Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 05 juillet 2019

Politiques agricoles : toujours trop d’aides qui perturbent les marchés mondiaux, selon OCDE


Près de 70 % des soutiens à destination des producteurs agricoles continuent de provenir de mesures qui faussent fortement leurs décisions, déplore l’OCDE dans son rapport 2019 sur les politiques agricoles mondiales. Ces mesures qui perturbent les marchés ont tendance à se stabiliser, mais mieux vaudrait investir dans des infrastructures et des services pour les agriculteurs, estime-t-elle.


« Les progrès réalisés ces dernières années en matière de réduction des soutiens agricoles et de réorientation vers des mesures moins perturbatrices des marchés se sont largement ralentis », constate l’OCDE dans son rapport annuel sur l’évaluation des politiques agricoles publié le 1er juillet.

Dans les 53 pays étudiés par l’OCDE dans son rapport « Politiques agricoles : suivi et évaluation 2019 », au total 705 milliards $ (620 Mrd €) ont été versés en 2018 au secteur agricole dont 528 Mrd $ (465 Mrd €) directement aux agriculteurs. Globalement, ce sont 18 % des recettes agricoles des pays de l’OCDE qui proviennent d’aides publiques (19 % dans l’UE, 10 % aux États-Unis), contre 9 % en moyenne dans les pays émergents et en développement, estime le rapport.

Et dans l’ensemble, « près de 70 % de tous les transferts à destination des producteurs agricoles continuent de provenir de mesures qui faussent fortement leurs décisions », déplore l’OCDE, alors qu’encore « trop peu de politiques visent la croissance de la productivité agricole, l’utilisation durable des ressources naturelles et la résilience de l’agriculture ». Pour l’OCDE, des investissements publics et privés accrus sont nécessaires dans l’innovation, les services d’inspection et les infrastructures rurales.

Taxes à l’exportation

En général, les mesures qui perturbent les marchés sont plus importantes dans les économies émergentes et en développement, où elles représentent plus de 80 % des soutiens aux producteurs, contre 52 % dans les pays de l’OCDE. Parmi les bons élèves, où la part de ces mesures perturbatrices enregistrent un recul ces dernières années selon l’OCDE : l’Australie, le Brésil, le Chili, l’Union européenne, le Kazakhstan et les États-Unis.

Six pays, en particulier l’Argentine et l’Inde (qui sont pour la première année étudiées dans ce rapport), ont taxé leurs producteurs agricoles plus qu’ils ne les ont aidés – en particulier avec des taxes à l’exportation destinées à faire baisser le prix des matières premières sur leur marché intérieur. Ces taxes ont atteint à 83 Mrd $ (73 Mrd €) par an en 2016-2018. Mais, précise l’OCDE, même si elles abaissent le niveau du soutien global, « ces taxes augmentent également les distorsions globales du marché ».

En moyenne, le soutien aux producteurs dans les pays de l’OCDE est passé de 17,7 % en 2017 à 19,2 % en 2018 en raison principalement des fluctuations des cours des matières premières, et dans les économies émergentes et en développement de 9,1 % à 8,1 % en raison d’un recul en Chine où les aides aux producteurs se sont stabilisés autour de 14 à 16 % en 2016-2018, estime l’OCDE.

Dans l’UE, les soutiens agricoles se sont, là aussi, stabilisés à 19 % depuis 2010, mais bien que les distorsions de prix aient été considérablement réduites, des mesures de protection commerciale restent en place dans un certain nombre de secteurs avec notamment des licences d’importation et d’exportation, des contingents tarifaires et des mesures de sauvegarde qui entraînent un soutien accru lorsque les prix mondiaux baissent, note le rapport. Et, au Brésil, les soutiens aux producteurs sont passés de 5,7 % à seulement 2,6 % entre 2000-2002 et 2016-2018.

(AG)



Téléchargement