Agrafil du 28 janvier 2022

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Origine des viandes en RHD: affichage obligatoire étendu aux viandes autres que bovines

Un décret paru au Journal officiel le 27 janvier étend aux viandes porcines, ovines et de volailles l'obligation d'afficher l'origine en restauration collective et commerciale, qui était jusque-là réservée à la viande bovine. Très attendu par les professionnels, ce texte «s’applique aux viandes achetées crues par les restaurateurs et non aux viandes achetées déjà préparées ou cuisinées», précise sa notice. Le décret entrera en vigueur le 1er mars, et «est applicable jusqu’au 29 février 2024». Cette échéance se justifie par la volonté de Paris de «traiter de manière pérenne» ce sujet dans le cadre de la stratégie européenne De la ferme à la table, explique le cabinet du ministre de l'Agriculture à Agra Presse. En attendant une éventuelle généralisation dans l'UE, cette mesure franco-française relève de l'expérimentation aux yeux de Bruxelles. Contacté par Agra Presse, le président d'Anvol (interprofession des volailles de chair) Jean-Michel Schaeffer s'est «réjoui» de cette «première avancée» sur les viandes fraîches. Lors d'un déplacement le 27 janvier, le ministre de l'Agriculture aurait indiqué que la rédaction d'un deuxième décret, portant cette fois sur les produits transformés, serait «en cours de finalisation», toujours d'après Anvol. «On avance», confirme le cabinet du ministre, sans préciser de calendrier.

Produits laitiers: les alternatives «in vitro» visent l'Europe

La start-up néerlandaise Fooditive a confié à Agra presse qu'elle déposera dans les prochains mois une demande de mise sur le marché auprès de l’Efsa (autorité européenne de sécurité des aliments) pour sa «caséine végane» in vitro, avec pour objectif de la commercialiser en Europe dès 2023. Son homologue allemande Formo devrait lui emboîter le pas. À l’instar de plusieurs autres sociétés, elles sont parvenues à fabriquer des protéines identiques à celles du lait grâce à la fermentation de précision, une technique qui ne nécessite pas l’utilisation d'animaux. Déjà commercialisés sur le marché américain depuis 2019, ces produits issus de micro-organismes (champignons, levures) promettent un plus faible impact sur l’environnement, en comparaison avec l’élevage. Ces start-up arrivent dans un marché du lait déjà occupé à 10% par les alternatives végétales. Difficile de savoir quelle place elles pourront prendre à court terme, mais l'interprofession laitière a déjà missionné un expert pour évaluer la menace, notamment pour le marché des ingrédients. «Elles pourraient entrer en concurrence avec le lait sur le marché des ingrédients, en particulier avec les protéines de lait isolées par fractionnement», analyse Frédéric Gaucheron, du Cniel.

ZNT: les maires anti-pesticides repartent au Conseil d’État

Après la publication des nouveaux textes sur les zones de non-traitement (ZNT) le 26 janvier, l’association des maires anti-pesticides retournera auprès du Conseil d’État demander leur annulation, indique un communiqué le 27 janvier. Principale critique: la révision des autorisations de mise sur le marché demandée à l’Anses pour les produits classés CMR2 (cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques), «une belle façon de se dérober à l’obligation de réglementer», selon les édiles. «Cette démarche se pose comme une totale inversion du principe de précaution», poursuivent les maires. Citant des résultats de chercheurs néerlandais et de Générations futures, l’association d’élus estime également que «de nombreuses études mettent en évidence que des résidus de pesticides sont observés à plus de 100 mètres de la zone d’épandage». «Malgré l’intervention du pouvoir réglementaire, force est de constater que nous sommes en janvier 2022 dans la même situation qu’en décembre 2019», déplorent les maires. L’association des maires anti-pesticides est représentée par l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage.

