailles

Au jeudi 3 mars, les estimations en ce qui concerne l’affluence du public au Salon de l’agriculture, porte de Versailles à Paris, étaient très incertaines. À en juger par des impressions diffuses, certains jours étaient marqués par des allées moins denses de monde que traditionnellement. Président du Salon, Jean-Luc Poulain affirmait qu’il était trop tôt, le 3 mars, pour se faire une idée définitive. Habitué de longue date à arpenter les allées du Salon, le directeur du Cedus (Centre de documentation du sucre), Bertrand du Cray constatait néanmoins une forte affluence autour des points d’information du secteur betteraves-sucre, qui se situaient surtout, cette année, dans le cadre des régions. Autour d’une distribution de pas moins de 5 000 crêpes, les questions fusaient sur le poids de la betterave sucrière dans la région. À suivre cette fréquentation, « on voit que l’attachement des Français à leur agriculture » ne se dément pas, constatait-il.

MR



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