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Audrey Bourolleau (Hectar) : « En 2026, nous allons intensifier l’innovation au sein de notre ferme, autour de l'IA et de la biodiversité »

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Audrey Bourolleau, cofondatrice d'Hectar. Crédits : © Sylvain Leurent

Hectar, ferme pilote dédiée à l’entrepreneuriat agricole et à la transition vers une agriculture régénératrice durable, vient de publier son bilan pour l’année écoulée. Avec 5 840 personnes accueillies dans le cadre de ses programmes, Hectar a changé d’échelle en passant le cap des 35 000 personnes accueillies depuis sa création. Outre ses programmes de formations ancrés sur le terrain et dédiés à un large public, Hectar teste des solutions innovantes en conditions réelles, sur sa ferme pilote au cœur du Parc Naturel de la Haute Vallée de Chevreuse. Audrey Bourolleau, cofondatrice en 2021 du campus Hectar aux côtés de Xavier Niel, dresse pour Agra Innovation, le bilan de cette année 2025 et donne un éclairage sur les projets poursuivis en 2026.

2025 vient de s’achever, pouvez-vous nous parler des points les plus marquants de l’année passée pour Hectar ? 

Après une année d’accélération, nous voyons aujourd’hui que le projet s’est installé dans le paysage, avec des demandes, aussi bien d’agriculteurs que d’entreprises, qui veulent en savoir plus sur le sujet de la transition. Hectar est entré dans une phase de maturité et a vraiment trouvé sa place par rapport à ses différents publics, notamment vis-à-vis du monde agricole et de celui de l’entreprenariat. 

Avoir nous même une ferme à gérer, nous a fait entrer dans la réalité et nous a montré en y étant nous-mêmes confrontés, qu’il y avait un vrai besoin sur l’organisation au travail, le management dans les fermes et les outils au quotidien. Et c’est vraiment sur ces sujets que nous travaillons pour accompagner les agriculteurs. Nous avons reçu 576 agriculteurs sur l’organisation au travail l’an dernier. Et nous pensons avoir une carte à jouer et une certaine légitimité pour le faire, ce qui n’était pas prévu à l’origine d’Hectar en 2021, mais c’est finalement sur ces sujets que nous mettons le plus l’accent aujourd’hui dans nos programmes de formation.

La proximité avec Paris nous donne une place de choix pour pouvoir accueillir des entreprises de la chaine de valeur et donc d’adresser des publics plus larges. Nous allons continuer dans cette voie, ce que nous appelons nos deux jambes, avec d’un côté l’organisation au travail, le management et l’entreprenariat pour les agriculteurs et de l’autre la tech innovation pour la chaine de valeur, notamment pour les marques, les industriels, les coopératives. 

Qu’entendez-vous par tech innovation ? 

En 2025, à travers le projet que nous avons porté sur la mesure de la biodiversité, nous avons vu comment, grâce à la tech plutôt qu’avec un énième cahier des charges, nous pouvons développer des outils qui nous permettent de mesurer ou de suivre l’évolution de manière plus rapide et plus efficace pour les agriculteurs. Un travail que nous faisons en lien avec de grandes marques industrielles, tel que Maïsadour et L’Oréal notamment, qui s’intéressent à ces sujets d’innovation et de tech, parce que les agriculteurs, tous seuls, ne pourront pas financer l’innovation.

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Quels sont vos objectifs pour 2026 ? 

En 2026, nous allons continuer à travailler sur le sujet de l’entreprenariat et du management auprès des agriculteurs. Et nous allons intensifier l’innovation au sein de notre ferme pilote autour des deux enjeux que sont l’IA et la mesure de la biodiversité. Avant il était beaucoup question des enjeux carbone, et nous sentons que l’aval de la chaine de valeur, mais aussi les marques, s’orientent vers la biodiversité. Nous allons intensifier en 2026 les outils de mesures innovants. Dix start-up seront testées chaque année sur ces sujets de biodiversité.

Et puis nous poursuivons sur l’intelligence artificielle, un projet qui nous tient vraiment à cœur et qui fait le pont entre les deux sujets, parce que rendre compte de la biodiversité, c’est aussi manager ses équipes. Et nous voyons que l’oral, qui fait partie de nos métiers, peut être accompagné par l’outil d’assistant IA que nous testons sur notre ferme et que nous continuons à agrémenter. Aujourd’hui, nous avons un assistant IA « tour de plaine » à destination de nos salariés et aussi des ETA, que nous développons avec notre vétérinaire pour l’état de santé du troupeau.

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La grande nouveauté cette année porte sur le lancement, avec le groupe de restauration collective Elior, d’un démonstrateur pour répondre aux enjeux de l’assiette bas-carbone. Toujours avec la même approche, c’est-à-dire en partant de la réalité, ce démonstrateur leur permettra d’opérer la restauration directement sur notre site, pour arriver à créer un self bas-carbone.

Ce démonstrateur ouvrira au printemps prochain. L’objectif vise à sensibiliser les élus et tous ceux qui doivent respecter les états généraux de l’alimentation et des structures de coûts contraintes. 

Concrètement comment se passera ce travail avec Elior ?

Nous allons faire des tests ensemble sur notre site avec un vrai chef, pour arriver à changer les temps de travail, la façon d’organiser le self au niveau de l’ergonomie... Et de ces tests naitra un outil de formation. 

Limiter le gaspillage fait évidemment partie des solutions, comment gaspiller moins, comment reformuler les recettes et comment former ces nouvelles compétences. Tout ça, en sachant qu’un chef en restauration collective dispose toujours du même temps de travail dans son self le matin C’est souvent le sujet du S de la RSE. Et au même titre que les agriculteurs ont besoin d’être accompagné sur l’IA, peut-être qu’un groupe comme Elior fera d’Hectar un lieu de formation pour ses chefs pour qu’ils s’engagent sur une cuisine qui permettre d’atteindre cet objectif d’assiette bas carbone. Il y aura donc un vrai travail de fiches techniques sur tous ces aspects.

Et si la compétence pour créer des recettes plus neutres en carbone est importante, il y a aussi le sujet de la provenance de la matière première. Nous le voyons aujourd’hui dans l’actualité sur les sujets sur l’élevage, par exemple qu’un steak français élevé à l’herbe dans le Massif central émet moins de carbone qu’une viande importée. 

Lire aussi : Francis Nappez, DG d’Hectar : « Accompagner les start-up en mesure d’apporter des solutions pour réussir la transition agricole »

Justement, plus largement, que pensez-vous du contexte actuel ? 

Dans le contexte actuel sous tension, aussi bien agricole qu’économique avec le Mercosur notamment, je trouve qu’il y a quand même une grande robustesse des exploitations qui s’engagent et font tourner leur ferme, mais aussi des acteurs de la chaine de valeur qui tiennent bon dans leurs engagements. Nous sommes, c’est vrai au début de l’année, mais je reste très optimiste malgré tout, pour engager les agriculteurs jusqu’aux consommateurs dans ces transitions. Je souhaite que chez Hectar, qui est un des maillons d’action du changement, nous puissions les aider à avancer, c’est notre rôle. Deux mots pour résumer, optimisme et détermination.