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Lundi 14 mai 2012 | analyse

Un vote blanc supérieur à la moyenne nationale pour les exploitants agricoles


Pour ce second tour des présidentielles, le nombre de bulletins blancs et nuls a atteint les 7,7% parmi les exploitants agricoles votants. Un résultat au-dessus du niveau national pourtant déjà élevé, qui serait en partie lié aux électeurs de Marine Le Pen. Sur l’ensemble, les agriculteurs ont voté à 81% pour Nicolas Sarkozy et à 19% pour François Hollande.


Les exploitants agricoles n’ont pas dérogé à leur devoir civique. Comme en 2007, ils sont en effet seulement 9% à s’être abstenus pour ce second tour des présidentielles contre 19,7% au niveau national, d’après les estimations de Joël Gombin, doctorant en science politique au CURAPP (Université de Picardie-Jules Verne) et de Pierre Mayance, chercheur associé au laboratoire Ermes, rattaché à l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (Irisso). Mais tous ne se sont pas exprimés. Si pour le vote national, on parle déjà d’une explosion du nombre de bulletins blancs et nuls de + 4 points entre le premier et le second tour (de 1,92% à 5,80% des votants), les non-exprimés du vote agricole sont allés au-delà : 7,7% des chefs d’exploitation votants ont en effet opté pour un bulletin blanc ou nul lors de ce second tour. La raison est liée tout d’abord à leur forte participation. « C’est vrai chez les agriculteurs, mais c’est vrai chez les ruraux en général, pour qui l’obligation morale d’aller voter est plus grande qu’en ville, explique Joël Gombin. Les blancs et les nuls sont donc toujours plus importants dans les zones rurales que dans les zones urbaines. Et les agriculteurs n’y échappent pas ». Un effet d’âge – avec une population d’exploitants agricoles plus âgée que la moyenne et qui se rend donc plus aux urnes – accentuerait ce phénomène. L’autre raison, selon les deux spécialistes, provient du fait que le vote Front national a été légèrement plus élevé chez les agriculteurs au premier tour des présidentielles qu’au niveau national. Les exploitants agricoles ont en effet voté à environ 20% pour Marine Le Pen contre 17,9% pour l’électorat national. Or, « d’après nos modèles, ces blancs et nuls proviennent pour une assez bonne partie de l’électorat FN du premier tour », estime Pierre Mayance.

81% des voix agricoles pour Nicolas Sarkozy

Pas de surprise en revanche pour les résultats globaux. Le recul observé dans l’électorat général de la droite – qui a perdu à peu près 4 points entre 2007 et 2012 –, n’a pas été constaté chez les agriculteurs. Les exploitants agricoles ont voté à 81% pour Nicolas Sarkozy et 19% pour François Hollande. « D’après nos calculs, le vote Bayrou s’est très largement reporté sur Nicolas Sarkozy, analyse Joël Gombin. Et l’on observe également que les reports du Front national ont été plutôt meilleurs que la moyenne sur le président sortant. Ils ont en revanche été quasiment inexistants sur François Hollande. Il s’agit, comme pour François Bayrou, d’un électorat de droite historiquement traditionnel. D’où le très très gros report sur Nicolas Sarkozy ». Malgré son faible score chez les agriculteurs, François Hollande a bénéficié, comme dans le reste de la population, de tous les reports de réservoirs à gauche possibles pour ce second tour – « en particulier pour Jean-Luc Mélenchon : les reports de voix ont été excellents », note Pierre Mayance.

Une carte de France clivée nord-sud

Nicolas Sarkozy recueille comme en 2007 davantage de suffrages agricoles au nord de la ligne Nantes-Grenoble tandis que dans le sud de la France, à l’exception des Bouches-du-Rhône, il obtient un écho plus faible. François Hollande obtient quant à lui de meilleurs résultats dans le sud de la France, tandis que son audience est très faible au nord, à l’exception de la péninsule bretonne (voir cartes). « On voit que la division nord-sud recoupe assez largement la division entre grands et petits propriétaires ». En jeu également selon les deux spécialistes du vote agricole : « l’identité subjective de classe », à savoir les rapports que l’agriculteur entretient avec les groupes sociaux qui l’entourent. « On peut donc dire, comme en 2007, que le céréalier picard, qui côtoie des ouvriers dits ruraux avec une conscience de classe très forte ne votera probablement pas comme l’horticulteur indépendant de la Côte d’Azur. D’après nos modèles, rien n’a changé de ce côté là ».

Un vote législatif qui pourrait surprendre ?

40 à 50% des explications du vote présidentiel sont liés aux départements. Ce qui signifie qu’il ne devrait pas y avoir « de grands changements pour les législatives pour lesquelles les électeurs suivent des logiques locales, estime Pierre Mayance, même si cette élection est souvent plus personnalisée et que certains fiefs sont inattaquables, quelle que soit la tendance nationale ». Le Front national ne devrait pas créer la surprise, selon lui. « Pour le FN, il faut regarder les législatives de 1997 : il y avait déjà eu 133 triangulaires – et c’est ce qui a expliqué la victoire de la gauche en 97 qui était pourtant minoritaire. Le poids du FN peut donc aller encore en faveur de la gauche ». La grande inconnue sera le niveau de participation. Plus le niveau de participation sera élevé, plus de candidats FN seront susceptibles d’être présents au second tour et plus cela peut jouer en faveur de la gauche, selon les deux chercheurs pour qui la deuxième inconnue repose sur la stratégie du FN et de l’UMP durant ces élections législatives qui se tiendront les 10 et 17 juin.
(RA)