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De nouvelles stratégies pour administrer des antibiotiques aux porcelets

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Les porcelets ingèrent des doses variables d’antibiotiques selon leurs habitudes d’abreuvement. Crédits : © Armelle Puybasset

Souvent distribués dans l’eau de boisson, les antibiotiques ne sont pas consommés à part égales par tous les animaux d’un même élevage. Des chercheurs de Inrae et de l’Ifip ont déterminé de nouvelles manières d’administrer des antibiotiques aux porcelets pour optimiser la couverture des élevages. 

Le développement de l’antibiorésistance pose des risques pour les animaux d’élevage et les humains et pousse les chercheurs à trouver des moyens d’optimiser les techniques d’administration des antibiotiques afin de prévenir l’émergence de bactéries résistantes aux traitements. C’est le sens d’un projet mené par Inrae et l’Ifip, avec le soutien financier de l’Institut Carnot France Futur Élevage. Le projet a été mené par Didier Concordet, professeur à l’École nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT) et chercheur à l’Inrae au sein du laboratoire Innovations Thérapeutiques et Résistances (INTHERES) depuis 2019. Leurs résultats ont été publiés dans la revue BMC Veterinary Research le 22 octobre 2024

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Grâce à un précédent projet, les chercheurs avaient déjà à leur disposition les données de la consommation d’eau individualisée d’un grand nombre de porcelets. Des données « très utiles pour étudier la stratégie de distribution d’antibiotiques dans l’eau », explique Didier Concordet. Alors que celle-ci se fait souvent par l’eau de boisson avec une concentration constante tout au long de la journée, les chercheurs se sont rendus compte que c’était la stratégie la moins performante pour lutter contre les bactéries. « Il y avait des animaux qui buvaient très peu alors que d’autres buvaient beaucoup. En distribuant l’antibiotique dans l’eau, certains porcelets sont sous-exposés et cela sélectionne les bactéries les plus résistantes. Au bout d’un moment, il est possible d’avoir l’émergence d’une forme de résistance» 

Une couverture multipliée par deux à trois 

Pendant le projet, les chercheurs ont étudié deux stratégies de distribution alternatives : la stratégie fractionnée quotidienne, où la dose recalculée quotidiennement est répartie de manière optimale au cours de la journée en fonction des besoins des porcelets, et la stratégie cumulative, où une dose fixe prévue pour quatre à cinq jours est administrée de façon optimale. D’après le communiqué d’Inrae publié le 30 avril 2025, cette dernière méthode « s’avère globalement plus efficace, car elle permet de concentrer les doses sur une courte durée afin de maximiser l’exposition du groupe ». 

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Pour déterminer les heures stratégiques, les chercheurs se sont encore basés sur l’observation des porcelets. « Nous nous sommes rendus compte que les porcelets boivent presque tous à midi et à 17 heures », note Didier Concordet. « Plutôt que de répartir la dose distribuée sur l’ensemble de la journée, nous pouvons la distribuer à ces heures stratégiques, quand presque tous les porcelets viennent boire. » Même si ces heures varient d’un élevage à l’autre, chaque éleveur peut déterminer les habitudes d’abreuvement de son cheptel grâce à l’observation quotidienne, afin de déterminer le meilleur moment pour administrer l’antibiotique. 

L’étude conclut que « l’intégration du comportement d’abreuvement dans la délivrance d’amoxicilline entraîne une augmentation du pourcentage de porcelets » couverts. En particulier, « avec Pasteurella multocida (pathogène respiratoire, ndlr), le taux passe de 30% à au moins 60%, tandis qu’avec Actinobacillus pleuropneumoniae (pathogène respiratoire, ndlr), il passe de 20% à plus de 70% ». 

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Pour la suite, Didier Concordet et son équipe travaillent sur la détection précoce des signes de maladies chez les différents animaux d’élevage, des volailles aux porcs en passant par les bovins