Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 12 juin 2020

Tous rêveurs


Ce serait un grand tort de vouloir caser les adeptes de la permaculture dans la catégorie des doux rêveurs, les idéalistes. D’abord parce qu’ils sont de plus en plus nombreux à en faire leur métier, autrement dit à se frotter aux dures lois du marché et de l’agronomie. Et comme tout bon professionnel, ceux-là doivent alors arbitrer, composer entre leurs aspirations et la réalité, quitte à se contenter de « mini-fermes », marché foncier oblige.

Mais surtout, ce serait une erreur, car cela reviendrait à dire que les agriculteurs conventionnels seraient, de leur côté, d’ignobles pragmatiques, de tristes désenchantés. Or ne sont-ils pas idéalistes eux aussi ? Ne rêvent-ils pas d’une parcelle propre, par exemple, homogène et sans mauvaise herbe ? N’est-ce pas aussi le rêve d’une nature domestiquée, qui obéirait au doigt et à l’œil ? Derrière l’achat d’un robot de traite, n’y a-t-il pas parfois le rêve de la fin du travail ? Tout cela, n’est-ce pas une version moderne du paradis ?

Si beaucoup d’agriculteurs ont perdu la foi chrétienne durant le dernier siècle, beaucoup aussi ont découvert la foi dans le progrès, et font sûrement leurs cette maxime de Victor Hugo : « Celui qui nie le Progrès est un impie » (Avant l’exit, 1849).

À ce titre, ils ne sont pas si différents de ces nouveaux « permaculteurs » qui rêvent d’une agriculture qui se fondrait avec la Nature, d’une nature qui pourrait fournir les mêmes services que l’agriculture. À chacun ses divinités.

Mathieu Robert



Téléchargement