Guerre en Ukraine: Bruxelles propose des mesures supplémentaires pour l'agriculture
Au-delà des mesures d’urgence déjà envisagées pour aider le secteur agricole à faire face aux perturbation liée à l’invasion russe en Ukraine, comme l’aide au stockage privé de viande porcine, le recours à la réserve de crise agricole ou la possibilité d’utiliser les jachères comme pâturages, la Commission européenne propose d’autres dispositions dans un document soumis le 14 mars aux experts agricoles des États membres. Elle indique réfléchir à l'extension de l'obligation pour les États membres de communiquer des données mensuelles sur les stocks privés de produits essentiels pour l'alimentation humaine et animale. Des niveaux accrus d'avances sur les paiements directs et les mesures de développement rural devraient pouvoir être versés aux agriculteurs à partir du 16 octobre 2022. Et elle pourrait mettre en place un nouveau cadre temporaire de crise facilitant l’octroi d’aides d’État. La Commission apportera des réponses plus détaillée à cette situation dans le cadre de sa prochaine communication sur la sécurité alimentaire et le renforcement de la résilience des systèmes alimentaires, qui sera présentée le 23 mars.
Guerre en Ukraine: l'ONU met en garde contre «un ouragan de famines» dans le monde
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a mis en garde le 14 mars contre «un ouragan de famines» dans de nombreux pays que pourrait entraîner la guerre russe en Ukraine, l'Organisation débloquant en urgence 40 M$ pour venir en aide aux Ukrainiens les plus vulnérables. «Nous devons faire tout notre possible pour éviter un ouragan de famines et un effondrement du système alimentaire mondial», a-t-il déclaré à des médias à New York. En raison du blocage de productions agricoles en Ukraine et Russie, la guerre devrait, dans ses répercussions, frapper «le plus durement les plus pauvres et semer les germes de l'instabilité politique et de troubles dans le monde entier», a souligné Antonio Guterres, selon l'AFP. «Les prix des céréales ont déjà dépassé ceux du début du printemps arabe et des émeutes de la faim de 2007-2008.» «L'indice mondial des prix des denrées alimentaires de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture basée à Rome) est à son plus haut niveau jamais enregistré», a-t-il précisé. Au total, «45 pays africains et pays les moins avancés importent au moins un tiers de leur blé d'Ukraine ou de Russie – 18 de ces pays en importent au moins 50%», a indiqué le chef de l'ONU, en réclamant à nouveau un arrêt au plus vite des hostilités.
Guerre en Ukraine: l'Allemagne autorise le recours aux jachères pour les fourrages
Le ministre allemand de l'Agriculture, Cem Özdemir, a annoncé, le 11 mars, qu’il allait autoriser l’utilisation d’environ 1,2 million d'hectares (Mha) de surfaces d’intérêt écologique (1,06 Mha de cultures dérobées et 170 000 hectares de jachères) pour la production de fourrages pour animaux, afin d'atténuer la hausse de leurs prix en raison de la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie. L’Allemagne va également demander l’octroi de dérogations au nouveau règlement européen sur l’agriculture biologique, en vigueur depuis le début de l'année, pour permettre aux éleveurs du secteur d’utiliser en partie des aliments conventionnels. Le ministre allemand indique également que la stratégie existante en matière de protéagineux va être renforcée financièrement, afin d'accroître notamment l'offre d'aliments pour animaux sans OGM produits au niveau régional. Par contre, Cem Özdemir refuse à ce stade de renoncer à l'obligation européenne de réserver à la nature 4% des terres arables à partir de 2023. «Opposer un objectif à l'autre, c'est vouloir combattre une crise par une autre - ce n'est ni intelligent ni efficace», prévient-il.
Guerre en Ukraine: les propositions du CCFD pour éviter les famines
«Nous nous dirigeons vers l’une des pires crises alimentaires», prévient Valentin Brochard, chargé de plaidoyer souveraineté alimentaire au CCFD-Terre solidaire. Comme il le rappelle, la guerre lancée par la Russie intervient dans un contexte de hausse continue du nombre de personnes en insécurité alimentaire depuis plusieurs années. Un phénomène aggravé depuis 2020 par les turbulences économiques créées par la pandémie de Covid-19 et par la hausse des matières première liée à la crise sanitaire ou à des événements climatiques extrêmes. Pour éviter la catastrophe au Liban, en Égypte ou en Érythrée – qui dépendent tous à plus de 70% du blé russe ou ukrainien selon la FAO –, le CCFD souhaiterait que la communauté internationale s’accorde pour offrir «une réponse politique orchestrée». Sécurité alimentaire pour la zone de conflit, évaluation des stocks publics et privés de céréales, réactivation de la suspension de dette pour les pays les plus pauvres: «La France doit de toute urgence saisir le Comité sur la sécurité alimentaire mondiale», alerte Valentin Brochard. Cette instance internationale, rappelle-t-il, n’a aucun pouvoir de décision, mais elle pourrait faciliter la coordination des mesures entre États et entreprises.
