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Vendredi 13 septembre 2019

Prix du porc : la Fict veut (encore) renégocier avec la distribution


Alors que la flambée des cours du porc se poursuit, la Fict (charcutiers industriels) demande à rouvrir les discussions tarifaires avec les distributeurs. Une première phase de renégociations avait eu lieu avant l’été.


Le prix du porc continue de monter… ainsi que les difficultés des industriels de la charcuterie. Dans un communiqué du 11 septembre, les entreprises réunies au sein de la Fict alertent « la distribution et les pouvoirs publics sur la nécessité de rouvrir les négociations commerciales ». « Cela ne peut pas attendre les négociations commerciales annuelles de 2020 », insiste Bernard Vallat, son président. Il met en avant l’urgence de ces renégociations, constatant que « de nombreuses entreprises du secteur sont contraintes […] de demander une renégociation rapide ».

« Ne pas accompagner les entreprises de charcuterie dans cette crise sans précédent, c’est condamner les entreprises françaises de charcuterie », martèle Bernard Vallat, cité dans le communiqué. Le cours de référence au marché du porc breton (MPB) a augmenté de 43 % depuis mars 2019, rappelle la fédération. Une flambée due à la peste porcine africaine qui décime le cheptel porcin en Chine, premier producteur et consommateur mondial. Or, pour les charcutiers industriels, le coût des matières premières représente « en moyenne 50 % du coût de production ». Dans son communiqué, la Fict se prévaut du soutien du ministre de l’Économie Bruno Le Maire, rencontré avec les représentants de la distribution le 16 juillet dernier.

La révision automatique remise sur le tapis

Les contrats annuels entre industriels et distributeurs ont été conclus fin février 2019, avant l’essentiel de la hausse des cours. « Bon nombre de transformateurs ont négocié des tarifs à 1,2 ou 1,3 €/kg pour six mois, voire un an », note de son côté Michel Bloch, président de l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB). Des premières renégociations avec les enseignes ont déjà eu lieu au printemps. Début juillet, alors que 80 % de ces discussions avaient abouti, la Fict avait salué une « évolution favorable ». Elle critique aujourd’hui des « renégociations tardives et insuffisantes », tout en reconnaissant « un effort de la part de nombreuses enseignes ».

La filière fait face à un défi commercial et juridique : l’ajustement des tarifs en cours d’année. « Tous les experts prédisent un cours du porc en augmentation jusqu’à fin 2020 et un cours haut sur le long terme, pendant au moins trois ans », avance Bernard Vallat. Dans son communiqué, la Fict a indiqué s’associer à « la proposition des pouvoirs publics de mettre en place un dispositif de révision des contrats consensuel pour l’avenir ».

Le cours de référence au MPB a augmenté de 43 % depuis mars

La fédération remet donc sur le tapis la proposition faite par le médiateur des relations commerciales agricoles le 1er juillet d’une « révision automatique du prix d’achat des produits charcutiers ». Le 12 septembre, au Space, les charcutiers ont reçu le soutien du comité régional porcin (CRP) de Bretagne. Cette organisation représentant l’amont de la filière a demandé un « système d’indexation des prix des produits transformés sur le cours du porc et le prix des pièces ». « L’indexation existe déjà pour les produits frais et ne pose pas de problème », insiste Michel Bloch, de l’UGPVB (membre du CRP). Le comité régional va même plus loin en réclamant « que soit mis fin aux négociations annuelles telles qu’elles existent actuellement ». La Fict, elle, souhaiterait que la révision des prix soit basée sur un panier de « 24 pièces de découpe de porc sélectionnées ». Quant au médiateur, il propose de s’appuyer sur le prix des « pièces de porc destinées à la charcuterie ». Au contraire, certains distributeurs et industriels ne veulent pas entendre parler de ce dispositif, pointant sa complexité et son insécurité juridique.

Entre flambée du porc et virus informatique, Fleury Michon perd 8,80 M€

Fleury Michon affiche un résultat net consolidé de -8,80 M€ au premier semestre 2019, annonce l’industriel de la charcuterie dans un communiqué du 10 septembre (contre +6,30 M€ au premier semestre 2018). Des résultats « décevants », pour Régis Lebrun, directeur général de Fleury Michon, « principalement en raison d’une forte hausse des cours » de la viande porcine, due à l’épizootie de peste porcine africaine en Chine. Le charcutier a également pâti d’une « consommation atone », avec un chiffre d’affaires semestriel en retrait de 2,7 % (à 348,80 M€). Fleury Michon a enfin subi une attaque informatique au deuxième trimestre. Résultat : « trois jours d’arrêt des livraisons » et un « effet calendaire » de -2 % sur le semestre.

« En raison des temps de concertation avec la distribution, la répercussion [de la hausse du prix du porc] dans les tarifs produira ses effets essentiellement sur le second semestre », indique l’entreprise. Le groupe s’attend à une « amélioration » au second semestre, mais « sans compenser » les pertes. La fin de l’année « s’annonce également complexe avec la poursuite de la hausse des cours », prévoit M. Lebrun.

YG



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