Les crédits carbone ne seront pas «une source de financement majeur» (I4CE/Iddri)

«Estimer que le marché volontaire du carbone sera une source de financement majeur est probablement un pari risqué», souligne Claudine Foucherot, architecte du label bas carbone et directrice du programme Agriculture et forêts au sein de l’institut I4CE, lors d’un échange avec la presse le 27 janvier. Alors que les marchés du carbone volontaire sont encore «marginaux», l’experte rappelle que le label bas carbone est avant tout «un outil taxonomique»: «Il prouve qu’un projet a un effet limité sur le climat, et permet donc de flécher des financements publics, des aides de la Pac, ou des financements privés.» À l’heure où la Commission espère soutenir le stockage de carbone, les flux financiers demeureront de toute façon limités par rapport aux enveloppes de la Pac, complète Pierre-Marie Aubert, de l’Iddri. Car même avec un crédit à 100 euros, analyse-t-il «les 40 Mt de stockage supplémentaires prévues représenteront au mieux un financement de quatre milliards d’euros par an». Soit 7% environ des 58 milliards d’aides Pac distribuées chaque année dans l'UE.

Fin du phosmet: une possibilité de dérogation pour un autre insecticide (ministère)

Le ministère de l’Agriculture voit d’un bon œil la mise en place d'une dérogation pour utiliser l’insecticide cyantraniliprole sur colza, étant donné l’interdiction du phosmet à l’automne prochain, indique-t-il à Agra Presse. Un règlement européen, paru le 25 janvier, marque la fin du phosmet «au plus tard le 1er novembre». Le cyantraniliprole représente une alternative pour laquelle la filière du colza prépare une demande de dérogation. Ce type de démarche est fréquent pour d’autres productions, rappelle le ministère. Il s’agirait d’une dérogation de 120 jours au titre de l’article 53 du règlement européen sur les phytos. Par ailleurs, un plan d’action sur des alternatives au phosmet est en place, et 2,5 M€ d’enveloppe additionnelle lui sont consacrés par l’État, a annoncé le 24 novembre Julien Denormandie. «Toutes les solutions» alternatives au phosmet sont étudiées, souligne le ministère. Parmi elles, le «concept prometteur de colza robuste» s’appuie sur des pratiques agronomiques, notamment la fertilisation à l’automne.

Exportations lituaniennes: l’UE porte plainte contre la Chine devant l’OMC

Comme évoqué par Bruxelles deux semaines plus tôt, l’UE a finalement décidé le 27 janvier de procéder à l’ouverture de consultations, première étape de la procédure de règlement des différends de l’OMC, pour contester les mesures de rétorsions imposées par la Chine aux produits lituaniens. Après l’échec des tentatives de résolution bilatérale, «l’UE n’avait pas d’autre solution et à cette fin, elle reste déterminée à présenter un front uni et à agir rapidement contre les mesures contraires aux règles de l’OMC, qui menacent l’intégrité du marché unique», a déclaré à cette occasion le commissaire au Commerce Valdis Dombrovskis. Avant de préciser que l’UE poursuivait ses «efforts diplomatiques pour apaiser la situation». Au cours des dernières semaines, la Commission européenne affirme ainsi avoir réuni des preuves concernant les différents types de restrictions chinoises, notamment le refus de dédouaner les marchandises lituaniennes, le rejet des demandes d’importation en provenance de Lituanie, ou encore la pression exercée sur les entreprises de l’UE opérant à partir d’autres États membres de l’UE afin qu’elles retirent les composants lituaniens de leurs chaînes d’approvisionnement lorsqu’elles exportent vers la Chine. Ces restrictions commerciales chinoises ont été mises en place à la suite de l’ouverture en juillet 2021 d’une représentation diplomatique taïwanaise à Vilnius.

Blé Label rouge: les raccourcisseurs seront interdits dans trois ans (Inao)

Le comité national IGP-Label rouge-STG de l’Inao, réuni les 25 et 26 janvier, a décidé un «encadrement du recours aux régulateurs de croissance» (dits raccourcisseurs de paille) en blé panifiable pour la farine Label rouge, avant leur interdiction dans trois ans, indique l’institut à Agra Presse. Il s’agit de «sortir de l’usage des régulateurs de croissance, tout en laissant une période de transition», explique-t-il.  Pendant trois ans, l’usage de raccourcisseurs sera «conditionné à l’utilisation d’un outil d’aide à la décision permettant d’assurer un usage raisonné». «Cela permettra aux opérateurs concernés par le risque de verse de s’adapter à la situation pour être prêts à ne plus recourir aux régulateurs de croissance dans cet horizon de trois ans en prévision des semis 2024.» Le 25 novembre en assemblée générale, Intercéréales (interprofession) s’était alarmée d’une telle interdiction. «L’Inao serait prêt aujourd’hui à tordre le cou à quelques pratiques culturales», en entraînant «une dégradation de la qualité de nos céréales», avait déclaré le président Jean-François Loiseau, prenant à témoin Julien Denormandie. Quelque 200 000 t de farine Label rouge sont produites chaque année, sur un total de 3,8 Mt de farine produites en 2020 par la meunerie, selon Intercéréales.

