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Vendredi 09 novembre 2018

Qualité de l’air et ammoniac : objectif hors de portée


Selon une étude commandée par l'Unifa (industrie des fertilisants), les mesures du Prépa (Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques) ne permettent pas à la France d'être «en situation de respecter ses engagements» en matière de réduction des émissions d'ammoniac.


L’Unifa a expliqué le 6 novembre qu'elle planche actuellement sur la baisse des émissions d’ammoniac dans le cadre du Prépa (Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques). L’Unifa a confié une étude prospective au Citepa (Centre interprofessionnel technique d’études sur la pollution atmosphérique) sur les réponses techniques permettant d’améliorer la qualité de l’air. Il s’agit de « faire émerger des solutions concrètes, applicables d’un point de vue agronomique, technologique et économiquement viable », explique le syndicat. Et de citer l’enfouissement rapide de l’urée, de la solution azotée ou l’ajout d’un inhibiteur d’uréase permettant de limiter la volatilisation de l’engrais.

Problème, l’étude montre que cela ne suffit pas. En appliquant « les mesures Prépa, ça ne passe pas : la France n’est pas en situation de respecter ses engagements », signale le président Renaud Bernardi, rappelant l’objectif d’une baisse de 13 % des émissions d’ammoniac en 2030 par rapport à 2005. « D’autres pistes seront étudiées avec le Citepa », selon l'Unifa. Un nouveau produit devrait particulièrement l'intéresser. Fertiberia France et Verdesian ont présenté ensemble, le 6 novembre à la presse, une technologie polymère. Cet activateur d'azote, le tout premier autorisé dans le cadre  du processus réglementaire français, est pour eux « la solution alternative pour respecter le Prépa sans obligation d'enfouissement et sans ajout d'additifs encore incertains pour l'environnement et la santé ».

L’Unifa s’appuie par ailleurs sur une enquête Datagri montrant que les agriculteurs sont « bien informés » sur la problématique de volatilité ammoniacale. 40 % des sondés ont déjà modifié leurs pratiques et 10 % comptent le faire. Environ 50 % se disent prêts à choisir une forme d’engrais moins émissive.

Un marché des engrais « convalescent »

Ce constat intervient dans « un marché convalescent » sur 2017-2018, après la moisson catastrophique d’il y a deux ans. « Si les amendements minéraux basiques sont en retrait par rapport à la moyenne triennale, les engrais minéraux et organo-minéraux présentent une timide amélioration », souligne l’Unifa. 11,47 Mt ont été livrées au total en 2017-18, soit une progression de 3,8 % sur un an. Avec 9,07 Mt, les engrais minéraux et organo-minéraux marquent une hausse de 2,3 % en comparaison de 2016-17 et se stabilisent (+0,8 %) par rapport à la moyenne des trois dernières campagnes.

Les amendements minéraux basiques, même s’ils progressent de 9,6 % en glissement annuel à 2,4 Mt, accusent un décrochage de 6,5 % au regard de la moyenne triennale. « En 2017-18, les livraisons calculées en tonnes de phosphore et de potassium augmentent (avec respectivement +7,7 % et +7 % sur un an), souligne la déléguée générale Florence Nys. L’azote minéral est stable. » Pour certains fertilisants, les volumes restent « en deçà des seuils permettant une nutrition optimale des plantes », d’après elle.

La Russie seule pourvoyeuse de phosphates pauvres en cadmium

Engrais phosphatés : l’UE risque de dépendre du seul fournisseur russe, selon l'Unifa

Si le trilogue, regroupant la Commission, le Parlement et les Etats membres, fixe une teneur limite en cadmium sous les 60 mg/kg de P2O5 (phosphore), « un problème de dépendance » se pose vis-à-vis des approvisionnements russes, qui seuls descendent à 20 mg, a déclaré le 6 novembre le vice-président Henri Boyer. Le Parlement défend une diminution progressive du seuil à 60 mg, puis 40 mg et 20 mg, contre un Conseil favorable à 60 mg pendant huit ans. Aujourd’hui, la France dispose d’une valeur limite à 90 mg de cadmium dans les engrais phosphatés. La profession consent à une réduction jusqu’au taux de 60 mg qui ne remet pas en cause d’importantes sources d’approvisionnement comme le Maroc, la Tunisie, Israël. L’Unifa appelle les institutions européennes à « ne pas fixer une limite inférieure à 60 mg, avec une période de transition raisonnable, afin de permettre aux industries concernées de trouver des solutions techniques de substitution et de réduction des seuils dans les roches phosphatées ».

JCD