Réunie en congrès, l’AGPB (producteurs de blé, FNSEA) craint une hausse significative des surfaces mises en jachère lors de la campagne culturale 2026-2027, si les autorités ne viennent pas en aide à temps aux céréaliers.
Alors que la Commission européenne tarde à dévoiler les détails (et notamment le budget) de son plan d’action sur les engrais, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé, dans un discours vidéo diffusé lors du congrès de l’AGPB (producteurs de blé, FNSEA) à Nancy le 26 mai, que ses équipes travaillaient déjà à la mise en place d’un guichet engrais « afin de compenser les surcoûts d’engrais azotés minéraux liés à l’impact de la guerre en Iran ». Le président de l’association spécialisée Éric Thirouin a déclaré que l’initiative allait dans le bon sens, mais attend de connaître les modalités et les montants des compensations avant de se prononcer définitivement. De plus, le temps presse. Si rien n’est fait rapidement, une hausse significative des surfaces mises en jachère pourrait survenir d’après lui, en lieu et place de cultures d’orge et de blé d’hiver pour la campagne culturale 2026-2027.
Éric Thirouin a rappelé que la situation des céréaliers s’avère extrêmement précaire, avec « trois années consécutives de revenus dans le rouge, et probablement une quatrième cette année ». La profession a perdu l’an dernier 2 Md€ estime l’AGPB à cause de la crise. Elle réclame ainsi, dans l’idéal, 500 M€ d’aide (tout compris : aides aux engrais, cotisations MSA etc.) pour compenser la hausse des coûts de production.
Perte de 900 000 ha en 10 ans
La crise céréalière est d’ailleurs structurelle. Lors des dix dernières années, « nous avons perdu 900 000 ha de cultures. Cette année, nous pourrions aggraver ces chiffres », alerte Éric Thirouin. Alors que les prix des grains restent bas, et que les coûts des engrais, entre autres, ont explosé, bon nombre d’agriculteurs se posent la question de ce qu’ils vont faire lors de l’automne 2026. Or, ces derniers achètent généralement leurs semences « durant l’été, après les moissons », prévient-il. La fenêtre d’action des autorités devient donc assez réduite.
Bon nombre de professionnels ont les mêmes craintes de repli de surface céréalière française en 2026 en raison de l’explosion des coûts. D’autant que le maïs est déjà touché, avec une surface attendue en repli de 11 % pour le moment par les autorités. Plus le gouvernement tardera, plus les inquiétudes se matérialiseront, sachant que le marché des engrais est régi par une logistique d’habitude bien huilée, mais sensible aux aléas.
Et les fertilisants ne sont pas le seul sujet. Les parcelles céréalières françaises souffrent par exemple de la multiplication des adventices depuis plusieurs années, alourdissant les charges des agriculteurs. Les solutions phytosanitaires manquent. Raison pour laquelle l’AGPB va demander une dérogation pour les produits contenant du triallate.
Les céréaliers ont perdu 2 Md€ l’an dernier, selon l’AGPB
KC