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Vendredi 07 juin 2019

Pour leur 53e congrès, les JA sortent du « prisme agricole »


Le 53e congrès des Jeunes agriculteurs était consacré à la jeunesse et à la ruralité. Loin de ses dossiers de prédilection, le réseau a pu être, dans un premier temps, déstabilisé, mais des propositions concrètes sont ressorties de ce débat, comme la création de structures réservées aux jeunes autour de projets de territoire.


« Sans attractivité des territoires, comment installer ? », a résumé Jonathan Lalondrelle, président des Jeunes agriculteurs de la région Nouvelle Aquitaine lors du 53e congrès du syndicat qui a réuni quelque 800 jeunes à Roanne (Loire) du 4 au 6 juin. Pour ce rapport d’orientation, les Jeunes agriculteurs ont planché sur le thème d’une « ruralité éternellement jeune ».

L’objectif est de « sortir du prisme agricole pour porter une vision de la ruralité dans son ensemble »

Face « au sentiment de malaise dans nos territoires », l’objectif est de « sortir du prisme agricole pour porter une vision de la ruralité dans son ensemble », décrypte Loïc Quellec, rapporteur et vice-président du syndicat. Un sujet, qui dans un premier temps a été difficile à aborder pour les adhérents, plus habitués à des sujets « purement agricolo-agricoles ». Les deux derniers rapports avaient porté sur la résilience des exploitations et la gestion des risques. Certains militants auraient souhaité des sujets plus économiques, parler du revenu, de la loi Egalim qui n’a pas encore apporté de résultats selon eux. « Cela a été difficile de rentrer dans le rapport », admet Nicolas Merle, président JA Auvergne Rhône Alpes. Face à un sujet transversal qui « transpire le mal-être citoyen et agricole », les débats en région se sont faits avec « plus ou moins de facilité », euphémise Fabien Denis, président de JA Pays de Loire. En région Occitanie, « difficile aussi de s’approprier le sujet », constate Roland le Grand, président JA de la région.

Réinventer l’accès à la démocratie pour les jeunes

Face au désengagement des jeunes dans la vie des territoires, que ce soit au niveau politique, associatif ou syndical, les JA, à travers ce rapport, souhaitent proposer des outils qui permettent aux jeunes de s’investir. Une de leurs propositions phares consiste en la création d’une structure réservée aux jeunes (de la post-adolescence à une trentaine d’années) où ces derniers pourront se retrouver autour de projets de territoire. Le porteur d’une idée pourra élaborer son projet au sein de cette structure. Une fois la proposition aboutie en concertation avec d’autres jeunes, il le défendra devant le conseil d’administration de cette structure. En cas d’accord, il ira le porter auprès des collectivités locales. Outre le fléchage d’un financement dédié, l’objectif visé est de répondre au plus près des besoins des jeunes et surtout de permettre leur montée en compétences. Et à terme, pourquoi pas susciter des vocations. « Il faut être dans les conseils municipaux pour faire entendre nos voix », assure Frédérique Arnoult, président des JA d’Ile de France.

Rendre l’environnement plus favorable

« Il faut être dans les conseils municipaux pour faire entendre nos voix »

« Nous, jeunes ruraux, ne pouvons pas juste avoir accès à l’eau et l’électricité, nous devons avoir un accès numérique total », prône Manon Pisani, rapporteur du texte. 238 communes sont dépourvues de réseau et 2 000 sont desservies uniquement par la 2G, s’agace le syndicat. Aussi, il demande un accès numérique performant pour tous, sur tous les territoires. Les JA réclament également le maintien et le développement de moyens de transport variés et accessibles à tous les jeunes. Les maisons de services regroupant services publics et administratifs, médicaux et scolaires sont des outils « intelligents » à encourager, estiment les Jeunes agriculteurs. Et pour rendre la ruralité plus accueillante, tous les sujets du quotidien ont été abordés par les congressistes : colocation d’apprentis, foyer de jeunes ruraux, classe à double ou triple niveau, temps de trajet acceptable pour consulter un médecin généraliste, introduction du Code de la route dans le programme scolaire… « On ne va pas débattre des heures de tous les problèmes de la France ! », s’impatiente un adhérent dans la salle, jugeant un peu trop large le cadrage du sujet en préambule du rapport.

Formation et transmission

Et bien que prenant de la hauteur en s’intéressant à la ruralité dans son ensemble, les JA n’en perdent pas pour autant une partie de leurs fondamentaux : la formation et la transmission. « Le métier d’agriculteur a un déficit d’image. Nous devons mettre en place des actions de communication pour sortir des préjugés et éveiller des vocations », pousse Thomas Guegan, président de JA Bretagne. Coté formation, les JA veulent rendre plus accessible le programme d’échange Erasmus et revaloriser l’enseignement professionnel. « Il faut redorer le blason de l’apprentissage en le présentant comme l’égal des autres parcours de formation », défend Manon Pisani.

Sur la transmission, l’objectif est clair : « Que chaque entreprise – agricole ou de tout autre secteur – soit reprise par un ou des jeunes, clame Loïc Quellec. Il faut que tous les acteurs s’y engagent. » Pour cela, le syndicat prône une stratégie de transmission des entreprises tous secteurs confondus. Une démarche multipartenariale impliquant tous les acteurs, qui permettra « de préserver les outils économiques et les savoir-faire des territoires ».

AJ