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Vendredi 14 juin 2019

Équité et régulation


Allez, prenons au sérieux la prévision d’Arnaud Montebourg, formulée la semaine dernière. Les marques alimentaires équitables vont, selon lui, « exploser » dans l’Hexagone, portées par des consommateurs avides de qualité et de meilleurs revenus pour les agriculteurs français. Et si c’était vrai, quelles seraient les conséquences sur les marchés agricoles et leur gouvernance ? Beaucoup de facteurs entreraient en compte, mais on peut probablement voir les choses de deux manières. En regardant le verre à moitié plein, les agriculteurs français pourraient se réjouir qu’après une période de libéralisation des marchés agricoles européens, surgissent, à leur rescousse, des volontés de régulation, certes d’un nouveau genre : à visées nationales et non plus européennes, privées et non plus publiques. Une partie de leur revenu serait ainsi garantie et subventionnée par les consommateurs les plus fortunés ou les plus engagés. Des productions délocalisées pourraient même redevenir rentables en France. Mais si on veut regarder le verre à moitié vide, on pourrait par exemple se demander quelles seraient les conséquences de prix aussi incitatifs sur les volumes produits, et craindre des effets délétères sur les marchés « non équitabes » ? On peut aussi se demander au nom de quelle équité seront désignés la moitié des éleveurs méritant de gagner 80 ct le litre de lait, comme il le promet pour son projet de marque de glace, et celle devant se contenter de 30 ct.

Rédacteur en chef