L'Ukraine a « besoin de livraisons de gazole et de produits phytosanitaires » (Roman Leshchenko)
Dans un entretien accordé à Agra presse le 11 mars, le ministre de l'agriculture ukrainien Roman Leshchenko annonce que son pays a « besoin de livraisons de gazole et de produits phytosanitaires » en provenance de l'Union européenne. La période des semis doit débuter autour du 7 avril dans le pays. « La récolte des cultures de printemps sera au moins inférieure de 30% à celle de l'année précédente. Notre capacité a atteindre ces 70% dépendra de nos livraisons en gazole, d'autres facteurs affectant la production et des opérations militaires russes dans le pays». Après avoir décidé que les agriculteurs et ouvriers agricoles pouvaient être exemptés de la mobilisation dans l'armée, le jeune ministre annonce qu'un plan est en projet pour faciliter le crédit aux agriculteurs. Par ailleurs, le gel temporaire des exportations de certaines denrées agricoles vient d'être complété par une interdiction de l'exportation d'engrais, pour maintenir les disponibilités dans le pays. Selon Roman Leshchenko, les infrastructures portuaires n'ont pas subi de dommages importants: « si le transport maritime était débloqué, nous pourrions démarrer en une semaine». Interrogé sur l'attitude des groupes agroalimentaires qui décident de rester en Russie, le ministre répond: « soit vous soutenez l'agresseur, soit vous refusez de coopérer avec lui jusqu'à ce qu'il arrête toutes ses activités criminelles ».
Guerre en Ukraine: les ministres de l’Agriculture du G7 appellent à maintenir les marchés agricoles ouverts
Face aux risques de pénurie alimentaire liés au conflit russo-ukrainien, les ministres de l’Agriculture du G7, ont appelé dans une déclaration commune le 11 mars à l’occasion d’une réunion informelle extraordinaire (organisée d’urgence par la présidence allemande), «tous les pays à maintenir ouverts leurs marchés alimentaires et agricoles et à se prémunir contre toute mesure restrictive injustifiée sur leurs exportations». Tout en soulignant qu’«une nouvelle augmentation des niveaux de prix des denrées alimentaires et de la volatilité des marchés internationaux pourrait menacer la sécurité alimentaire et la nutrition à l'échelle mondiale». À cette fin, ils préviennent qu’«ils ne tolérerons pas des prix artificiellement gonflés qui pourraient diminuer la disponibilité des produits alimentaires et agricoles». Par ailleurs, les ministres de l’Agriculture du G7 appellent «les organisations internationales (FAO, PAM …) à soutenir la production alimentaire en Ukraine et à assurer la sécurité alimentaire dans les zones touchées». Ils demandent également à «la FAO tout comme au G20 via le Système d’information sur les marchés agricoles (Amis) de procéder à une mise à jour régulière des données sur l’évolution des marchés alimentaires mondiaux». Enfin, les ministres ont assuré qu’«ils s’efforceront de coordonner les mesures qu’ils prendront afin d’assurer la sécurité alimentaire et la stabilité des marchés».
Guerre en Ukraine: les Vingt-sept appellent Bruxelles à prendre des mesures pour la sécurité alimentaire
En raison de l’impact de la crise ukrainienne sur le secteur agricole, les chefs d’État réunis lors d’un Sommet européen informel les 10 et 11 mars à Versailles (organisé par la présidence française du Conseil de l’UE), ont appelé dans une déclaration commune «la Commission européenne à présenter dès que possible des mesures pour faire face à la hausse des prix des denrées alimentaires et à l’enjeu de la sécurité alimentaire mondiale». Dans ce contexte, les Vingt-sept ont ainsi indiqué que «l’UE améliorera sa sécurité alimentaire par une réduction de sa dépendance à l’égard des importations de produits et d’intrants agricoles, notamment en augmentant la production européenne de protéines d’origine végétale». À l’issue du sommet, le président français Emmanuel Macron a averti que «l’Europe et l’Afrique seront très profondément déstabilisées sur le plan alimentaire dans les 12 à 18 mois en raison de la guerre en Ukraine, gros producteur de céréales». Pour en limiter les conséquences, il appelle «à réévaluer les stratégies de production de l’UE afin de défendre la souveraineté alimentaire et protéinique européenne, mais aussi à réévaluer une stratégie à l'égard de l'Afrique, sans quoi plusieurs pays de ce continent seront touchés».
