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Lundi 16 juin 2014 | interview

Paul Auffray : « Récréer les conditions du développement »


Le Breton Paul Auffray a été élu pour trois ans à la présidence de la Fédération nationale porcine (FNP), à l'occasion de l'assemblée générale de cette section de la FNSEA, le 10 juin. Il se donne pour objectif la relance d'une filière dont les volumes sont en repli depuis plusieurs années.


Depuis sa création en 1963, vous êtes le premier Breton à la tête de la FNP. Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?

Je le prends comme un signe de confiance. S'il a existé par le passé des divergences entre les différents bassins de production, il y a aujourd'hui une analyse partagée. En nombre de producteurs, la filière porcine est relativement petite. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe des divisions. Et puis cela fait 18 ans que je suis à la FNP, cela m'a donné le temps de gagner la confiance de mes collègues.

Sous quel signe placez-vous votre mandat ?

La filière porcine traverse un moment difficile. Nous sommes entrés dans une spirale négative depuis quatre ans en termes de volume et d'effectif, que ce soit les producteurs et les sites industriels. Nous souhaitons redynamiser la production porcine en recréant les conditions du développement économique. Tout d'abord sur le plan administratif : trois ou quatre ans pour une étude d'impact, par exemple, ce n'est pas normal. Les délais sont inacceptables. Nous devons aussi avancer sur le portage des capitaux. La création d'un fonds de garantie de la filière doit être abordée. En la matière, des expériences intéressantes ont été menées notamment en Aquitaine. Par ailleurs, faut-il accepter des capitaux extérieurs dans la production porcine ? La question se pose, les investissements sont de plus en plus lourds.

Que faut-il pour remotiver les producteurs de porcs à investir ?

Il faut déjà que quelques éléments de conjoncture se débloquent, comme l'embargo russe. Nous pensons que l'été va bien se passer, mais je crains des difficultés à l'automne si ce dossier n'est pas débloqué. Il faut que l'activité redevienne rentable. Pour cela, soit on pleure dans notre coin, soit on crée un climat favorable. L'avenir appartient à ceux qui se retroussent les manches : l'investissement permet souvent de retrouver du résultat. Par exemple, certaines techniques d'économie d'énergie ont un retour sur investissement de moins de cinq ans.

Ces derniers mois, les pouvoirs publics ont créé la procédure d'enregistrement et intégré la filière porcine au Plan de compétitivité 2014-2020. Les feux sont au vert ?

Nous avions toujours buté sur la simplification administrative. Avec les crises de l'agroalimentaire, j'ai l'impression que les pouvoirs publics ont opéré une prise de conscience, mais nous attendons de voir sur le terrain. Nous avons des craintes sur l'application de la procédure d'enregistrement dans certains départements (dans le nord de la France, notamment, ndlr). Quant à l'intégration de la production porcine au plan de compétitivité, c'est un juste retour des choses. Elle était exclue depuis longtemps des PMBE (Plan de modernisation des bâtiments d'élevage, ndlr).

Pour la première fois, ce sont les conseils régionaux qui vont gérer le deuxième pilier de la PAC, sur lequel est financé ce Plan de compétitivité. Comment allez-vous les convaincre de soutenir les producteurs de porcs?

La production porcine, c'est du développement économique, de l'investissement, de l'emploi, de la valeur ajoutée pour la région. Cela permet de maintenir des outils industriels dans toutes les régions. En zone de montagne par exemple, si le porc disparaît, on peut s'inquiéter pour les abattoirs multi-espèces. Attention aux effets de seuil. Dans chaque région, les responsables des filières porcines doivent se mobiliser pour faire partie des négociations, surtout dans les régions où la production porcine est minoritaire. Toutes les régions n'ont pas avancé au même rythme. En Bretagne, les affectations ont démarré, entre les filières. Et ça se passe plutôt bien.

Paul Auffray, premier président breton de la FNP

Il est le premier président breton de la Fédération nationale porcine (FNP), créée en 1963. Presque une gageur pour cette région qui concentre plus de la moitié des élevages de porcs français. Paul Auffray succède au picard Jean-Michel Serres, bientôt 62 ans, qui n'a pas souhaité se représenter après neuf années à ce poste. Cet éleveur de 50 ans n'est pas un inconnu dans la profession. Il était déjà secrétaire général de la FNP depuis neuf ans, il est actuellement vice-président de la Chambre d'agriculture des Côtes d'Armor et président d'Uniporc Ouest. C'est un éleveur de porcs spécialisé des Côtes d'Armor (Plouvara), qui travaille sur 45 hectares avec un site d'engraissement de 1600 places et une maternité collective de 700 truies.

Le nouveau bureau de la FNP : Paul Auffray (président), Gilles Pécastaing (secrétaire général), Jeff Trébaol (premier vice-président), Gérard Bourcier, Christian Guy et François Valy (vice-présidents), Yvan Fourré et Pierre Moureu (secrétaires généraux adjoints), Thierry Thenoz (trésorier)

MATHIEU ROBERT