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Lundi 27 février 2012 | analyse

Vote agricole : le Cevipof constate un ancrage à droite renforcé


Le vote des agriculteurs, qui représentent 8% de l’électorat national, se caractérise par « un solide ancrage à droite et une pénétration nouvelle des thèmes portés par l’extrême droite », commentent les chercheurs Bertrand Hervieu et François Purseigle du Centre d’études de la vie politique française (Cevipof), dans un rapport paru mercredi 22 février.


Parce que leur nombre a chuté de 26% en dix ans, selon le dernier recensement agricole de 2010, le vote des agriculteurs, qui repose aujourd’hui sur trois millions d’électeurs, est de plus en plus difficile à étudier sur la base des sondages, observent Bertrand Hervieu et François Purseigle, deux spécialistes du vote agricole, dans une étude du Cevipof parue mercredi 22 février. Malgré cela – et la difficulté en outre d’isoler les retraités agricoles tout comme les travailleurs en lien direct ou indirect avec le secteur agricole –, les deux hommes ont poursuivi leurs investigations sur l’électorat agricole jusqu’à en dégager « une tendance lourde » et « un virage «incertain ». La tendance lourde tient à l’ancrage à droite de ces votes qui s’explique, selon les deux spécialistes, par « le recours à l’interventionnisme économique tout comme la place occupée par la question salariale et environnementale dans les programmes de gauche » : « La gauche n’apparaît pas crédible économiquement et est soupçonnée de vouloir mettre en place des dispositifs de protection sociale et environnementale trop contraignants à leurs yeux », poursuit le rapport. L’ensemble rendrait ainsi les agriculteurs méfiants à l’égard des partis du PS et d’Europe-Ecologie-Les Verts. Mais de là à les repousser à l’extrême droite... : les liens très forts entre l’appareil d’encadrement professionnel agricole et la droite de tradition gaulliste, la pratique religieuse et un taux de syndicalisation élevé auraient maintenu jusqu’ici les agriculteurs à distance des tentations extrêmistes, assurent les analystes.

« Un virage incertain » à l’extrême droite

Mais, en 2002, le candidat Jean-Marie Le Pen recueille 22% des suffrages agricoles (contre 10% en 1998). « Il s’agit là d’un virage qui ne marque pas un ralliement massif au vote lepéniste, modèrent Bertrand Hervieu et François Purseigle, mais témoigne d’une pénétration double des thèmes portés par l’extrême droite au sein des mondes agricoles ». À la veille de l’élection présidentielle de 2007, la probabilité « d’être tout à fait d’accord avec les idées de Jean-Marie Le Pen» était nettement supérieure chez les agriculteurs de 18 à 65 ans que dans le reste de la population, mais nettement inférieure chez les agriculteurs ou anciens agriculteurs de plus de 65 ans.
La droite est restée la plus influente en 2007, avec 35% des votes en faveur du candidat UMP, soit un niveau supérieur de 10 points par rapport au vote national. Ségolène Royale a recueilli 8% des votes, soit 13 points au-dessous du reste de la population. Un écart qui s’est creusé au second tour avec 63% de voix pour Nicolas Sarkozy et 22% pour la candidate du PS.

Pour 2012 ?

Pour autant, « on constate une réelle difficulté pour Nicolas Sarkozy à garder durablement une cote de popularité parmi les agriculteurs, au niveau de celle atteinte par Jacques Chirac », poursuit le Cevipof. La cote de popularité de l’actuel chef d’Etat auprès de la profession est passée entre mai-août 2007 et février 2010 de 87% à 47%. Mais l’UMP reste le parti majoritaire chez les agriculteurs – loin devant le PS dont le score n’atteint pas 20%.
« Tout se passe comme si les mondes agricoles s’homogénéisaient sur le plan idéologique en même temps qu’ils s’amenuisent sur le plan démographique », interprètent Bertrand Hervieu et François Purseigle. Et ceci, malgré la diversité des revenus et des statuts au sein de la profession. Ce phénomène traduit, selon les chercheurs, le sentiment d’une minorité issue d’une majorité « se sentant, à ce titre, isolée au sein du corps social et menacée de déclassement ». Conséquence : « Une homogénéisation aux allures de renforcement identitaire » et un ancrage à droite qui se consolide et s’accompagne chez les jeunes d’une pénétration des thèmes portées par l’extrême droite.
(RA)



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