Engrais: le seuil de déclaration abaissé à 150 t pour le stockage

Un décret soumis à consultation ce 27 janvier par le ministère de la Transition écologique prévoit d’abaisser le seuil de déclaration ICPE (Installations classées pour l'environnement) de 250 à 150 tonnes pour les stocks d’engrais à base de nitrate d’ammonium «tous conditionnements confondus». Ce texte, rappelle le ministère, fait suite à l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, ainsi qu'à la mission relative à la gestion des risques liés à la présence d’ammonitrates, dont le rapport a été rendu en mai 2021. Pour toutes les installations existantes au 1er août 2022, un projet d’arrêté complémentaire prévoit d’accorder entre six mois et trois ans et demi pour une mise en conformité progressive. «Nous allons avoir des tensions logistiques», prévient François Gibon, délégué général de la Fédération du négoce agricole, estimant que 40 à 50% du «stockage de proximité» pourrait être perdu. «C’est une sur-réglementation dans un contexte de prix tendus qui va pénaliser les agriculteurs», abonde Florence Nys, directrice générale de l’Unifa (industries de la fertilisation). La filière, rappelle-t-elle, avait soumis un plan d’action à l’issue de la mission gouvernementale, mais ses propositions «n’ont pas été retenues».

Installation: JA prépare le lancement de l'association «Demain je serai paysan»

À l’occasion de sa conférence de presse de présentation des vœux le 27 janvier, le syndicat Jeunes Agriculteurs (JA) a annoncé le lancement de l'association «Demain je serai paysan » au prochain Salon de l'agriculture, afin de promouvoir le métier d’agriculteur. Ce lancement sera officialisé en présence des ministres de l’Agriculture, de l’Éducation nationale, et du Travail, a précisé Samuel Vandaele, président de JA. Chez les JA, «Demain je serai paysan» était jusque-là le terme de la thématique des actions pour rendre attractif le métier d’agriculteur. Désormais, ce concept sera transformé en association. Celle-ci, appelée «DJSP» chez les JA, est destinée à devenir «un incubateur pour les projets de promotion» des métiers, non seulement d’agriculteur, mais aussi de salarié agricole, de technicien de la transformation, de vétérinaire, voire de métiers de bouche. Les cibles seront les jeunes et les personnes en reconversion, les enseignants et les parents. Le projet DJSP est soutenu notamment par le gouvernement, Gaec & Sociétés, la MSA, les chambres d'agriculture, la FNSafer, ou encore la société de financement participatif Miimosa.

Mélanges variétaux: une piste génétique pour assurer la performance (étude)

Une étude de l’Inrae, du CNRS et de l’Institut Agro Montpellier, parue le 26 janvier dans la revue New Phytologist, avance une piste génétique pour assurer la performance des mélanges variétaux, «encore trop imprévisible». Cela consiste à «identifier des zones du génome dans lesquelles la diversité génétique est significativement associée à la performance des mélanges (à la fois productivité et sensibilité à la maladie)», selon un communiqué de l’Inrae. Les chercheurs ont travaillé sur le blé dur. Leurs résultats confirment que les mélanges sont «en moyenne plus productifs et moins malades que les cultures mono-variétales». Plus surprenant, une région de l’ADN sort du lot. Cet endroit précis du génome est responsable d’une baisse de performance des mélanges. Depuis une dizaine d’années, les surfaces cultivées en mélanges sont en forte augmentation en France, avec par exemple une forte progression pour le blé tendre: alors que seulement 1% de la sole nationale était cultivée avec des mélanges en 2007, cette proportion s’élevait à 12% en 2019, d’après le communiqué.

