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Vendredi 08 novembre 2019

Viande bovine : les eurodéputés inquiets de l’avenir de la filière


Les enjeux climatiques, l’évolution des modes de consommation, et les perspectives d’un Brexit sans accord ont été source ces dernières années d’une grande déstabilisation du marché de la viande bovine en Europe, a expliqué la Commission, le 5 novembre devant les eurodéputés de la commission de l’Agriculture du Parlement européen. Produit dit sensible, la viande bovine est également un sujet central dans les négociations commerciales, qui demande une attention toute particulière. Les eurodéputés ont encore été là pour le rappeler.


Le changement climatique et des préoccupations de santé profondes pèsent aujourd’hui négativement sur la consommation de viande bovine, a expliqué la Commission le 5 novembre devant les eurodéputés de la commission de l’Agriculture du Parlement européen. Elle précise qu’« au cours des dix dernières années, la consommation per capita a baissé de 4,5 % alors que la consommation per capita de volailles a augmenté de 22 % sur la même période ». D’autres facteurs liés à la chute de la livre sterling et les perspectives d’un Brexit sans accord ont été également des facteurs aggravants, pesant sur les prix du marché. Toutefois, à court terme, le secteur bovin pourrait, selon la Commission, bénéficier de la déstabilisation du marché du porc en raison de la fièvre porcine africaine en Chine. Depuis quelques mois, le secteur a notamment eu accès à de nouveaux marchés.

Face à ces défis à la fois conjoncturels et structurels, la Commission a établi quatre grandes stratégies pour venir en aide au secteur sensible de la viande bovine : « les paiements directs du pilier I fournissent un niveau de soutien de base aux agriculteurs, tandis que les aides couplées ont permis aux États membres d’octroyer 1,7 milliard à leurs producteurs bovins. Le pilier II permet de promouvoir l’activité, la recherche de nouveaux marchés et d’investissements tout en favorisant les installations via la mise en place d’organisations de producteurs, ou encore par la prise en compte du bien-être animal. Les mesures de soutien au marché spécifique ont également aidé massivement le secteur bovin, notamment en Irlande où 50 millions € ont été versés aux 35 000 exploitants agricoles irlandais ». Et dans la future Pac le secteur pourra aussi bénéficier de soutiens financiers via les programmes opérationnels ou encore les éco-régimes.

Un secteur sensible à protéger

Produit sensible, la viande fait souvent l’objet d’âpres discussions dans toutes les négociations commerciales. Concernant l’accord avec les pays du Mercosur qui est l’un des sujets les plus sensibles aujourd’hui, la Commission a souligné que sur « le quota de 99 000 tonnes qui doivent être introduites en 5 ans, il y aura une segmentation du contingent tarifaire soit 55 % de viandes sensibles dites fraîches et 45 % de viandes surgelées ». Pour répondre aux inquiétudes des eurodéputés, la Commission ajoute qu’« une clause de sauvegarde bilatérale existe, pouvant être déclenchée en cas de hausse brutale des importations ou en cas de menaces sérieuses qui déstabiliseraient le marché ». Les eurodéputés n’étant toujours convaincus, souhaitent que le contingent de viandes bovines importées respecte scrupuleusement les normes sanitaires et phytosanitaires exigées par l’UE. Ils se demandent aussi sur quels critères la Commission autorise-t-elle à des pays tiers des contingents de viande bovine ? D’autres encore ont souhaité interpeller la Commission sur les véritables causes de la baisse des prix. Est-elle liée à une surproduction, ou bien liée à la qualité ? Ils observent que c’est une course sans fin au prix le plus bas. Dans ces conditions, les eurodéputés regrettent le choix opéré par la Commission de promouvoir toujours plus de viande bovine à produire et à exporter. Alors qu’il serait plus juste de transiter vers une démarche plus durable et plus respectueuse de l’environnement et du bien-être animal.

(RM)