Identification Abonnement

Imprimer cet articleEnvoyer à un ami
Vendredi 08 novembre 2019

Tragique de la volatilité


Ce n’est pas seulement un poncif. Il y a un vrai aspect tragique et cruel à voir les marchés agricoles devenir volatils et imprévisibles depuis deux décennies, car ils violentent et désorientent des personnes qui restent très intimement attachés leur outil de travail et leur statut. Pour conserver leurs terres, leurs fermes familiales, leur métier, les agriculteurs semblent fatalement tenus de résister, de tenir bon, là où dans d’autres corps de métiers, beaucoup auraient lâché.

Certes, les agriculteurs se rapprochent de plus en plus des « petits entrepreneurs » (individuels, artisans) dans leurs modes de vie et leur statut social, comme le constate Hervé Le Bras. Certains d’entre eux revendiquent même d’être des « chefs d’entreprise » comme les autres. Mais tout de même, leur rapport à l’outil de travail et leur appréhension de l’échec restent très singuliers.

Ne sont-ils pas plus attachés à leur ferme que les taxis à leur voiture, que les buralistes à leur bureau de tabac, ou que les concierges à leur immeuble, comme Paul Hansen, le héros malheureux du Goncourt 2019. Pour les agriculteurs, l’échec, quand il arrive, reste plus dur qu’ailleurs.

Et la dissonance des opinions publiques française et européenne n’aide peut-être pas. Quand nombre d’élus français répètent à l’envi qu’il n’est pas moral de payer – même périodiquement – un agriculteur au-dessous du coût de production (l’opinion de Didier Guillaume est à ce titre emblématique), dans le même temps les politiques publiques européennes suppriment quotas et prix garantis. Il y a de quoi semer le trouble.

Mathieu Robert



Téléchargement