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Vendredi 26 octobre 2018

Moins de risques de cancer chez les consommateurs réguliers de produits bio


Une étude menée sur près de 70 000 personnes révèle une corrélation entre une consommation régulière d’aliments issus de l’agriculture biologique et une diminution du risque de développer un cancer. Difficile, cependant, de prouver un lien de cause à effet pour le moment.


Les acheteurs réguliers de produits bio ont moins de risques de développer des cancers par rapport à ceux qui en consomment peu ou pas. Telle est la conclusion d’une étude publiée le 22 octobre dans la revue américaine Jama Internal Medicine, réalisée par des équipes de l’Inra, l’Inserm, l’Université Paris 13 et du Cnam. Un lien particulièrement marqué sur les cancers du sein chez les femmes ménopausées (-34 % de risques) et les lymphomes (-76 %).

Pour aboutir à ce résultat, les chercheurs ont suivi 68 946 personnes issues de la cohorte NutriNet-Santé, qu’ils ont réparties en quatre catégories, selon la fréquence de leur consommation déclarée de produits bio. Après sept ans de suivi, il s’est avéré que les consommateurs réguliers de bio (au moins 50 % de leur alimentation) avaient 25 % de risques en moins de développer un cancer, par rapport aux personnes ne consommant aucun produit issu de l’agriculture biologique. En absolu, l’augmentation est de six malades supplémentaires pour 1000 personnes.

Selon les chercheurs, cette corrélation peut s’expliquer par la présence de résidus de pesticides « plus fréquente et à des doses plus élevées » dans les aliments produits par l’agriculture conventionnelle, ou par des « teneurs potentiellement plus élevées en certains micronutriments » dans les aliments bio. Ils privilégient « la piste des pesticides, car peu de recherches existent sur les liens entre micronutriments et diminution des risques de cancer », indique Emmanuelle Kesse-Guyot, l’une des scientifiques qui a participé à ces travaux.

Les résultats ont rapidement fait réagir associations et monde politique. Générations Futures a « salué » les résultats de l’étude, appelant l’État à amplifier son soutien à l’agriculture biologique. Le député LREM Mathieu Orphelin, président du collectif parlementaire en faveur de l’écologie « Accélérons », s’est réjoui « d’une magistrale démonstration scientifique ». Même le nouveau ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume a « salué » l’étude de l’Inra, quelques jours après ses propos polémiques sur la nécessité, pour les scientifiques, d’apporter la preuve de la nocivité des pesticides.

Aucun lien de cause à effet prouvé pour le moment

Mais que démontre réellement cette étude ? Selon ses auteurs, « aucun lien de cause à effet ne peut pour le moment être établi sur la base de cette seule étude » entre consommation de bio et diminution du risque de cancer. En effet, la méthodologie employée de cette étude observationnelle, ne peut, par définition, souligner qu’une corrélation entre ces deux facteurs. La corrélation est toutefois « sérieuse », indique Emmanuelle Kesse Guyot, qui cite le large panel et la précision des données. Par ailleurs, « les deux cancers retrouvés le plus chez les consommateurs de produits non bio (lymphome et cancer du sein) sont également des maladies surreprésentées chez les agriculteurs », précise la scientifique, qui parle de « faisceau de preuves important ».

L’étude a par ailleurs pris en compte certains biais de résultats. On pourrait en effet penser que les consommateurs de bio ont un mode de vie plus sain que les autres, ce qui leur permettrait d’éviter certains cancers. Pour éliminer ces biais, les chercheurs ont demandé aux participants de renseigner une longue liste d’informations sur leur mode de vie (pratiques sportives, alimentation plus ou moins industrielle, consommation de tabac, niveau de vie..etc). La prise en compte de ces données n’a pas modifié sensiblement les résultats.

Trois experts d’Harvard ont cependant regretté, dans un article paru le même jour dans Jama Internal Medicine, que l’hypothèse selon laquelle une alimentation bio permet une sous-exposition aux pesticides ne soit pas vérifiée, même si une telle affirmation « n’est pas forcément fausse ». Les auteurs de l’étude n’ont en effet pas vérifié massivement si les traces de pesticides présentes dans le corps des personnes de la cohorte correspondaient avec leur alimentation. Un problème de « coût, qui rend impossible ce type de recherche à grande échelle », indique Emmanuelle Kesse-Guyot.

Cependant, un sous-échantillon d’une dizaine de personnes a tout de même été testé, et « a donné des résultats concordants ». Au sein de ce groupe, les consommateurs réguliers de bio avaient effectivement moins de pesticides dans les urines que les autres. Les chercheurs prévoient par ailleurs de croiser prochainement leurs données avec celles d’un laboratoire allemand disposant de données précises à ce sujet.

L’Inra appelle en tout cas à « confirmer les conclusions de cette étude par d’autres investigations conduites sur d’autres populations d’étude, dans différents contextes », avant « la mise en place des mesures de santé publique adaptées et ciblées ».

L’Inra appelle à « confirmer les conclusions de cette étude par d’autres investigations»

FC



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