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Vendredi 03 janvier 2020

Paris Tokyo


C'est un poncif. Qu'il s'agisse d'urbanisme, de démographie, de consommation... Les Etats-Unis et le Japon nous donnent à voir certains changements auxquels nous serons confrontés demain. Mais il semble qu'en matière agricole les Français fantasment – ou cauchemardent – plus souvent du farmer américain que du nômin japonais. Il faut dire que Tokyo, connu pour protéger drastiquement sa production nationale de riz, offre un miroir assez déformant de ce que pourrait devenir la ferme France. L'exercice n'est pourtant pas dénué d'intérêt. Prenons, par exemple, le renouvellement des générations. Le Japon nous montre que le phénomène peut être encore plus aigu qu'il ne l'est en France ; en 2013, les agriculteurs professionnels japonais avaient en moyenne 66,2 ans, avec un pic entre 70 et 74 ans. Il faut dire que pour un agriculteur japonais, « partir à la retraite n’a pas de sens », va jusqu'à écrire la chercheuse Hiroko Amemiya en 2015. « L’agriculture, c’est la vie pour un paysan japonais ». Une observation radicale, mais peut-être pas si exotique qu'il n'y paraît. Autre comparaison fertile : l'agriculture urbaine (hydroponique, aéroponique...). En France, d'aucuns lui prédisent un échec cuisant au pays des terroirs et des mille fromages. Le Japon montre qu'une population peut manger à la fois du terroir et de l'high tech ; le pays est un leader des hangars à salade high-tech, alors que sa production de riz est restée quasi-paysanne.

Mathieu Robert