Future Pac: Bruxelles publie une première analyse des options prises par les Vingt-sept
La Commission européenne a mené une première analyse des plans stratégiques nationaux préparés par les États membres de l’UE pour la future Pac, qui brosse un portrait très général des options prises par les Vingt-sept. Ce travail, qui sera présenté le 21 mars aux ministres de l’Agriculture de l’UE, montre notamment que sept États membres prévoient une allocation budgétaire au titre des éco-régimes supérieure à l'exigence minimale de 25%. Au total, 170 éco-régimes différents ont été proposés: près de 50% d'entre eux sont basés sur des paiements forfaitaires complémentaires aux aides directes, tandis que l’autre moitié est basée sur des paiements compensatoires des efforts entrepris. La plupart des plans prévoient une augmentation de la superficie consacrée à l'agriculture biologique: 15 plans visent à atteindre plus de 10% de surfaces bio, et quatre d'entre eux plus de 20%. D'ici fin mars, la Commission européenne va envoyer aux 19 premiers pays ayant soumis leurs plans stratégiques des lettres d'observation, qui seront également rendues publiques.
L'Argentine suspend les exportations de tourteau et d'huile de soja
Le gouvernement argentin a suspendu pour une durée indéterminée les exportations de tourteau et d'huile de soja, dont le pays est numéro un mondial, selon un communiqué du sous-secrétariat aux Marchés agricoles. Les enregistrements des ventes à l'étranger de ces deux produits sont fermés «jusqu'à nouvel ordre», a-t-il annoncé aux exportateurs dans la nuit du 13 au 14 mars. Cette décision s'inscrit dans le contexte de la hausse des prix mondiaux des matières premières, encore aggravée par la guerre en Ukraine. Buenos Aires s'inquiète en particulier de l'impact de la situation sur les prix alimentaires intérieurs, dont la hausse influence le taux d'inflation déjà élevé du pays (50,9% en 2021). Selon des médias argentins, le gouvernement envisagerait une augmentation de 31% à 33% des taxes à l'export des produits cités. Dès le 14 mars, les producteurs agricoles ont marqué leur opposition. «À la suite d'informations indiquant que le gouvernement envisage d'augmenter les retenues sur le blé et le maïs, le Comité de liaison des entités agricoles exprime son rejet farouche et assure qu'il n'y a pas de marge pour que les producteurs continuent à être spoliés», ont-ils réagi. En 2021, le secteur du soja représentait 30% des exportations du pays, lui apportant 9 Mrd$ de taxes à l'export.
Pesticides: la liste des cultures non attractives pour les pollinisateurs en débat
Pour mettre en œuvre l’arrêté «abeilles» publié en novembre 2021, le ministère de l’Agriculture devrait officialiser sous peu la liste des cultures non attractives pour les pollinisateurs, selon une information de nos confrères de Contexte, confirmée par plusieurs sources syndicales. Les cultures qui figurent sur cette liste seront alors exemptées de l’obligation de traiter entre deux heures avant et trois heures après le coucher du soleil. Soumise à consultation fin novembre 2021, la liste a tardé à être publiée, et les apiculteurs craignent que de nombreuses remarques soient écartées. «Le Salon [de l'Agriculture] a été un catalyseur pour le lobbying», grince Franck Alétru, président du Syndicat national d’apiculture (SNA). Avec l’Unaf et Terres d’abeille, son organisation souhaiterait voir le blé, l’orge, le soja, la lentille, le pois protéagineux ainsi que la vigne retirées du projet d’arrêté. À l’inverse, la FNSEA espère que «la liste sera élargie», indique Christian Durlin, vice-président en charge de la protection des cultures. Le maïs, notamment, avait déjà fait l’objet de longs débats et d’une étude d’Arvalis, rappelle Éric Lelong, président d'Interapi. «Le maïs présente clairement un risque. Les choses sont moins évidentes sur d’autres cultures sur lesquelles nous devons poursuivre les études», invite le président de l’interprofession apicole.
