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Vendredi 21 juin 2019

UE/Mercosur : les dirigeants français, irlandais, polonais et belge mettent en garde Bruxelles


Dans une lettre au président de la Commission européenne, les dirigeants français, irlandais, polonais et belge mettent en garde contre l’octroi d’importantes concessions de l’UE au Mercosur pour les produits agricoles sensibles. Les négociations de libre-échange entre les deux parties pourraient être bouclées à la fin du mois.


Aucune offre supplémentaire des contingents tarifaires d’importation pour les produits agricoles sensibles – « bœuf, volaille, porc, sucre et éthanol » – ne doit être faite au Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), insistent le président français Emmanuel Macron et les chefs de gouvernement irlandais Leo Varadkar, polonais Mateusz Morawiecki et belge Charles Michel dans une lettre adressée au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Une réunion au niveau ministériel entre l’UE et le bloc sud-américain, précédée par des discussions techniques, devrait se tenir les 27 et 28 juin à Bruxelles pour tenter de boucler les négociations de libre-échange entre les deux parties (1).

Selon les signataires, qui devaient par ailleurs se retrouver à l’occasion du sommet européen des 20 et 21 juin à Bruxelles, le « moindre des deux maux » serait de réduire les droits de douane pour des contingents d’importation limités mis en œuvre sur une longue période, « plutôt que d’augmenter les contingents avec des droits plus élevés ». Ils prônent aussi, pour le bœuf, une « segmentation du contingent entre les viandes à haute valeur ajoutée et les autres assurant que les importations de viandes de haute qualité soient maintenues à un niveau minimum » (2).

Mécanisme de sauvegarde

La certification et le contrôle des contingents d’importation octroyés au Mercosur doivent être réalisés par l’importateur (l’Union), tandis que la conformité aux normes sanitaires, phytosanitaires et environnementales doit être garantie « afin d’avoir des conditions de production équitables pour tous les produits alimentaires vendus dans l’UE, en particulier la viande bovine de qualité », soulignent par ailleurs les dirigeants français, irlandais polonais et belge dans leur lettre au président de la Commission européenne.

Ils réclament aussi des « réassurances pour que l’éventuel impact négatif sur les secteurs agricoles soit strictement contrôlé et atténué, au moyen, par exemple, d’un mécanisme de sauvegarde ad hoc ».

Viandes et normes environnementales

L’offre actuelle de l’UE au Mercosur pour la viande bovine « pourrait menacer ce secteur fragile dans nos pays, compte tenu en particulier de l’impact potentiellement dramatique d’un Brexit désordonné sur les marchés de l’UE », ajoutent les signataires, qui qualifient aussi les secteurs de la volaille et du sucre de « particulièrement sensibles ».

Enfin, la France, l’Irlande, la Pologne et la Belgique, dont la démarche a été soutenue par les Pays-Bas et la Hongrie à l’occasion du Conseil agricole de l’UE le 18 juin à Luxembourg, appellent à une plus grande cohérence « entre les objectifs politiques de l’Union et ses responsabilités face au changement climatique, en assurant que les importations de viande bovine et autres viandes respectent totalement les normes environnementales européennes ».

Le bloc sud-américain doit modérer ses attentes, selon Phil Hogan

« Si les circonstances s’y prêtent », il y aura un accord entre l’UE et le Mercosur lors de la réunion ministérielle des 27 et 28 juin, a déclaré à la presse Phil Hogan à l’issue du Conseil agricole à Luxembourg qui était consacré à la prochaine Pac (3). « Des progrès ont été faits ces derniers mois », a reconnu le commissaire européen à l’agriculture, mais il y a « toujours des questions difficiles qui sont habituellement laissées pour la fin », telle l’agriculture.

« De nombreuses demandes et attentes des pays du Mercosur […] ne reflètent pas les sensibilités qui font partie du mandat de l’UE, en particulier sur le bœuf, le sucre, l’éthanol et la volaille », a-t-il souligné, qualifiant le « type de chiffres et de volumes recherchés » par le bloc sud-américain, de « pas réalistes en termes de ce que l’UE peut accepter ».

(1) Voir n° 3697 du 17/06/19

(2) Voir n° 3696 du 10/06/19

(3) Voir même numéro

Des ONG réclament l’interruption des discussions à cause du président brésilien

Quelque 340 ONG, dont Greenpeace ou Friends of the Earth, ont réclamé le 18 juin à l’UE d’« interrompre immédiatement » les négociations commerciales avec le Mercosur, « en raison de la détérioration des droits humains et de la situation écologique au Brésil ». « Depuis l’investiture du président brésilien Jair Bolsonaro en janvier 2019, nous avons assisté à une augmentation des violations des droits de l’homme », écrivent-elles dans une lettre ouverte. « De plus, l’administration […] attaque certaines des régions les plus précieuses du monde sur le plan écologique », ajoutent ces organisations. Elles demandent à l’UE de refuser toute négociation « avec le Brésil tant qu’il n’aura pas été mis fin aux violations des droits de l’homme, que n’auront pas été pris des mesures strictes pour mettre fin à la déforestation et des engagements concrets pour mettre en œuvre l’accord de Paris ».

La commissaire européenne au commerce Cecilia Malmström a admis le 15 juin ne pas être « d’accord avec certaines mesures prises au Brésil », mais, a-t-elle ajouté, « un accord commercial ne peut résoudre toutes les misères du monde ».

Les organisations agricoles de l’UE interpellent la Commission européenne

« La phase finale de la négociation Mercosur ne doit pas être synonyme de fin de partie pour le modèle de production agricole de l’UE », avertissent les organisations et coopératives agricoles de l’Union dans une lettre ouverte, signée du secrétaire général du Copa-Cogeca Pekka Pesonen, à l’intention du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker ainsi que des commissaires au commerce Cecilia Malmström et à l’agriculture Phil Hogan. « Comment la Commission peut-elle justifier auprès des agriculteurs et des citoyens européens qu’elle prévoit d’importer plus de produits agricoles du Brésil quelques mois après que le gouvernement (brésilien) de M. Bolsonaro ait autorisé plus de 150 nouveaux pesticides, alors que cette même Commission propose la stratégie exactement opposée pour ses producteurs (par exemple dans le secteur du sucre) ? », demande par exemple le secrétaire général du Copa-Cogeca, qui pose le même type de question pour les normes concernant la traçabilité, la santé et le bien-être des animaux.

(FXS)



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