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Antibiotiques : le Brésil obligé de se mettre en conformité

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Elevage bovin au Brésil Crédits : © Réussir SA

Selon un règlement qui vient d’être mis à jour par les États membres, seuls les pays tiers ayant fourni la garantie qu’ils n’utilisaient pas d’antibiotiques en tant que promoteurs de croissance seront autorisés à exporter de la viande vers l’UE à compter du 3 septembre 2026. Or, pour l’instant, ce n’est pas le cas du Brésil qui est en train d’essayer de se mettre en règle avant cette échéance.

Les États membres de l’UE ont adopté à l’unanimité, le 12 mai, une mise à jour de la liste des pays autorisés à exporter des produits animaux dans l’UE en lien avec l’utilisation d’antibiotiques qui exclut les importations de viande brésilienne. Malgré l’entrée en vigueur de manière provisoire, le 1er mai, de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, le Brésil pourrait ne plus exporter de viande bovine, équine, de volaille, d’œufs, de produits d’aquaculture, de miel et de boyaux vers l’UE à partir du 3 septembre. « Nous avons étroitement collaboré avec les autorités brésiliennes sur cette question et poursuivrons nos échanges afin d’obtenir leur mise en conformité avec ces exigences. Une fois cette conformité démontrée, l’UE pourra autoriser les exportations », précise la Commission européenne contactée par Agra. Pour figurer de nouveau dans cette liste, le Brésil va devoir « garantir le respect des exigences de l’UE concernant l’utilisation d’antimicrobiens pendant toute la durée de vie des animaux dont proviennent les produits exportés ». Conformément à une réglementation européenne adoptée en février 2024, l’utilisation d’antimicrobiens en tant que facteur de croissance ou pour augmenter le rendement du bétail est interdite, de même que l’utilisation d’antimicrobiens réservés aux infections humaines pour traiter les animaux. Outre l’exclusion du Brésil, la liste révisée comprend vingt et un nouveaux pays et cinq pays déjà inscrits qui sont autorisés à exporter des produits supplémentaires vers l’UE.

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« Nos agriculteurs respectent parmi les normes sanitaires et antimicrobiennes les plus strictes au monde. Il est donc légitime que les produits importés soient soumis aux mêmes exigences. La décision prise aujourd’hui démontre que le système européen de contrôles fonctionne : lorsque nos normes sanitaires et antimicrobiennes ne sont pas respectées, l’Europe agit », fait valoir le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen.

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Réaction brésilienne

Le gouvernement brésilien a immédiatement réagi dans un communiqué avoir été « surpris » par cette exclusion de la liste, tout en affirmant qu’il « prendra rapidement toutes les mesures nécessaires (pour que l’UE) revienne sur cette décision ». Pour tenter de se conformer au plus vite à ces nouvelles exigences, le ministère brésilien de l’Agriculture (Mapa) avait déjà, via un arrêté publié au Journal officiel le 27 avril, interdit « l’importation, la fabrication, la commercialisation et l’utilisation » des additifs améliorant les performances des animaux d’élevage contenant plusieurs antimicrobiens. Les substances visées sont l’avoparcine, la virginiamycine et la bacitracine (y compris bacitracine de zinc et bacitracine méthylène disalicylate). Selon le média spécialisé CompreRural, ces molécules sont « largement utilisées en élevage pour améliorer les performances » des bovins, porcins et volailles. En particulier, la virginiamycine est « l’un des additifs les plus répandus sur le marché ». Le texte prévoit un délai de grâce de 180 jours pour les produits déjà fabriqués ou importés avant la date d’interdiction (le 27 avril). Les antibiotiques ciblés restent utilisables en traitement thérapeutique, sur prescription vétérinaire. Comme le souligne CompreRural, « cette décision aligne le Brésil sur les marchés les plus exigeants, notamment l’Europe ». 

Contrôles renforcés

Adopté février 2024, ce règlement interdisant l’importation de viande traitée par des antibiotiques utilisés comme promoteurs de croissance avait été critiqué pour la faiblesse des contrôles qui reposent sur une simple déclaration sous serment d’un vétérinaire. « Il appartient aux autorités compétentes des pays tiers et à leurs opérateurs économiques de s’assurer que leurs denrées alimentaires exportées vers l’UE sont conformes aux exigences de l’UE en matière de sécurité sanitaire des aliments. Par exemple, en s’assurant de la mise en place d’un système de traçabilité fiable, d’une législation pertinente relative à l’utilisation des antimicrobiens chez les animaux, ainsi que de contrôles officiels réguliers afin de garantir le respect des exigences de l’UE », répond-on à la Commission européenne.

À partir du 3 septembre, les inspecteurs des États membres dans le cadre des contrôles aux frontières de routine, vérifieront que les certificats sanitaires contiennent cette nouvelle attestation relative aux exigences d’utilisation des antimicrobiens. Et conformément aux procédures standards, ils effectueront des contrôles d’identité et physiques, pouvant inclure des prélèvements, des analyses de laboratoire, des tests et d’autres activités de diagnostic, afin de vérifier la conformité aux exigences européennes.