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Vendredi 28 juin 2019

Sisyphe protéique


Espérons que les acteurs de la filière oléo-protéagineuse française ne soient pas, comme Sisyphe, condamnés à répéter la même tâche jusqu'à l'absurde, en l'occurence à réécrire un nouveau plan protéines à chaque nouveau gouvernement, sans qu'aucun effet ne soit vraiment mesuré par la suite. Il y a plusieurs raisons de penser que ce n'est pas le cas. D'abord, les pouvoirs publics pourraient être davantage enclins à s'inquiéter de la dépendance de la France aux sojas américains, depuis l'arrivée de dirigeants imprévisibles à la tête des principaux Etats exportateurs, Trump et Bolsonaro, et dans la perspective d'un climat de plus en plus instable. Dans l'histoire de la filière oléo-protéagineuse française, les principaux plans protéines nationaux retenus comme ayant eu des effets significatifs datent des années 70, après que les Etats-Unis avaient instauré un embargo sur l'exportation de soja... suite à une sécheresse. Mais la signature imminente de l'accord UE/Mercosur marque, à l'inverse, une nouvelle étape dans le rapprochement commercial avec l'Amérique. Une autre raison de croire que les plans protéines disparaitront un jour : le marché. D'un côté, les consommateurs mangent de moins en moins de viande – même si la part relative du poulet, gourmand en soja, a tendance à augmenter. De l'autre, le marché des imitations végétales du lait et de la viande se développe en Europe ; il a doublé depuis 2013. Gageons que les filières françaises sauront le capter.

Mathieu Robert