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Vendredi 10 avril 2020

Rêves physiocrates


On l'a vu ces dernières semaines en naviguant sur les réseaux sociaux, d'aucuns paraissaient plongés dans un songe, comme revenus au temps des physiocrates. Il y avait de quoi après tout. Ruées dans les supermarchés, l'agriculture remontée au rang d'activité stratégique. Pour un agriculteur d'aujourd'hui, ce flashback d'autant plus tentant que le miroir tendu par le XVIIIe contraste tragiquement avec sa position actuelle de groupe minoritaire à la culture marginalisée : il y a trois siècles, la population agricole était en croissance, et très largement majoritaire (2/3 de la population totale à la Révolution). La chimie agricole et ses contempteurs n'existait pas. Et l'école économique dominante, celle des physiocrates, plaçait leur activité au centre des préoccupations nationales, car l'abondance de denrées était alors un vrai trésor pour la patrie. Oui mais voilà. D'une note assassine, le cabinet Nielsen commence à dissiper les songes: le bio a progressé plus vite encore que les produits conventionnels durant le confinement – en partie certes parce qu'il ne restait souvent plus que ça dans les rayons. Nous sommes bien au XXIe siècle. Et c'est tant mieux, car les filières agricoles et agroalimentaires ont, jusqu'ici, fait preuve d'une grande résilience ; malgré les importants efforts de réorganisation, de protection sanitaire, de régulation, qui lui sont demandés, elles tiennent le coup. Rappelons que le XVIIIe était le siècle des famines, souvent locales, qui faisaient souffrir autant les paysans que leurs clients.

Mathieu Robert



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