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Le « sauvetage de poules » se structure

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Si la marque Poulehouse, de « l’œuf qui ne tue pas la poule », a disparu il y a quatre ans, des structures se sont créées en parallèle pour racheter des poules aux éleveurs et les revendre à des particuliers. Un engouement qui s’est accentué avec l’augmentation des prix dans les magasins. 

Ces dix dernières années, des associations ont émergé, souvent à l’échelon régional, proposant pour quelques euros des poules de réforme récupérées auprès d’élevages en plein air. Âgées de 18 mois, elles peuvent encore vivre plusieurs années et donner des œufs. Des particuliers ont répondu aux appels au « sauvetage de l’abattoir » dans la presse régionale ou sur les réseaux sociaux. Prêts à « donner une seconde vie » à ces animaux présentés comme familiers, ils se sont équipés de poulaillers et certains ont rejoint les passionnés de poules de race. C’est un phénomène de société, mais qui représente au mieux, selon les observateurs de la filière œuf, quelques pour-cent de l’abattage de poules élevées en plein air à destination du grand export.

L’association animaliste Les Caquetteuses se dit proche de la Fondation Brigitte Bardot. Elle intervient sur l’ensemble de l’Hexagone et utilise les recettes de la vente de poules pour financer son refuge d’animaux de ferme et de laboratoire dans le Morbihan. Pour sa part, l’association occitane Champs libres aux poules propose « l’adoption ». Créée en 2020 avec le soutien de l’organisation britannique spécialisée British Hen Welfare Trust, elle fonctionne grâce à « un réseau de bénévoles motivés en constante croissance », indique-t-elle sur son site internet, et se vante d’avoir « sauvé » 140 500 poules. Le moteur de recherche Google fait également apparaître La Voix des poules, Champs libres aux poules, Teepoules…

Démarches commerciales

Autre démarche similaire, celle de la société Poules pour tous qui multiplie les annonces d’opérations de sauvetage dans la presse du Grand Ouest, et occasionnellement plus au sud. Née en 2017 sous forme d’association dans la région nantaise, elle a commercialisé 100 000 poules de réforme bio et de plein air en 2025, indique son responsable de la communication et du marketing.

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Le représentant de Poule pour tous considère qu’un marché existe, faisant « l’hypothèse que les gens veulent vraiment savoir d’où viennent les œufs » et que l’élevage de quatre ou cinq poules – telle est la moyenne par famille, constate-t-il – permet de valoriser des restes. S’il observe une accélération des réservations qu’il attribue à la hausse des prix des œufs, il témoigne que l’engouement pour la poule a décollé avec la crise du Covid 2019, sans pouvoir dire si la tendance va se poursuivre. L’entreprise a ses clients fidèles, qui rachètent des poules (au prix de 7 euros environ) tous les un ou deux ans, notamment en cas de prédation par les renards. Elle a aussi son réseau d’élevages auxquels reprend des bandes entières : 500 à 1 000 poules pour un petit, 10 000 à 15 000 poules pour un plus grand. Son prix est bien plus rémunérateur que celui d’un abattoir (20 ct au mieux). Interrogé sur la concurrence à la reprise de poules, il souligne que ce n’est rien en comparaison des « 50 000 à 60 000 poules abattues par an ». Interrogé sur la concurrence à l’égard des vendeurs de poules de race, il tranche : « On n’est du tout sur le même marché. »

Ne pas sacrifier les poules de réforme était la promesse de la marque d’œufs biologiques Poulehouse, lancée en 2017 et qui a disparu en 2022. Aujourd’hui, cet élément d’éthique est mis en avant par des éleveurs qui vendent leurs œufs en direct. C’est un argument de Philippe Le Grelle, éleveur de 18 000 poules bio dans le Loiret, qui lancé une marque d’œufs (Pouloulou), après la disparition de Poulehouse, dont il était producteur. La ferme bio Les œufs de l’Hortus, dans l’Hérault, se vante aussi de vendre ses poules à des particuliers « pour une seconde carrière ».

SC

L’élevage de 4 ou 5 poules permet de valoriser des restes