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Vendredi 07 juin 2019

UE/Mercosur : le secteur européen de la viande met en garde la Commission européenne


Les négociations de libre-échange entre l’UE et le Mercosur pourraient entrer dans leur phase finale. Le secteur européen de la viande vient de s’adresser à la commissaire européenne au commerce Cecilia Malmström pour la mettre en garde contre des concessions qui risquent d’avoir de graves répercussions, notamment sur les « segments de haute valeur du marché ».


La réduction des droits de douane pour de larges contingents d’importation de viande qui pourrait être octroyée au Mercosur « minera la production de l’UE puisqu’elle aura des répercussions directes sur les segments de haute valeur du marché », mettent en garde les organisations et coopératives agricoles (Copa-Cogeca) ainsi que les associations européennes du commerce de la viande (UECBV) et du secteur de la volaille (Avec), dans un courrier adressé à Cecilia Malmström. Les signataires font ainsi part de leur inquiétude après la déclaration de la commissaire européenne au commerce selon laquelle un accord avec le bloc sud-américain (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) « pourrait être conclu dans les prochains mois » (1).

Interrogé par les journalistes à l’issue du Conseil agricole informel des Vingt-huit, le 4 mai à Bucarest, le commissaire à l’agriculture, Phil Hogan, a relativisé cette échéance, rappelant que « ça fait vingt ans qu’on en parle ». « On va voir s’il y a une possibilité de réunion ministérielle pour conclure ces négociations », a-t-il toutefois ajouté, reconnaissant que des « concessions substantielles » ont été faites « pour la première fois » par le Mercosur.

Cumul de concessions

Dans le cas la viande bovine, précisent le Copa-Cogeca, l’UECBV et l’Avec dans leur courrier à Cecilia Malmström, « l’accès supplémentaire au marché pour le Mercosur viendrait s’ajouter aux concessions d’accès au marché déjà très généreuses concédées lors d’accords précédents (par exemple Canada, Mexique) ainsi qu’à celles que la Commission prévoit de faire dans le cadre des négociations d’accords de libre-échange en cours (par exemple Nouvelle-Zélande, Australie) ».

Pour la volaille, poursuivent les signataires, « le Brésil dispose déjà d’un accès important au marché de l’UE, notamment grâce aux régimes préférentiels (près de 50 000 tonnes), et des concessions supplémentaires ont également été octroyées à l’Ukraine (50 000 t) (2). Nous importons près de 900 000 t de viande de volaille chaque année (principalement de la viande de poitrine de haute valeur) et actuellement 25 % de la poitrine de volaille consommée dans l’UE provient de pays tiers. Si nous accordons des concessions supplémentaires au Mercosur, nous pourrions atteindre la barre symbolique de 1 million de tonnes de viande de volaille importée chaque année ».

Pour la viande porcine, le bloc sud-américain, « et le Brésil plus particulièrement, cibleront probablement les découpes de haute valeur », font valoir les trois organisations. « En général, tous les exportateurs non européens adoptent cette stratégie. Ces importations de viande porcine auront donc des effets négatifs et disproportionnés sur le marché de l’UE, qui dans les prochaines années sera très fragile ».

« Bonne gestion » et segmentation qualitative des contingents d’importation

Il est « essentiel » de réduire le nombre de concessions octroyées en termes d’accès au marché européen, mais également d’assurer « une bonne gestion » des contingents tarifaires d’importation de produits sensibles, soulignent également le Copa-Cogeca, l’UECBV et l’Avec, qui demandent que ces quantités soient « gérées par le pays importateur, à savoir l’UE, en se basant sur les licences d’importation ». Ce qui « exclut d’autres modèles tels que le principe du ‘premier venu, premier servi’ ainsi que la gestion par le pays tiers et la cogestion par l’UE et le pays exportateur ».

Enfin, les trois organisations soulignent, dans leur courrier, que les négociateurs de l’UE ne doivent « en aucun cas s’écarter des principes établis dans l’offre révisée » faite au Mercosur. Même si celle-ci est « bien trop généreuse », elle permet de « réduire la pression exercée sur le marché européen et plus particulièrement sur les segments de haute valeur », avec, dans le cas de la viande bovine, une segmentation qualitative (frais/réfrigéré, congelé, transformation), une quantité exprimée en poids-carcasse, un droit de 7,5 % au minimum et une mise en œuvre du contingent en six étapes égales au moins (3).

(1) Voir n° 3695 du 03/06/19

(2) Voir n° 3688 du 15/04/19

(3) Voir n° 3648 du 11/06/18

Cas « atypique » d’ESB au Brésil, suspension des exportations vers la Chine

Le Brésil a annoncé le 3 juin la suspension de ses exportations de viande bovine vers la Chine après la découverte d’un cas « atypique » d’encéphalopathie spongiforme bovine au Mato Grosso (centre-ouest) qui avait été notifié le 31 mai à l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Celle-ci n’a toutefois pas jugé utile de modifier le statut sanitaire du Brésil au regard de la maladie. La mesure de suspension se limite à la Chine et a été prise conformément à un protocole bilatéral existant entre les deux pays, a indiqué le ministère brésilien de l’agriculture, de l’élevage et du ravitaillement.

Au cours des quatre premiers mois de cette année, les ventes brésiliennes de viande bovine à la Chine ont atteint 442,3 millions $, soit 26 % du total des exportations totales du secteur, en hausse de 16,12 % par rapport à la même période de 2018, selon les chiffres du ministère de l’économie.

La Fédération bovine française (FNB) a appelé le 4 juin l’ensemble des entreprises nationales du secteur à saisir cette opportunité, un accord signé le 25 juin 2018 leur redonnant la possibilité d’exporter en Chine, un marché dont elles étaient exclues depuis 2001 du fait d’un embargo de 17 ans lié à la crise l’ESB. Cinq d’entre elles ont obtenu un agrément, mais seulement 6 tonnes de viande ont été expédiées depuis un an, souligne la FNB.

Déforestation sans précédent en mai en Amazonie

La déforestation de l’Amazonie a atteint en mai un rythme sans précédent depuis dix ans, selon des données recueillies par un système de surveillance par satellites et confirmant l’impact de la dérégulation menée par le président brésilien Jair Bolsonaro en matière d’environnement. D’après ces données diffusées par l’Institut brésilien de recherche spatiale INPE, 739 km2 de forêt ont été détruits le mois dernier, contre 550 km2 en mai 2018. À son arrivée au pouvoir, au début de l’année, Jair Bolsonaro a transféré au ministère de l’agriculture la direction de la commission forestière.

(FXS)



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