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Vendredi 13 décembre 2019

Porc : l’amont veut s’organiser, mais l’administration freinerait


Le projet d’association d’organisations de producteurs (AOP) de la filière porcine patine en France. En cause : la frilosité de l’administration face au droit de la concurrence, assure l’Union des groupements bretons (UGPVB), à l’initiative du projet.


Lancé il y a plus d’un an, le projet d’association d’organisations de producteurs (AOP) de la filière porcine patine dans la dernière ligne droite. Le but de ce chantier ? Rassembler presque toutes les organisations de producteurs (OP) de l’amont de Bretagne, Normandie et Pays de la Loire (sauf la Cooperl) pour « regagner un peu de pouvoir de marché », explique Michel Bloc’h, président de l’UGPVB (groupements de producteurs de viande de Bretagne) à Agra Presse. Cette nouvelle structure représenterait « 17 millions de porcs sur les 23 produits en France ». « Notre projet est quasi ficelé », précisait cet éleveur le 10 décembre, indiquant avoir reçu à plusieurs reprises « un discours très positif à Bruxelles ». « Par contre avec l’État français, on a du mal à avancer, déplore-t-il. On est arrêtés au bureau des filières du ministère de l’Agriculture et on sent qu’on va avoir besoin d’un coup de main politique. »

Bien que le gouvernement incite les producteurs à s’organiser, le projet d’AOP se heurterait à la frilosité de l’administration sur un sujet hautement sensible : le droit de la concurrence. « L’administration n’est pas de mauvaise composition, mais elle est sous le joug de l’Autorité de la concurrence, qui fait peur à tout le monde », estime M. Bloc’h. Selon lui, la création de l’OP permettrait notamment de « travailler collectivement pour trouver de nouvelles destinations pour nos porcs en cas de difficultés de fluidité ». Le but serait de désengorger le marché en cas de surproduction, « pour que le prix ne baisse que sur 3 ou 4 % des porcs plutôt que sur 100 % ». Autre objectif mis en avant par l’UGVPB : « Favoriser la fixation du prix via le MPB (Marché du porc breton, NDLR), qui a besoin d’être consolidé. » Le tout en « complémentarité » avec le travail mené par l’interprofession nationale porcine, Inaporc.

Les programmes sectoriels dans le viseur

La création de cette AOP permettrait enfin à la filière de prétendre aux nouvelles formes de soutien à l’investissement prévues dans le cadre de la future Pac, les programmes sectoriels. Les États membres pourront « affecter une partie du premier pilier de la Pac sur des programmes sectoriels mis en œuvre par la production organisée », déclarait Michel Bloc’h dans son discours devant l’assemblée générale de l’UGPVB, le 6 décembre à Lorient. D’après Jacques Crolais, directeur de l’UGPVB, la filière porcine bretonne a finalisé son programme opérationnel et l’a envoyé à la DGPE (ministère de l’Agriculture). Le but ? L’intégrer au plan stratégique national de la future Pac, actuellement en cours de discussion.

D’après l’UGPVB, le programme de la filière porcine comprend 66 propositions dans de nombreux domaines : sanitaire, qualité, promotion des produits, renouvellement des générations, adaptation de l’offre à la demande, bien-être animal environnement et énergie. En cas de réponse favorable, ces mesures pourraient être « financées à 50 % par le premier pilier de la Pac », affirme M. Crolais, qui précise : « Nous n’en sommes pas encore au niveau du chiffrage. Nous avons défini les orientations et qui doit être amené à engager les moyens : les éleveurs, les OP ou la future AOP. »

« On ne veut pas passer à côté de cette opportunité », insiste le président de l’UGPVB, soulignant l’important « travail de modernisation » à mener en filière porcine. Ce sujet dépasse d’ailleurs le cadre de cette seule filière : « Les œufs et les bovins réfléchissent aussi à ce type de structuration », avance-t-il. « Il faut dorénavant que les pouvoirs publics reconnaissent le projet d’AOP », demandait Michel Bloc’h dans son discours. Mais, « pour le moment, les pouvoirs publics ne nous ont pas donné d’échéance. »

Rassembler les OP de l’Ouest pour « regagner un peu de pouvoir de marché »

YG