Bientôt une carte nationale des flux du CO2 dans les sols

L’Inrae doit publier d’ici mi-2021 une cartographie nationale et annuelle des flux de dioxyde de carbone dans les sols, à l’échelle de la parcelle. Un nouvel indicateur qui, espèrent les représentants de l’institut, pourra intégrer la Pac en cours de finalisation.

« Les politiques et les agriculteurs avaient besoin d’outils de suivi, mais tous les experts et les scientifiques s’accordaient sur la difficulté d’avoir un indicateur fiable et généralisable pour la mesure du carbone dans les sols », résume Philippe Mauguin, p.-d.g. d’Inrae, à l’occasion d’une conférence de presse le 9 avril. Le projet Soccrop, lancé fin 2020 avec le soutien financier du forum Planet A, pourrait répondre dès cet été à cette équation insoluble.

Grâce aux données satellitaires sur la couverture des sols, et aux modélisations issues de stations expérimentales (réseau Icos), une carte présentant les flux annuels de CO2 dans les sols agricoles avec une résolution de 10 m devrait être disponible d’ici l’été pour la France, et d’ici la fin d’année à l’échelle européenne. Un outil qui, comme le reconnaît Éric Ceschia, directeur de recherche au sein d’Inrae, a vu le jour « grâce à la nouvelle génération de satellites Sentinel possédant une couverture globale à haute résolution ».

Le couvert, indice du stockage

Dès 2019, les chercheurs de l’Inrae ont montré dans l’étude 4p1000 « que le potentiel de stockage additionnel se trouve principalement dans les grandes cultures, et que l’allongement de la durée de la couverture végétale est le principal levier à actionner », rappelle Jean-François Soussana, vice-président d’Inrae. Sur la base de ces résultats, le comité scientifique de planet A, réuni lors du forum de juin 2019, avait alors suggéré un indicateur mondial basé sur la couverture des sols « afin de mesurer l’état de dégradation ou de régénération des terres et leur capacité à agir sur le changement climatique ».

Résultat de cette mobilisation, le projet Soccrop s’intéresse avant tout à l’échelle européenne. Mais des résultats pourraient être bientôt disponibles à l’échelle mondiale, « grâce à un consortium de recherche international », comme l’indique Jean-François Soussana. « Il nous faudra voir comment nous pouvons continuer à accompagner tous les agriculteurs, notamment en Afrique », acquiesce Philippe Mauguin.

Pour l’heure, l’indicateur présentera uniquement les flux liés à l’utilisation des sols. Pour obtenir un véritable bilan carbone, prenant en compte les amendements et les récoltes, des données complémentaires devront être ajoutées au modèle. « Le principal frein consistera à avoir accès aux données des logiciels de pilotage des agriculteurs, et à automatiser les flux d’information », précise Éric Ceschia. Des limites qui pourraient selon lui être levées « à l’échéance de quatre ou cinq années ».

Prêts pour la prochaine Pac

Comme le rappelle Éric Ceschia, l’analyse précise de la couverture du sol a déjà été testée sur le terrain dans le cadre du projet européen Niva en collaboration entre l’Inrae, l’IGN, et l’ASP. L’étude a été menée en Normandie, dans l’Ain et en région toulousaine, sur un peu plus de 2,5 millions d’hectares et plus de 30 000 fermes au total. Ailleurs en Europe, l’ensemble des champs des Pays-Bas ont également déjà été cartographiés.

« Techniquement, l’indicateur de flux de CO2 serait implémentable à l’échelle de l’Europe à très court terme, d’ici un an », se réjouit le chercheur. Objectif pour l’Inrae : faire de cet indicateur un outil de la prochaine Pac. « Nous avons fait le maximum en un temps très court, pour présenter rapidement ces résultats au niveau européen, et ne pas perdre une programmation », confie Philippe Mauguin. L’outil développé par ses chercheurs, prévoit-il, pourrait même « être glissé dans les MAEC » en cours d’élaboration.

Pour les scientifiques, l’Europe ne devra cependant pas sanctionner les agriculteurs dont les couverts ne pousseront pas en raison de la chaleur ou de la sécheresse. « Ce qui doit être rémunéré, c’est un engagement de moyen. C’est à cette condition-là que l’ensemble de l’Europe pourra s’engager », estime Philippe Mauguin. Si les accidents locaux existent, complète Jean-François Soussanna, « les études montrent par ailleurs qu’il n’y a pas de réduction du potentiel national de stockage sous l’influence du climat ».

Intégration des pratiques agronomiques d’ici 4 à 5 ans

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