Influenza: difficultés à venir sur l'approvisionnement en volailles (interprofessions)
Alors que l'Ouest de la France subit un violent épisode d'influenza aviaire, l'interprofession des volailles de chair Anvol alerte le 14 mars sur les «répercussions à long terme» pour la filière, qui affronte «la plus grave crise sanitaire de son histoire». «Nous n'en sommes pas à parler de rupture d'approvisionnement, mais il y aura des difficultés demain au cas par cas, sur certains produits, certaines espèces», explique son directeur Yann Nédélec à Agra Presse. Dans un communiqué, l'interprofession appelle les consommateurs à «faire preuve de compréhension vis-à-vis des éleveurs et des entreprises», rappelant le «rôle majeur des Pays de la Loire» (2e région productrice de volailles). D'après Anvol, «plus de 400 foyers (…) ont été identifiés, dont plus de 300 uniquement en Vendée», contre 238 lors du dernier bilan officiel au 11 mars. De son côté, dans un communiqué du 9 mars, le Cifog (interprofession du foie gras) prévient que l'épizootie dans l'Ouest «risque de profondément réduire la disponibilité de foie gras, comme des autres produits de volailles». Toutefois, «les livraisons d'œufs à couver et de canetons d’un jour, en provenance de cette région, pourront être assurées et permettre les remises en place progressives des animaux dans les élevages du Sud-Ouest à partir du 29 mars», rassure le Cifog.
Artificialisation: les sénateurs dénoncent une remise en cause de la loi Climat
Les projets de décrets sur l’artificialisation soumis à consultation le 4 mars «remettent en cause les équilibres de la loi «Climat et résilience» et constituent une négation délibérée de l’intention du législateur», déplore la commission des Affaires économiques du Sénat dans un communiqué le 14 mars. Principal reproche des parlementaires: l’un des décrets impose de décliner l’objectif de lutte contre l’artificialisation dans les règles du fascicule de chaque Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet). Or, les sénateurs, lors de la commission mixte paritaire, avaient préféré réserver cet exercice aux «objectifs généraux» des Sraddet, en laissant plus de souplesse aux collectivités. «C’est d’ailleurs au prix de cette condition qu’un accord avait pu être trouvé», rappellent les sénateurs. L’autre déception des élus du Palais du Luxembourg concerne la méthode, avec «une urgence somme toute fictive» à définir par un autre texte la nomenclature des textes regardés comme artificialisés. En conclusion, les élus appellent le gouvernement «à prendre le temps du dialogue» avant de confirmer les décrets incriminés.
Porc: en Allemagne, le cours atteint 1,75 €/kg, record de hausse «pulvérisé» (MPB)
En raison d'un manque d'offre, le cours de référence du porc allemand a gagné 25 centimes (ct€) la semaine dernière pour atteindre 1,75 €/kg, battant son précédent record, d'après la note hebdomadaire du Marché du porc breton (MPB) du 14 mars. «En quatre semaines, la référence officielle allemande a progressé de 55 centimes», précise le MPB: «du jamais vu!» Alors que la demande reprend des couleurs avec la levée des restrictions sanitaires, le deuxième producteur européen pâtit d'un effondrement de sa production (-2,9% en 2021, puis -8,9% en janvier, soit «400 000 porcs de moins abattus» au premier mois de 2022). Toutefois, la hausse en Allemagne reste «encore loin d’être suffisant[e] pour absorber la flambée des prix des céréales qui s’est intensifiée avec la crise ukrainienne», relève le MPB. En France, le marché de référence de Plérin a clôturé le 14 mars à 1,415 €/kg (+1 ct€, la plus forte hausse permise par le règlement du MPB pour un lundi). Dans le sillon de l'Allemagne – et pour les mêmes raisons –, la semaine dernière a vu «des records de hausse pulvérisés dans le nord de l’Europe», d'après le MPB: +21 ct€ en Belgique, +16 ct€ aux Pays-Bas (abattoir Vion). En Italie, enfin, la tendance s'est inversée (+6,7 ct€) après une chute des cours due à la peste porcine africaine (PPA).
