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Vendredi 11 octobre 2019

Qualité de l’eau et phytos : un partenariat exemplaire dans le Loiret


L’APCA (chambres d’agriculture) et la FP2E (entreprises de l’eau) ont dressé le 9 octobre un bilan de leur partenariat depuis dix ans dans la protection des ressources en eau. Précurseurs, la ville d’Orléans, la Chambre d’agriculture du Loiret et l’Orléanaise des eaux (Suez) mènent depuis 1999 des actions sur les bonnes pratiques visant à réduire les risques de pollution de l’eau potable notamment par les phytos.


« Nos deux mondes se parlaient peu : les entreprises de l’eau et les chambres d’agriculture ont senti, il y a dix ans, un intérêt commun à travailler sur des actions préventives pour protéger les captages d’eau potable », a expliqué le délégué général de la FP2E Tristan Mathieu, lors d’un voyage de presse. « C’est un partenariat, innovant à l’époque, qui se décline aujourd’hui dans la politique publique. » Les Assises de l’eau, conclues cet été, mettent en effet l’accent sur la protection des captages. Il s’agit également, selon lui, de développer des partenariats. Car la politique de l’eau ne se résume pas aux aspects réglementaires, qui créent des interdictions, a souligné Luc Servant, président de la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime et référent gestion de l’eau à l’APCA. Et de noter l’encouragement aux initiatives locales. « C’est là qu’on veut aller : prendre des mesures volontaires pour préserver la qualité de l’eau sur l’aire d’alimentation des captages. »

Des actions préventives et volontaires pour protéger la ressource

Depuis une vingtaine d’années, la Chambre d’agriculture du Loiret, l’Orléanaise des eaux et Orléans Métropole conduisent ensemble un programme d’actions préventives et volontaires pour protéger la ressource. « Le contrat territorial prévoit des actions qui tous les ans sont adaptées en fonction des résultats sur la qualité de l’eau », indique Marie Dorso, animatrice du captage d’eau potable. Un volet, confié à la chambre d’agriculture, vise à prévenir tout risque de pollutions diffuses et ponctuelles par les nitrates et les pesticides. Cela comprend des diagnostics d’exploitation, bilans et évolutions des pratiques de l’agriculteur, suivis agronomiques.

La chambre mène des expérimentations sur les techniques alternatives, des partenariats avec des coopératives, négoces pour apporter des conseils communs en matière de préservation de la ressource. Concernant les cultures spécialisées, tels que les légumes de plein champ, elle accompagne les agriculteurs vers la certification HVE (Haute valeur environnementale). Sur le plan collectif, la chambre diffuse des messages techniques sur la fertilisation, l’irrigation, organise des démonstrations de désherbage mécanique, des animations et observations de terrain (réseau de reliquat azoté en sortie d’hiver).

Moins de traitements pesticides

Exemple chez Jérôme Bergère, gérant du Gaec les Sapins, à Tigy. Il cultive des pommiers, poiriers, cerisiers et fraisiers sur le bassin d’alimentation des captages. Sa ferme est en production fruitière intégrée pour limiter l’utilisation des phytos. Aucun herbicide n’est employé. À la place, l’agriculteur pratique le désherbage mécanique. « On favorise l’enherbement naturel, déclare-t-il. Ça protège les insectes pollinisateurs. » Autre technique pour limiter l’usage de pesticides, la confusion sexuelle contre le carpocapse, un vers du fruit. Jérôme Bergère a recours à l’aspersion d’eau pour lessiver le miellat issu des piqûres d’insectes. Sa station météo lui permet de bien positionner les traitements fongicides contre la tavelure.

Dernier investissement en date, le Gaec est équipé en filets de protection des cerisiers contre Drosophila suzukii, une mouche asiatique contre laquelle l’utilisation d’insecticide à base de diméthoate est interdite. « La pression des drosophiles augmente depuis une dizaine d’années », observe l’arboriculteur installé en 2002. « Ça devient catastrophique, on ne s’en sort plus. » Le filet, acheté cette année, sert un mois avant la récolte, en formant une barrière contre la mouche. Une bâche à son sommet préserve de la pluie. Deux dispositifs en un qui permettent de limiter les traitements. « Cela représente un lourd investissement : environ 50 000 €/ha, plus 5 000 €/ha en frais de pose, grogne Jérôme Bergère. Une dépense pas forcément rentabilisée à la vente du fruit. »

Des résultats encourageants

Mais l’action sur la qualité de l’eau semble porter ses fruits. Suez le montre dans ses analyses de la ressource souterraine. Des molécules d’origine agricole sont retrouvées en éléments trace ou à des concentrations voisines du seuil réglementaire de 0,1 microgramme par litre d’eau. Seuls deux dépassements en 2017, trois en 2018 sont identifiés en métolachlore sur la période 2012-18. Le glyphosate n’est lui signalé qu’en 2012, à une concentration inférieure à la norme.

« Des actions adaptées en fonction des résultats sur la qualité de l’eau »

Un manque d’actions à l’échelle du Centre-Val de Loire

« L’alchimie entre les chambres, les élus, les agriculteurs n’est pas si évidente », a déclaré le 9 octobre face aux journalistes Nicolas-Gérard Camphuis, directeur de délégation à l’agence de l’eau Loire-Bretagne. Un constat tiré du Programme 2013-18 pour la préservation de l’eau et des milieux aquatiques. Sur les 280 M€ d’aides distribuées par l’agence dans la région Centre-Val de Loire, seuls 3 M€ ont concerné le volet de lutte contre les pollutions diffuses et protection des aires d’alimentation des captages d’eau potable : « c’est 1 % du budget, on pourrait grimper à 5 % », selon lui.

JCD