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Vendredi 08 juin 2018

À travers le monde, les industriels du lait misent sur le fromage et la crème


Face à des cours très bas de la poudre de lait, les firmes laitières révisent leurs stratégies d’investissement à travers le monde, en s’orientant vers les fromages et la crème.


Depuis la fin des quotas laitiers européens, actée le 31 mars 2015, les écarts entre les cours des différents produits laitiers ne cessent de se creuser. Les cours du beurre s’envolent vers de nouveaux sommets pendant que les prix de la poudre maigre plongent sous le seuil d’intervention. Et après une dégradation des prix du cheddar, ces cotations sont sur une tendance haussière depuis 2016 grâce à une demande mondiale ferme et de plus en plus dynamique. Face à ce constat, les laiteries ont dû réagir en adaptant leur stratégie et leurs outils de production.

Plus de fromages

La faible valorisation de la protéine laitière, au travers de la cotation de la poudre de lait écrémé, réoriente les fabrications vers d’autres produits mieux valorisables tant sur le marché domestique que sur les marchés mondiaux.

« Il y a une phase d’accélération des investissements en fromages » dont la demande ne faiblit pas, observe Benoît Rouyer, économiste au Cniel, lors d’une récente conférence de l’institut de l’élevage à Paris. Les investissements mondiaux des industriels dans le secteur des fromages sont passés de 700 millions en 2014 à 1,3 milliard en 2017 dont 1 milliard d’euros rien qu’en Europe. Et depuis début 2018, des investissements importants sont annoncés aux États-Unis et en Russie.

La crème est également privilégiée par les industriels, boostée par l’engouement chinois pour la pâtisserie. « Sa valorisation est meilleure que celle du beurre », assure Christophe Lafougère, directeur du cabinet de conseil Gira. Ainsi, Fonterra, la coopérative néozélandaise leader sur les marchés mondiaux, dont la Chine est le principal client, « a converti des usines de lait conditionné en usine de crème ». Cette réorientation confirme la nouvelle stratégie commerciale de la coopérative qui souhaite délaisser sa stratégie de volumes au profit d’une recherche de valeur ajoutée en se tournant notamment vers la restauration hors domicile.

Mais pas plus de beurre

Le paradoxe, c’est que malgré l’envolée de son prix à travers le monde, le beurre n’est pas devenu la nouvelle lubie des industriels. En effet, la rentabilité de la fabrication du beurre est grevée par la faiblesse du prix de son principal co-produit, la poudre maigre.

De plus, par anticipation de la fin des quotas laitiers et l’ouverture des robinets de lait, l’Europe avait massivement investi dans des outils de fabrication de poudre maigre. En 2013, les investissements européens dans ce domaine s’élevaient à 1,6 milliard d’euros. Aujourd’hui, ils ne sont plus que de 300 millions d’euros. Toutefois, des investissements en poudre de lait écrémé perdurent car les poudres maigres européennes sont plutôt compétitives sur les marchés mondiaux. Ainsi, en Irlande, Glanbia investit dans une nouvelle tour de séchage. Objectif : transformer toujours plus de lait alors que les livraisons de ses producteurs devraient augmenter de 63 % d’ici à 2020.

Le végétal séduit certaines laiteries

Un autre produit – plus nouveau – attire les investissements des laitières, en recherche de diversification, ces dernières années : les produits à base de lait « végétal » (à base de riz, d’amande ou de soja…). Loin de se formaliser du dédain de certains consommateurs pour les produits animaux, certains industriels y voient plutôt un nouveau relais de croissance. Parmi elles, le suisse Nestlé qui vient de lancer une gamme de glaces Haägen Dazs véganes, ou le groupe coopératif normand Agrial, qui a lancé en début d’année une gamme de desserts 100 % végétaux. Et de nombreux autres exemples illustrent cette nouvelle orientation commerciale.

« Il y a une phase d’accélération des investissements en fromages » dont la demande ne faiblit pas.

Le paradoxe, c’est que malgré l’envolée de son prix à travers le monde, le beurre n’est pas devenu la nouvelle lubie des industriels.

AJ



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