L’AOP Cerafel a proposé aux expéditeurs d’intégrer sa gouvernance, contre un accès réservé à une partie des volumes.
Depuis cet été, l’association d’organisations de producteurs (AOP) Cerafel, propriétaire de la marque Prince de Bretagne cherche à convaincre les expéditeurs de les rejoindre dans son association d’organisations de producteurs. L’objectif de l’AOP, propriétaire de la marque Prince de Bretagne : être acteur dans le commerce. Le Cerafel propose aux expéditeurs s’engageant à s’approvisionner en totalité en légumes Prince de Bretagne (marque de l’AOP) de rejoindre le Cerafel dans un collège qui leur serait dédié, aux côtés du collège des OP Sica Saint-Pol-de-Léon, des Maraîchers d’Armor et de Terres de Saint-Malo. Les entreprises désignées deviendraient alors des expéditeurs partenaires. Aujourd’hui, 86 entreprises de négoce (la moitié en Bretagne) sont inscrites dans la liste des expéditeurs agréés pour acheter les légumes du Cerafel. Une poignée s’approvisionne à 100 % auprès de la marque. En contrepartie, les expéditeurs partenaires auraient un accès prioritaire sur les volumes (360 000 tonnes de 47 légumes l’an passé issues de 1 300 exploitations). Les autres expéditeurs devraient alors se contenter des volumes restants. Le projet prévoit pour l’instant le maintien du marché au cadran (56 % des volumes y transitent) et des contrats. Si les négociations se révélaient concluantes, cette organisation pourrait voir le jour 18 mois après l’information faite courant juillet par courrier aux expéditeurs, soit vers le début 2028.
L’espoir de « flux tirés »
Ce dossier constitue une vraie rupture dans un schéma de production mis sur pied au début des années 1960, au moment de la création de la SICA-Saint-Pol-de-Léon et du premier marché au cadran. À l’époque, le patron de la filière Alexis Gourvennec concède aux négociants tout le commerce, à la condition qu’ils achètent les légumes de la Sica au cadran. Ce système perdure avec comme intermédiaire l’Association régionale des cadrans agricoles légumiers (ARCAL) qui facture aux expéditeurs, paie les OP avant transfert aux producteurs.
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Ce qui a motivé le Cerafel dans son projet, « c’est l’évolution de tout notre environnement, explique son président Marc Kéranguéven. La concentration du commerce, la persistance des contraintes du Brexit en matière sanitaire et administrative, la hausse des coûts… Tout concourt à la dégradation de la compétitivité de la ferme France. » Depuis plusieurs semaines, Marc Kéranguéven multiplie les entretiens avec les expéditeurs leur explique l’intérêt de ce système qui devrait permettre « d’améliorer la valeur annuelle de nos produits pour une meilleure rémunération de nos producteurs. » « La marque Prince de Bretagne est déjà reconnue pour sa volumétrie et sa qualité », peut-être ce schéma fera-t-il évoluer les relations avec le marché, par exemple dans la mise en place « de flux tirés », glisse Marc Kéranguéven.
Franck Jourdain