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Vendredi 04 octobre 2019

Pac: l’Allemagne ne doit pas « ignorer l’agriculture »


Volker Wissing est le ministre de l’Economie et de l’Agriculture du land allemand de Rhénanie-Palatinat, l’un des principales régions agricoles du pays. Dans un entretien accordé à Agra Presse à l’occasion d’une visite en France, ce membre du Parti libéral-démocrate (FDP) s’oppose à la position du gouvernement fédéral de diminuer le budget de la Pac, et alerte sur les conséquences de l’accord avec le Mercosur. Plus globalement, il appelle à mieux prendre en compte l’agriculture dans les politiques économiques de son pays, et investir dans l’innovation.


Un conflit politique est en train de naître au niveau européen entre la France et l’Allemagne sur le budget de la Pac, votre gouvernement souhaitant diminuer ce budget. Comment vous positionnez-vous, en tant que responsable politique d’une région agricole ?

Je pense qu’il faut faire attention sur cette question, et c’est ce que je dis au gouvernement fédéral. Si le libre-échange et le marché commun ne profitent qu’à l’industrie, si l’agriculture est laissée sur le carreau, cela ne pourra pas fonctionner à long terme. D’abord, parce que, politiquement, cela casse la confiance dans le système pour toute une partie de la population rurale, et cela donne le Brexit, ou des votes antieuropéens, et donc cela freine, à long terme, le libre-échange, dont dépend notre industrie.

Ensuite, parce que nos activités industrielles sont liées à l’agriculture, par exemple la chimie, la pharmacie animale, ou encore la construction de véhicules professionnels. Enfin, parce que l’agriculture valorise des terroirs, qui n’auraient aucune utilité sinon. Cela étant dit, dans ma région, l’agriculture ne représente même pas 10 % de notre PIB, contre 30 % pour notre production industrielle.

En parlant d’opposition entre agriculture et industrie, l’accord sur le Mercosur a beaucoup été poussé par le gouvernement et les industriels allemands au détriment de l’activité agricole…

C’est un sujet très important que j’aborde régulièrement avec le gouvernement fédéral et les autres ministres de l’Agriculture des autres Etats. Oui, cet accord est très important pour notre industrie, mais vaut-il le coup pour notre agriculture ? L’Union européenne impose de plus en plus de contraintes à nos agriculteurs, et, en même temps, laisse entrer des produits qui ne correspondent pas à nos normes. Encore une fois, attention à ce que tout le monde profite du libre-échange : il ne faut pas ignorer l’agriculture, sinon, tout le monde sera perdant.

Comment voyez-vous l’avenir de l’agriculture en Allemagne, et plus généralement en Europe ?

La clé est l’innovation, l’agriculture de précision, l’utilisation des données, etc. Dans ma région, nous réalisons de nombreux programmes d’investissements pour encourager un écosystème de start-up spécialisées dans l’agriculture. La puissance publique et le monde de l’entreprise doivent s’allier pour trouver des solutions aux défis que nous avons devant nous. En Rhénanie Palatinat, nous avons par exemple un grand centre de recherche sur l’intelligence artificielle, auquel sont associées certaines entreprises du secteur, comme John Deere.

La question de la confidentialité des données des agriculteurs est de plus en plus présente dans les débats concernant la numérisation de l’agriculture. Comment prenez vous en compte cette problématique en Allemagne ?

Nous sommes en train de créer une plateforme publique regroupant une multitude de données issues d’organismes publics, dans lesquels les agriculteurs vont pouvoir piocher en libre accès. Cette plateforme pourra aussi être le lieu d’échanges de données entre agriculteurs, de façon sécurisé. L’idée est de conserver de manière décentralisée ces informations, pour mieux les protéger. Ce projet, baptisé Géobox, a été lancé il y a deux ans, et est financé par des fonds publics fédéraux.

L’innovation, c’est aussi la transition écologique : quelle place occupe-t-elle dans votre politique agricole ?

Nous avons comme objectif de diminuer l’utilisation de produits phytosanitaires. Par ailleurs, nous souhaitons atteindre 20 % de production en agriculture biologique d’ici 2030. Mais sur ce sujet, il n’y a pas que le bio : j’estime que l’agriculture conventionnelle fait beaucoup pour maîtriser son impact environnement. Il ne faut, par ailleurs, pas perdre de vue la nécessaire performance économique lorsque l’on parle de transition écologique : l’un ne va pas sans l’autre.

La transition agricole, c’est aussi l’adaptation au réchauffement climatique. Avez-vous souffert de la sécheresse de l’an passé, à l’instar du grand Est en France ?

Oui, mais beaucoup moins. Nos sols sont globalement plus secs mais cela n’affecte pas notre production pour le moment, car notre région est privilégiée. Par contre, nous avons eu des problèmes avec la grêle. Nous discutons, dans ma région, sur l’idée de subventionner les assurances sur les sécheresses, au moins pour un temps, car elles sont encore très chères. Nous avons par ailleurs demandé à l’État fédéral d’avancer sur ce sujet avec Bruxelles.

« L’Union européenne impose de plus en plus de contraintes à nos agriculteurs »

« Conserver de manière décentralisée les données »

FC



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