Pour atteindre les objectifs européens, les professionnels du secteur plaident pour une stimulation de la demande. Plusieurs pistes sont imaginées par les opérateurs, dont une subvention massive des agriculteurs, ou un report du surcoût vers le consommateur.
Les professionnels interrogés sont unanimes : si l’on veut développer la production d’engrais azotés minéraux à base d’hydrogène décarboné à grande échelle et ainsi atteindre les objectifs européens, il faudra stimuler la demande. Cela passe par la réduction de l’écart de prix entre intrants vertueux, produits localement, et ceux conventionnels, basés sur des matières premières fossiles importées.
Ce stimuli peut se faire en augmentant la rémunération des exploitants agricoles et l’aval, et/ou en abaissant le coût de production pour les industriels. Baisser les coûts de production, c’est ce que veut faire le gouvernement en subventionnant les investissements des industriels de l’engrais minéral. L’ensemble de la profession a salué le plan d’aide français d’environ 600 M€ aux projets industriels annoncé début juillet, dont le but est d’augmenter l’offre disponible dans quelques années.
Fertighy sera le plus grand bénéficiaire de l’aide publique annoncée par le gouvernement. « L’aide financera la construction des électrolyseurs, qui produiront 95 mégawatts, et permettront la production de 30 000 t/an d’hydrogène vert », précise Edouard Piens, responsable innovation et de marketing stratégique pour le groupe InVivo.
Pour abaisser les coûts de production industriels, Renaud Bernardi, président de France Fertilisants demande aussi que les pouvoirs publics « garantissent l’accès à une énergie bas carbone ».
Mais le secteur attend aussi un soutien aux agriculteurs, et pas seulement de la part des pouvoirs publics. L’ensemble de la filière doit y participer, demandent les industriels : « C’est l’ensemble de la chaîne de valeur qui doit supporter le coût de la décarbonation », et pas seulement les fabricants ou les agriculteurs, lance Renaud Bernardi. « L’industrie agroalimentaire, qui s’approvisionnera en matières premières produites, par exemple, avec des engrais décarbonés, devra accepter de les payer plus cher. »
Muscler l’intervention publique
Répercuter une hausse jusqu’au consommateur final, même très légère, n’est pas aisé. C’est pourtant la principale solution proposée. « En moyenne, le surcoût des produits alimentaires issus d’engrais décarbonés se situerait entre 1 % et 3 % », estime Édouard Piens.
Une autre solution proposée par les opérateurs interrogés est que l’État subventionne directement les achats d’engrais à faible empreinte carbone des agriculteurs. Les annonces du gouvernement français début juillet, notamment celle d’une aide directe aux acquisitions de fertilisants azotés, donnent quelques idées au secteur. Chez InVivo, Édouard Piens propose par exemple des « contracts for difference », dans lesquels l’État rembourserait à l’agriculteur tout ou partie de la différence de prix entre un engrais décarboné et un fossile.
Mauvais timing du MACF
Pour financer les agriculteurs, l’industrie comptait sur le MACF (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières). Il devait réduire le déséquilibre entre les producteurs européens et leurs concurrents extérieurs en intégrant le coût des émissions liées aux importations. Mais les charges générées par ce dispositif sont aujourd’hui largement supportées par les exploitants agricoles, sans contrepartie pour l’instant.
« Il y a une certaine incompréhension et le timing de l’implantation du MACF n’est pas le bon, commente David Guignard, directeur général de la division française d’EuroChem. À l’origine, je pense qu’un système de compensation avait été prévu pour les agriculteurs, dans lequel une partie des fonds collectés par le dispositif devaient leur être redistribué. Mais le contexte géopolitique a tout bouleversé. Désormais, les budgets sont orientés vers l’armement notamment, au détriment de l’agriculture. »
InVivo propose des « contracts for difference »
KC