La Vienne en quête de la valeur ajoutée
Pour relancer la dynamique agricole du département, deux grands groupes coopératifs proposent de la diversification. Les plus petites coopératives poussent des grandes cultures à forte valeur ajoutée. Une société de conseil développe même de l’agriculture régénérative bio.
Faute de bons rendements, ni de tissu industriel, les quatre coopératives implantées dans la Vienne doivent être inventives pour augmenter la valeur ajoutée des exploitations, et éviter que le climat n’entraîne un appauvrissement irrémédiable. Les deux grands groupes coopératifs, Terrena et Ocealia, investissent dans la diversification hors des grandes cultures.
Les deux structures proposent aux agriculteurs de se lancer dans l’agrivoltaïsme. C’est une forme de retour de l’élevage, car de nombreux projets sont associés à de la prairie et des troupeaux de moutons. Mais d’aucuns craignent que ces projets ne soient pas très productifs en matière agricole, et se contentent de « brebis tondeuses ».
Car faire revenir l’élevage en zone céréalière n’est pas aisé. Plus encore que l’agrivoltaïsme, Terrena et Ocealia ont surtout des programmes de relance volontaristes pour la volaille et le bovin notamment. « On cible aussi les céréaliers qui faisaient auparavant de l’élevage, explique Pierre Bonnin, chez Ocealia. « Mais ce n’est pas évident, il faut la fibre, et c’est beaucoup de boulot. »
Ces pistes n’enthousiasment pas tout le monde. « Qui nous dit que le marché ne fera pas machine arrière dans cinq ans ? », s’interroge Benjamin Bichon, à la Tricherie, spécialisée en grandes cultures. « Agronomiquement, je crois plus à la contractualisation pour aller chercher des assolements », explique Anthony Héline, président de COC.
Zones de montée en gamme
C’est aussi ce que font les grands groupes. Dans la Vienne, Ocealia continue de proposer la filière CRC, développée il y a plusieurs années par Corea. Elle propose aussi le lin. Mais la montée en gamme est surtout le fait des deux petites coopératives du secteur : COC, qui a investi dans une usine de biocarburant et d’huile alimentaire, et travaille sur du colza bas carbone ; et la Tricherie.
Cette petite coopérative de 250 adhérents a pris un tournant il y a une vingtaine d’années : la production de céréales haut de gamme. « Nous avons fait le constat en 2000 que le terroir, peu enclin à performer sur le rendement, est adapté pour produire des céréales de qualité, retrace son directeur Benjamin Bichon. C’était un choix audacieux. Pour 90 % de ce que nous collectons, nous sommes sortis de l’export. »
Elle propose une multitude de contrats à ses adhérents : CRC, Label rouge, Lu Harmony, huiles alimentaires humaines… Elle a été la première à se lancer dans les grandes cultures HVE. Pour la Tricherie, son modèle peut être utilisé et étendu : « Les zones intermédiaires doivent être spécialisées dans le haut de gamme ».
Cela n’exclut pas de viser les baisses de charge chez les exploitants, estime Benjamin Bichon : « Même si on fait de la qualité, le blé reste souvent coté sur le marché mondial, et nous nous retrouvons en concurrence avec des pays comme la Russie où les charges de mécanisation notamment sont moins élevées. Elles sont très élevées ici, avec un parcellaire compliqué, presque bocage. Il faut réussir à mieux optimiser ces charges, les diluer par agrandissement ou parfois les Cuma ou ETA. »
Un mantra réunit les quatre coopératives : l’agriculture régénérative, terme flou qui recouvre aussi bien des « cultures bas carbone », que des pratiques d’agriculture de conservation, où les exploitants n’utilisent plus le labour. Les dirigeants y voient un moyen de réduire les charges, de chercher des revenus carbone, et mieux conserver l’eau.
Terrena travaille notamment avec la coalition Covalo Ouest, qui fédère acteurs de l’amont et de l’aval (Brioche Pasquier, Coopérative U). Objectif : 1 000 agriculteurs dans sa zone de collecte (dont la Vienne) d’ici 2028.
Agricultures de régénération
Pour l’heure, la pratique reste marginale. Sur les 3 500 fermes du département, « on a une centaine agriculteurs à s’être approprié la question », estime-t-on à la chambre d’agriculture. Mais elle semble stratégique. La Tricherie conduit un programme d’accompagnement de ces pratiques, avec un industriel dont elle garde le nom secret.
La pratique nécessite un vrai engagement des agriculteurs et des entreprises. « Le résultat et la maîtrise n’arrivent qu’au bout de quatre à cinq ans d’essai, constate Pierre Bonin, chez Ocealia. Cela reste risqué : il faut réussir ses couverts, ce qui est compliqué avec des septembres secs. Et certains sols hydromorphes ne s’y prêtent pas. »
Les agriculteurs n’attendent pas toujours l’initiative des coopératives. Le département compte de nombreuses petites productions de diversification, constate Philippe Tabarin. C’est le cas de l’escargot ou des petits fruits rouges. Un groupe de producteurs souhaite actuellement se lancer dans la noisette. Mais les conseillers de chambres peinent à trouver des supports techniques.
Dans cette quête de valeur ajoutée, la Vienne recèle même des initiatives d’avant-garde. Des agriculteurs proposent des couverts ou des repousses de cultures à leurs voisins éleveurs pour faire paître leurs animaux, notamment des ovins.
Plus novatrice encore, l’entreprise Milpa accompagne des exploitations en agriculture de régénération bio, avec une garantie de marge opérationnelle. Née d’une aventure familiale dont l’exploitation historique se trouve à l’est du département, Milpa gère aujourd’hui une cinquantaine de fermes dans toute la France sur plus de 6 700 hectares, dont 19 dans la Vienne sur 2 180 hectares.
Face aux déboires du marché bio – qui a touché également Ocealia, qui enregistre des déconversions dans le département en grandes cultures –, Milpa travaille aussi sur une rémunération des services environnementaux. Elle déploie une rémunération du carbone, « six fois plus importante à l’hectare que la moyenne des programmes existants ».
MR
Un projet de bambouseraie géante qui ne fait pas l’unanimité
Un projet de bambouseraie géante à Availles-Limouzin, dans la Vienne, fait polémique, rapporte Ici Nouvelle-Aquitaine le 6 février. Il est porté par l’entreprise Horizom qui a essaimé son concept dans plusieurs départements, essentiellement sur la face Atlantique mais aussi dans les Hauts-de-France. 226 hectares de terrain viennent d’être cédés pour plus de deux millions d’euros. Évoquant un prix de 8 000 à 10 000 euros l’hectare, La Confédération paysanne s’inquiète pour « la transmissibilité des terres après et aussi pour les installations des jeunes agriculteurs. Il y a déjà de gros problèmes de revenus chez les exploitants, si on paye les terres trois fois leur prix, comment peut-on s’en sortir ? » L’association Vienne Nature indique ainsi qu’ il « faut bien voir qu’on introduit un milieu qui n’est pas compatible avec les écosystèmes autour. Donc ça n’apporte strictement rien du tout à la biodiversité », un des points mis en avant dans l’offre Horizom. Des impasses culturales sont aussi évoquées : le site est sur des terrains séchant l’été rendant difficile la culture de bambou. Un collectif d’opposants a obtenu la revue à la baisse du projet qui resterait à 200 ha (400 initialement). (PG)