Sucre: Cristal Union veut investir 100 M€ dans des méthaniseurs couplés à de l’irrigation
Le sucrier Cristal Union prévoit d’investir plus de 100 M€ dans des méthaniseurs couplés à de l’irrigation, a-t-il annoncé le 14 mars. Cela concerne «de nouvelles installations, dont des méthaniseurs et de nouveaux bassins de stockage d’eau dans le Grand-Est, qui permettront de mettre à disposition 4 millions de m3 d’eau en plus à disposition du monde agricole, en période de déficit hydrique», affirme le directeur industriel Pascal Hamon, cité dans un communiqué. Le groupe récupère déjà l’eau des betteraves pour irriguer près de 10 000 ha autour des sucreries: sept usines sur huit la valorisent ainsi sur les cultures intermédiaires à l’automne, ou sur les cultures de betteraves au printemps ou en été. Sur le site de Fontaine-le-Dun (Seine-Maritime), un réseau de canalisations enterrées relie, depuis trois ans, des bassins de stockage en sortie de méthaniseurs à des parcelles agricoles. Cristal Union affiche sa volonté d’investir «pour la méthanisation de l’intégralité des effluents du groupe, et l’irrigation des champs de betteraves en période de culture et de déficit hydrique».
Agtech: Wizi farm se recentre sur l’emploi et réduit la voilure
Après avoir annoncé en janvier 2021 un élargissement de ses activités, la start-up Wizi Farm se recentre finalement sur son cœur d’activité. «Nous avons arrêté de travailler sur le sujet des circuits courts (projet de création d’un assistant numérique soutenu par la Caisse des dépôts, NDLR) pour nous concentrer sur nos sujets liés à l’emploi», indique son fondateur Jean-Baptiste Vervy le 14 mars. La start-up – qui compte sept actionnaires à son capital, dont la FDSEA de la Marne – «cherche encore un peu son modèle économique», a reconnu M. Vervy. En juin 2018, Wizi Farm a lancé la plateforme web Mission qui met en relation offre et demande de travail en agriculture. L’outil avait bien fonctionné pendant l’épidémie de Covid-19, boosté par la campagne de communication «Des bras pour ton assiette». Mais la version payante du site lancée en décembre 2020 «a moins bien marché», concède Jean-Baptiste Vervy. Wizi Farm cible désormais «les plus gros recruteurs». Elle va lancer «dans 15 jours» une nouvelle offre payante de la plateforme pour aider les entreprises à améliorer leur «marque employeur». La start-up a également réduit la voilure, passant de «18 à 10» salariés.
Betterave: Saint Louis Sucre revoit à la hausse son prix garanti à 35,50 €/t
L’industriel Saint Louis Sucre, fort de «bonnes prévisions» sur le prix du sucre, s’est engagé, dans un courrier aux planteurs le 11 mars, sur une rémunération de la betterave à un prix garanti d’au moins 35,50 €/t 16° pour la campagne 2022. «Le sucre fait partie des denrées agricoles dont les prix augmentent», souligne le directeur betteravier Thomas Nuytten, cité dans un communiqué reprenant les propos de cette lettre. «Les prévisions de prix de nos analystes, pour le sucre de la prochaine récolte 2022, sont bonnes», poursuit-il. Et d’annoncer que «pour vos semis 2022, nous garantissons un prix moyen de la betterave contractée d'au moins 33,00 €/t 16° betteraves entières, pulpes et indemnités incluses, soit un équivalent d’au moins 35,50 € /t 16° en forfait collet». Le 12 novembre, Saint Louis Sucre avait annoncé un «prix minimum garanti pour 100% des betteraves contractées», de 25,31 €/t à 16° forfait collet pour 2022.
Viande ovine: une campagne pour faire évoluer la découpe (Interbev)
«Les grosses pièces – type gigot entier – ne sont plus adaptées à une consommation usuelle», reconnaît la branche ovine d’Interbev dans un communiqué du 14 mars. Preuve d’un besoin d’évolution dans la découpe, selon une étude européenne publiée en 2021, seules 36% des personnes interrogées trouvent que les découpes actuelles «sont rapides à préparer». Pour amorcer ce virage, la filière lance donc une campagne sur trois ans, avec une première phase en 2022 dans 50 points de vente pilotes en Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Paca. Autant de distributeurs et de bouchers qui seront «accompagnés» pour faire évoluer leur offre au cours des quatre saisons, de l’agneau pascal aux ragoûts hivernaux en passant par les brochettes estivales. «L’objectif est d’aider chaque point de vente à améliorer la rentabilité de son rayon viande d’agneau à partir d’une utilisation large des différents morceaux», détaille Patrick Soury, président de la section ovine d’Interbev.