Guerre en Ukraine : Borealis (engrais) renonce à un rachat par l’oligarque russe
Le spécialiste autrichien des engrais Borealis décline une offre de rachat par EuroChem, a-t-il annoncé le 10 mars, le groupe suisse étant détenu par l’oligarque russe Andrey Melnichenko visé par les sanctions européennes après l’invasion de l’Ukraine. «Nous avons attentivement évalué les développements les plus récents concernant la guerre en Ukraine ainsi que les sanctions qui ont été mises en place, déclare le CEO Thomas Gangl, cité dans un communiqué. En conséquence, nous avons décidé de décliner l’offre d’EuroChem pour l’acquisition de l’activité Azote de Borealis, y compris les engrais, la mélamine et l’azote technique.» Le groupe autrichien avait indiqué le 3 février avoir reçu une offre ferme d’EuroChem, valorisant cette activité sur la base de la valeur d’entreprise à 455 M €. Il détient notamment trois usines d’engrais azotés en France à Grandpuits, Grand-Quevilly et Ottmarsheim. «Borealis va désormais envisager diverses options concernant l’avenir des activités engrais, mélamine et azote technique», poursuit le communiqué.
Guerre en Ukraine: le Brésil lance un plan engrais
Le gouvernement brésilien a lancé le 11 mars un plan destiné à limiter sa dépendance aux importations d'engrais indispensables à sa puissance agricole, notamment en provenance de Russie qui a envahi l'Ukraine. Ce plan, lancé par décret, comporte des incitations fiscales, des crédits et autres mesures pour encourager la création d'usines d'engrais et augmenter l'exploitation des ressources minières d'ici à 2050. Le Brésil importe 85% de ses engrais, et compte faire baisser cette dépendance à 45% en 2050 grâce à ce nouveau plan. La Russie est son premier fournisseur d'engrais, à hauteur de plus de 20% de ses besoins. Vendredi, le président Bolsonaro a de nouveau insisté pour que les députés et sénateurs votent un projet de loi très controversé autorisant l'exploration et l'exploitation minière dans les terres indigènes, notamment en Amazonie. Les bénéfices économiques associés à l'exploitation de leurs terres «ouvriraient des espaces pour l'intégration des frères indigènes dans la société», a-t-il dit, avant d'ajouter: «les indigènes sont quasiment comme nous, et ils veulent s'intégrer». Mais les détracteurs de ce projet de loi disent que la guerre en Ukraine n'est qu'un «prétexte» et que la plupart des réserves brésiliennes de potassium se trouvent en dehors des terres indigènes.
Guerre en Ukraine : la Conf' veut interdire les cultures destinées à l’énergie
Quelques heures avant une réunion sur les répercussions de la guerre en Ukraine au ministère de l'Agriculture, la Confédération paysanne a dévoilé, lors d’une conférence de presse le 11 mars, ses doutes sur les réponses évoquées pour le secteur agricole. Pour résoudre les tensions sur l’énergie, les engrais, ou les produits agricoles, le syndicat demande le «contrôle du prix des céréales», un accompagnement d’urgence des éleveurs conditionné à un «plan de désengagement de la production animale industrielle», ainsi que «l’interdiction immédiate des cultures destinées à l’énergie». Estimant que les terres agricoles doivent avant tout servir à l'alimentation, «on ne peut pas renforcer à la fois la souveraineté alimentaire et la souveraineté énergétique», juge Nicolas Girod. Et de rappeler que «le bilan énergétique de la méthanisation et des biocarburants pose question». La Confédération paysanne se dit donc «en accord» avec la plupart des points soulevés par les ONG dans la lettre ouverte publiée le 10 mars.
Influenza aviaire: triplement du nombre de foyers en cinq jours dans le grand Ouest
Dans le grand Ouest, 238 foyers d'influenza aviaire étaient recensés «à date», contre 74 le 6 mars, soit un triplement en cinq jours, a détaillé le cabinet du ministre de l'Agriculture, lors d'un point avec la presse ce 11 mars. Une grande partie de ces foyers se concentre en Vendée, où l'on en dénombre 187, répartis sur plus de 100 communes. Après avoir été suspendues le 6 mars dernier, les expéditions de poussins et d'oeufs issus de zones réglementées pourront finalement faire l'objet de dérogations. Une instruction est parue le 10 mars à cet effet, qui conditionne les envois au respect de mesures sanitaires «strictes», explique le cabinet. La zone touchée comporte de nombreux élevages d'animaux reproducteurs et couvoirs, importants notamment pour la reprise de l'élevage dans le Sud-ouest. «A date, il n'y a pas de sujet de rupture d'approvisionnement» qui entraverait le redémarrage de la filière foie gras, assure le cabinet. Les raisons de la résurgence de l'influenza aviaire dans l'Ouest fait l'objet d'une enquête de l'Anses. Le phénomène a occasionné «l'élimination» de 1,2 million de volailles, dont 60% de canards. 3 millions restent à abattre suite à l'apparition des nouveaux cas. En 2020, la France produisait environ 900 millions de volailles (gallus) et environ 20 millions de canards.