Semences: RAGT adapte son modèle en développant des outils de conseil

Digital, imagerie satellitaire, pilotage de l’azote, agronomie: le semencier RAGT élargit ses compétences pour proposer des outils de conseil, en plus de son catalogue de variétés. Il s’agit d’apporter «des solutions plus vastes, en associant des génétiques à des outils, du conseil», a expliqué le président du directoire Laurent Guerreiro le 27 janvier en conférence de presse. Cette évolution stratégique est motivée par les «pressions» environnementale, réglementaire, sociétale auquel le monde agricole est soumis, d’après lui. RAGT compte s’appuyer sur des partenariats, comme celui autour du blé hybride avec Bayer et sa plateforme d’agriculture numérique FieldView. L’obtenteur aveyronnais développe par ailleurs une calculette pour les couverts végétaux, un outil de diagnostic des maladies, afin d’aider les producteurs à choisir leurs semences. Des projets qui s’accompagnent d’un plan de recrutement en France d’une centaine de collaborateurs par an sur les prochaines années. L’ambition de RAGT est aussi de poursuivre le développement à l’international, en Europe de l’Est (Ukraine, Russie), Amérique latine, Afrique (Kenya, Éthiopie), pour grimper de 411 millions d'euros (M€) de chiffre d’affaires à plus de 500 M€ d’ici à deux ans.

France 2030: le député Bruno Bonnell nommé secrétaire général du plan

Par un décret paru le 26 décembre, le député LREM du Rhône, Bruno Bonnell, est nommé secrétaire général pour l'investissement, chargé de France 2030, à compter du 31 janvier. Avant d'être parlementaire, Bruno Bonnell a été entrepreneur, notamment dans le secteur de la robotique. France 2030 est un plan d’investissement public présenté en octobre par le président de la République. Il consiste à investir à 30 milliards d’euros d'ici 2030 dans «l’innovation», dont 2 milliards seront réservés à l’agriculture et l’alimentation.

Agenda de la semaine agricole du 31 janvier

Vendredi 28 janvier
Déplacement de Christiane Lambert (FNSEA) au Mans (Sarthe)

Lundi 31 janvier
Introduction en bourse et conférence de presse d'Haffner Energy (production d'hydrogène à partir de biomasse)

Mardi 1er février
Présentation des conclusions du Varenne de l'eau
Congrès de France Grandes cultures (Coordination rurale)
Journées de la recherche porcine, jusqu’au 2 février
Colloque sur le blé dur, par Arvalis (institut technique)
Webinaire sur l’adaptation au changement climatique, par l'Acta (instituts techniques)
Conférence de presse de Semae (semences) sur sa présence au Salon de l'agriculture
Les députés débattent de la stratégie énergétique de l'UE à horizon 2050
Session Installation des Jeunes Agriculteurs, à Millau (Aveyron), jusqu'au 3 février

Mercredi 2 février
Séquence de questions sur les ZNT (phytos) à l'Assemblée nationale, en séance publique
La direction générale de l’Inrae se réunit avec le bureau de l’Opecst (office parlementaire dédié à la science)
Table ronde au Sénat sur le bilan et les perspectives du Varenne de l’eau
Journée Casdar sur le thème Agriculture et la biodiversité
Assemblée générale de la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA), à Aurillac (Cantal), jusqu'au 3 février
Yannick Jadot présente son programme

Jeudi 3 février
Les députés examinent en séance publique la PPL d’interdiction des additifs nitrés en charcuterie
Les sénateurs débattent sur la réglementation des produits issus du chanvre
Les députés de la délégation des Outre-mer auditionnent une administratrice de l'OFB
Conférence de presse du groupe LSDH (agroalimentaire)
Webinaire du Cniel sur les bactéries E.Coli producteurs de shigatoxines

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Notez la date: les Controverses de l’agriculture et de l’alimentation
Mardi 15 février (09h à 13h)
Présidentielle 2022: les engagements de candidats pour la ferme France.
Événement organisé par le groupe Réussir Agra.
Inscriptions en ligne: ouverture de la plateforme le 28 janvier