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Antibiotiques : coup dur pour les viandes brésiliennes

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La suspension des exportations brésiliennes de bœuf vers l’UE, effective depuis le 3 septembre et appelée à durer au moins deux ans, causerait à cette seule filière un préjudice estimé à près de 1 Md€ par an. En cause, l’incapacité du Brésil à garantir des animaux non traités aux antibiotiques comme facteurs de croissance.

Décidée en raison de l’utilisation d’antibiotiques comme facteurs de croissance, l’exclusion, le 3 septembre, du Brésil de la liste des pays autorisés à exporter certains produits animaux vers l’Europe, coûtera cher au pays. Cette décision viendra amputer une large part des quelque 2 Md€ réalisés chaque année par les exportateurs de viandes brésiliennes – bœuf et poulet –, faute de débouchés alternatifs aussi rémunérateurs que le marché européen. Selon le ministère brésilien de l’Agriculture, les exportations brésiliennes de viandes, d’œufs et de miel réalisées en 2025 vers l’UE ont dépassé 1,7 Md€. Le Brésil y a notamment exporté pour 915 M€ de viande de bœuf (sur un total de 15,9 Md€ toutes destinations confondues) et pour 672 M€ de viande de poulet (sur un total de 8,63 Md€).

Après un rapport d’audit favorable, le poulet brésilien devrait bientôt faire son retour dans le Vieux continent (1). Ce qui ne sera pas le cas, à court terme, de la viande bovine. Les rares sources au Brésil ayant accepté de témoigner critiquent toutes une « très mauvaise gestion » du dossier par le ministère de l’Agriculture brésilien (Mapa). Ce dernier, pourtant prévenu dès 2023, par l’UE, des conséquences du non-respect de ses normes, n’a pas réagi à temps. Le Mapa « a eu de funestes tergiversations, pariant sur une illusoire tolérance de l’UE », rapporte Antônio da Luz, l’économiste en chef du syndicat d’agriculteurs Farsul (État du Río Grande do Sul).

La monensine au cœur de la discorde

Au cœur de la discorde sanitaire entre Bruxelles et Brasília se trouverait l’usage de l’antibiotique le plus utilisé dans les parcs d’engraissement de bovins au Brésil : la monensine (famille des ionophores). Son absence de la liste des antimicrobiens bannis, au Brésil, par le protocole de traçabilité des bovins certifiés non traités aux antibiotiques, homologué fin mai par le Mapa, aurait même été le motif de son rejet par la Commission européenne, rapporte le média brésilien DBO.

Au printemps, les autorités brésiliennes ont interdit l’utilisation de cinq antibiotiques (2) comme facteurs de croissance en élevage bovin (y compris pour le marché intérieur), sans s’attaquer au plus utilisé de tous. Or, « l’emploi de la monensine dans les feedlots brésiliens y a marqué un avant et un après, au tournant des années 2000, en permettant des rations bien plus énergétiques », rappelle Júlio da Silva, responsable national bovins chez Agroceres Multimix (alimentation animale), cité par DBO. « Si la monensine est bannie, la performance globale de l’engraissement de notre bétail chutera de 8 % pour les espèces Bos taurus et de 16 % pour les animaux de souche zébu », indique-t-il.

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Contactées par Agra Presse, la Confédération nationale d’agriculture (CNA, agriculteurs brésiliens) et l’association brésilienne des exportateurs de bœuf (ABIEC) n’ont pas répondu. Ces organisations sont pourtant à l’origine du protocole de traçabilité des bovins brésiliens et le pilotent au niveau national.

Selon Antônio da Luz, le Brésil s’adaptera « tôt ou tard » aux exigences européennes, « sous une centaine de jours », avance-t-il, sans toutefois se prononcer sur l’usage de la monensine. Conseiller technique au Minas Gerais et éleveur de trois grands troupeaux agréés pour l’export vers l’UE, le vétérinaire Helvécio Oliveira est moins optimiste : « Les experts européens en mission au Brésil ont jugé que même les fermes agréées pour l’export vers l’UE sont aujourd’hui incapables de garantir que, à aucun moment, aucun animal n’a reçu un traitement antibiotique hors soins vétérinaires ponctuels. Donc, à partir de la date de leur décision, en principe, le Brésil ne pourrait pas garantir des bovins non traités aux antibiotiques avant deux ans, soit le cycle complet minimum d’un animal engraissé », en déduit-il. Et d’ajouter que « la question des antibiotiques est loin de faire l’unanimité au sein de la profession vétérinaire brésilienne ».

« Le problème auquel nous faisons face est que ces produits sont devenus indispensables à la performance technique de nos systèmes d’engraissement, étant appliqués en mode préventif sur de grands troupeaux, estime M. Oliveira. Sans eux, nos coûts grimperont en flèche. Et qui paiera ce surcoût ? Le consommateur européen. »

Le gouvernement brésilien a « parié sur une illusoire tolérance de l’UE »