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Lundi 23 janvier 2012 | biotechnologies

OGM : à l’Inra comme au Cirad, une recherche a minima


À l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) comme au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), la recherche sur les OGM tourne a minima. Les deux instituts ne sont plus sollicités pour l’amélioration de variétés destinées à la commercialisation. Les biotechnologies de transgénèse sont limitées à des travaux de recherche fondamentale.


À l’Inra la recherche sur les OGM reste limitée, à peine 2% des programmes de recherches, a indiqué Marion Guillou, p.-d.g. de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) dans un entretien avec Agra-Presse le 18 janvier. Mais il s’agit essentiellement de recherche fondamentale. « Oui, la recherche sur les OGM existe à l’Institut, pour comprendre les gènes et identifier les caractères correspondants », dit-elle. Pour les chercheurs de l’Inra, c’est une technologie qui fait gagner du temps mais qui n’est pas utilisée à des fins de commercialisation de produits issus de la transgénèse. Cette utilisation de la transgénèse est donc loin de la perception des OGM par le grand public. « Et comme il n’y a pas de demande de la société, l’Inra n’a plus de programme d’innovation OGM au sens où l’entend le grand public », explique la présidente de l’Inra.

Rester compétents sur le sujet

Pour autant, « nous entendons rester compétents sur ce sujet, ne serait-ce que parce que les surfaces de cultures GM s’étendent régulièrement dans le monde et que notre expertise peut être sollicitée », a souligné Marion Guillou, « Nous voulons rester compétents dans l’innovation des plantes et ainsi être prêts à mobiliser rapidement des caractères et propriétés en urgence, si par exemple une catastrophe sanitaire survient dans certaines cultures, comme le blé », a-t-elle insisté, désignant là les OGM dits « biens publics », notion définie par le conseil d’administration de l’établissement dans une décision du 27 juin 2007. « Les innovations développées par l’institut, transgéniques ou non, viseront des cibles d’intérêt collectif qui répondent à des défis décisifs pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement», précise cette décision. Les recherches biotechnologiques de l’Inra peuvent conduire l’institut à concourir à l’amélioration des plantes, comme par exemple la résistance à la sécheresse ou la capacité des plantes à fixer l’azote de l’air. Tel est le cas du consortium « Breedwheat », consortium de 26 partenaires, dont Limagrain, sur la génomique du blé. En revanche, la recherche visant à mettre au point la tolérance d’une plante à un herbicide est exclue, parce que la finalité commerciale serait évidente. Cette même décision du 27 juin 2007 prévoit que le recours à la transgénèse est possible dans le cadre de la recherche, sur la base d’une évaluation comparative par rapport aux autres innovations possibles, lorsque ces autres alternatives ne seront pas satisfaisantes : cette voie fera alors l’objet d’un accompagnement ouvert aux divers porteurs d’enjeux. C’était le cas de l’essai des porte-greffes génétiquement modifiés pour résister à la maladie du court-noué en plein air. L’essai a quand même été détruit par des faucheurs volontaires en août 2010, a rappelé Marion Guillou.

Au Cirad, la transgénèse de précision à l’étude

Au Cirad, même tendance : l’institut ne mène plus de travaux en vue de variétés OGM commerciales. Les chercheurs du Cirad utilisent tous les jours la transgénèse ou la mutagénèse (mutations provoquées par l’homme, pour accélérer les évolutions naturelles) pour faire s’exprimer ou s’éteindre des gènes, a indiqué Emmanuel Guiderdoni, directeur de recherche adjoint de l’unité d’amélioration des plantes au Cirad. « Nous travaillons un peu sur l’amélioration des méthodes de transgénèse pour les rendre plus précises », a-t-il détaillé. Il s’agit en l’occurrence de changer de gènes : on enlève un gène du génome et on le remplace par un autre, mais au même endroit du génome. Mais en dehors de ces recherches fondamentales, « nous n’avons plus de programmes en recherche OGM appliquée ».
En revanche, dans l’UE, les appels d’offres de la Commission sur des programmes d’OGM appliqués avaient disparu, mais ils tendent à revenir depuis deux ou trois ans. Les instituts de recherche publique qui prennent des appels d’offres sont aux Pays-Bas, en Espagne et en Allemagne. L’Italie et la France restent en retrait.
Les programmes du Cirad d’OGM commerciaux qui ont été abandonnés au début des années 2000 concernaient le cotonnier, le caféier et le riz.
(MN)