Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 26 juin 2020

Suspension immédiate pour l’abattoir de Rodez mis en cause par L214


Nouvelle vidéo choc de l’association L214 qui s’attaque à la filière Roquefort et plus particulièrement à l’abattoir de Rodez. Ministre et professionnels ont aussitôt réagi à l’unisson pour dénoncer des pratiques inacceptables en termes de bien-être animal. L’agrément de l’abattoir pour la chaîne ovine a été immédiatement suspendu et une enquête diligentée. La Confédération générale du Roquefort tente également de se désolidariser pour ne pas être associée à ces images aux yeux du grand public.


La partition s’est jouée sans fausse note. À l’inverse de la semaine de cafouillage qui avait suivi en mars la publication d’une vidéo de l’association L214 concernant l’abattoir de Sobeval, cette fois la machine est bien huilée. L214 publie une vidéo dénonçant des cas de maltraitance animale dans un abattoir. À l’instant, les professionnels se désolidarisent. Le ministre tape immédiatement d’un grand coup sur la table en suspendant l’agrément de l’abattoir. S'en suit une enquête des services vétérinaires. La durée du buzz en est d’autant raccourcie. Parallèlement, la réputation professionnelle de l’association en sort renforcée.

L’association abolitionniste L214 a publié le 24 juin une nouvelle enquête choc sur la filière Roquefort, et particulièrement sur un abattoir d’Arcadie Sud-Ouest situé près de Rodez. L’association dénonce de « graves infractions ». Les agneaux « reçoivent des chocs électriques qui parfois ne les étourdissent pas. D’autres sont égorgés à vif. Les agneaux se voient mourir les uns les autres. Beaucoup sont suspendus encore conscients sur la chaîne d’abattage », dénonce la vidéo.

Des non-conformités dès 2016, selon L214

L214 explique qu’un rapport d’inspection vétérinaire de la DDCSPP de l’Aveyron pointait déjà en 2016 des non-conformités majeures concernant la mise à mort des animaux ou encore la formation du personnel dans les bonnes pratiques en protection animale. « Les animaux sont systématiquement hissés conscients », écrivait alors le rapport exhumé par l’association.

Après quelques heures d’expertise par les services du ministère de l’Agriculture des images de la vidéo, le couperet tombe. L’agrément de l’abattoir pour sa chaîne ovine est immédiatement suspendu. Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, « ordonne la suspension immédiate de la chaîne ovine de l’abattoir de Rodez et diligente une enquête complète », annonce un communiqué du 24 juin. La vidéo « montre des pratiques inacceptables avec des manquements graves aux règles de protection animale », assure le ministère. Une inspection complète de l’abattoir est programmée le jour même par les services de l’État. Ses conclusions détermineront les suites qui seront données.

Réaction en chaîne des professionnels

Cette décision a immédiatement été saluée par Interbev, l’interprofession du bétail et des viandes. Dans un communiqué, elle « condamne fermement ces pratiques inacceptables au regard des réglementations en vigueur tant du point de vue sanitaire que de la protection animale et déplore qu’une telle situation puisse encore survenir au sein de la filière ». « Il est inacceptable que de tels actes puissent encore avoir lieu aujourd’hui au sein de nos filières. Ceci va à l’encontre des priorités que s’est fixée la filière élevage et viande qui s’est engagée depuis 2017 dans une démarche de responsabilité sociétale collective », gronde Dominique Langlois, président d’Interbev.

De son côté, la Confédération générale du Roquefort a aussi immédiatement réagi en se désolidarisant de la filière viande ovine. « Nous ne sommes pas responsables de ce qui se passe à l’aval. Notre métier, c’est le lait », explique-t-elle à Agra Presse. Le risque est de voir leurs volumes de ventes diminuer si les consommateurs associent le célèbre fromage persillé à la maltraitance animale.

La méthode L214 timidement dénoncée

Quant à la méthode employée par L214 (vidéo clandestine), seules la section départementale de la FNSEA et la Coordination rurale ont tenu à la dénoncer dans leurs communications. « Nous ne cautionnons pas la maltraitance animale. Mais il faut savoir que L214 entre illégalement dans les élevages, avec un objectif clair de mettre fin à l’élevage », écrit la FDSEA de l’Aveyron.

« La Coordination rurale déplore les méthodes utilisées par cette association, qui ne sélectionne que quelques secondes parmi des heures de tournage vidéo et les publie avec une musique anxiogène. (…) Le respect du bien-être animal est au cœur de la filière d’exception qu’est celle du Roquefort. Il est intolérable de se servir de cette image afin de provoquer la stupéfaction de la population et promouvoir une pétition », écrit un communiqué du syndicat.

Malgré des réactions en chaîne bien calibrées de tous les acteurs de la filière, sur cette affaire il semblerait que L214 continue de garder la main sur le tempo. « Puisque vous diligentez une inspection, pensez à jeter également un œil du côté de la chaîne bovine, parce que ce n’est pas glorieux non plus », assure l’association sur Twitter.

« Les agneaux se voient mourir les uns les autres »

Didier Guillaume « ordonne la suspension immédiate de la chaîne ovine de l’abattoir de Rodez et diligente une enquête complète »

AJ



Téléchargement