Les signaux sont au vert tant sur les marchés laitiers que sur le marché domestique. Pourtant les éleveurs laitiers déplorent de ne toujours pas voir le prix du lait grimper, alors qu’ils font face une forte progression de leurs charges. Les industriels tentent de rassurer.
Les industriels laitiers privés l’assurent : le prix du lait payé aux producteurs en 2021 sera supérieur au prix moyen 2020. C’est en tout cas ce que garantit Robert Brzusczak, président de leur fédération, la Fnil, lors de leur assemblée générale du 3 juin. Cette hausse serait conséquence des négociations commerciales annuelles avec la grande distribution et d’une « situation des marchés qui s’améliore ».
Le lait s’est en effet relativement bien sorti du jeu des dernières négociations commerciales. Si l’ensemble des produits a connu une baisse de prix de l’ordre de 0,3 % en prix 3-nets, les produits laitiers (incluant également le rayon œufs) ont bénéficié d’une hausse de tarifs de 0,5 %, selon l’Observatoire des négociations commerciales annuelles du médiateur des relations commerciales agricoles.
Côté marchés des produits laitiers, Benoît Rouyer, économiste à l’interprofession laitière, note dans sa conjoncture du 28 mai, une « forte progression du prix des produits laitiers industriels » depuis le début de l’année 2021. La progression de 800 € la tonne à 4 000 € des cours du beurre en l’espace de quatre mois et demi, ou encore de 350 € à 2 600 € la tonne de poudre de lait écrémé, en sont les parfaites illustrations.
Toujours rien dans les fermes
Pourtant, plus en amont, les éleveurs ne voient encore pas grand-chose arriver sur leur fiche de paie du lait. Selon FranceAgriMer, dans sa conjoncture du 2 juin présentée lors du conseil spécialisé ruminants lait et viande, « en France, le prix réel du lait conventionnel a perdu en moyenne 6,40 € au 1er trimestre 2021 par rapport au 1er trimestre 2020, soit 1,8 % de sa valeur. » Et les analystes de conclure : « À 350,50 €/1 000 l en mars, il ne semble donc pas avoir encore intégré ni la hausse des coûts de production ni celle des prix des produits laitiers ingrédients ».
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En effet, les charges des éleveurs, elles, n’ont pas eu de difficultés à augmenter. L’Ipampa lait de vache a « atteint en mars un niveau historiquement haut », fait savoir FranceAgriMer. « Le coût des aliments achetés a poursuivi sa hausse jusqu’en février 2021, retrouvant les niveaux records de 2013, avant de se stabiliser en mars. Les postes énergie et engrais ont également fortement progressé », précise l’établissement public.
Pris en tenaille entre des coûts de production qui augmentent et des prix en repli, les éleveurs voient leur marge se réduire, et ce malgré une meilleure valorisation de la viande de vache de réforme. En se fiant à l’indice Milc, l’indicateur de la marge des éleveurs laitiers, cette dernière a continué de se contracter au cours du 1er trimestre 2021.
« Signal positif urgent »
Face à cette situation, les syndicats donnent de la voix. La FNPL (producteurs laitiers FNSEA) explique que « les producteurs de lait ne sont pas satisfaits du prix payé ce début d’année 2021, loin de là ». Parlant d’eux comme des « sacrifiés de la pandémie », le syndicat assure qu’il n’en restera pas là. Dans l’Ouest, les Jeunes agriculteurs des Pays de la Loire et de Bretagne ont envoyé une lettre ouverte aux laiteries expliquant que « l’effet ciseau devient très compliqué à gérer dans les exploitations ». Ils demandent un « signal positif urgent ».
Les bonnes nouvelles n’ont jamais semblé aussi proches pour les éleveurs. « Nous savons que les formules de prix prennent en compte les indicateurs des derniers mois et, que de ce fait, la hausse des prix devrait arriver », concèdent les Jeunes agriculteurs. « Il y a toujours un décalage de deux ou trois mois sur le prix payé aux éleveurs », conforte également Robert Brzusczak de la Fnil. Pour Benoît Rouyer du Cniel, cette « probable amélioration du prix du lait à la ferme » devrait avoir lieu « au cours du troisième trimestre 2021 ».