HVE : s’assumer comme label du conventionnel (HVE Développement)
Avec les conjonctures difficiles sur certains marchés bio, l’association HVE Développement aurait commencé, à l’occasion du Salon de l’agriculture, à préparer le terrain d’un virage de communication, apprend Agra presse. «La HVE est bien le label de l’agriculture conventionnelle, et n’a pas vocation à aller sur les platebandes de la bio», assume Laurent Brault, responsable de développement au sein de l’association. La HVE reste ouverte aux producteurs bio, et les cahiers des charges sont complémentaires, «mais ce discours technique n’a été entendu par personne», regrette-t-il. Ce nouveau positionnement, auquel le ministère serait sensible, ne sera pas sans conséquence sur la rénovation du label en cours, en excluant certaines pistes comme l’interdiction des molécules classées CMR. En plus de la suppression déjà actée de la voie B, les travaux en cours au sein de la CNCE tournent donc plutôt désormais, selon Laurent Brault, autour de la convergence entre la future Pac et la HVE. Les critères biodiversité du niveau 3 (certification environnementale) pourraient ainsi,soit se baser sur les BCAE 8 avec des seuils rehaussés, soit prendre en compte des infrastructures «oubliées» de la Pac, comme les zones humides. Autre chantier: la révision de certains critères pour les adapter à toutes les filières, sans pour autant aller vers des cahiers des charges spécifiques.
Lait: la FNPL alerte sur la situation «extrêmement préoccupante» des éleveurs
Dans un communiqué du 11 mars, la FNPL (producteurs de lait, FNSEA) fait part des «échos» qu’elle a reçu des négociations commerciales qui «auraient dû se terminer au 1er mars, mais comme nous en avons encore eu la confirmation cette semaine, ce n’est pas tout à fait le cas». Elle se félicite de la «forte mobilisation du réseau syndical» qui «a ouvert les yeux de la grande distribution». «Des hausses auraient été acceptées notamment sur la matière première agricole», relève-t-elle. Cependant, le syndicat attend de voir ce qui reviendra «réellement» aux producteurs. «Malheureusement les augmentations de charges que nous avons subies depuis l’été rendent les augmentations (de prix, ndlr) à venir déjà insuffisantes», affirme la FNPL. Le syndicat alerte une nouvelle fois sur la situation «extrêmement préoccupante» des éleveurs laitiers face à l’inflation. «La guerre ukrainienne aux frontières de l’Union européenne provoque une nouvelle flambée des prix, doublée d’incertitude sur la disponibilité de certains intrants», écrit-il. Il appelle à des «mesures» étatiques pour soutenir la filière, tout en rappelant qu’il demande «des prix et pas des primes».
Biométhane : les unités sont dimensionnées pour produire 15% de plus
Si, pour répondre à l’urgence de contribuer à l’approvisionnement de gaz en France, le secteur de la méthanisation voulait augmenter sa production immédiatement, il le pourrait à hauteur de 15%, indique-t-on au Club Biogaz ATEE (Association technique énergie environnement). La filière a demandé au gouvernement qu’à cette fin les engagements de production des unités auprès de l’État ne soient plus mensuels mais annuels, et qu’ainsi les unités puissent produire plus pour rattraper les périodes d’arrêt pour maintenance, précise-t-on par ailleurs à l’association France gaz renouvelables. De plus, alors que les prochains appels d’offres sont prévus au second semestre, les professionnels craignent qu’ils soient lancés à la fin de l’année, retardant ou décourageant l’engagement des porteurs de projets. Le nombre d’unités injectant dans le réseau est de 365, et plus d’un millier sont en projet, mais certains d’entre eux sont sortis de la file d’attente du fait de la baisse des tarifs annoncée il y a plus d’un an. La filière attend des réponses lors de la sortie du plan de résilience. Des leviers d’accélération de procédures se situent aussi à l’échelon des préfectures et des services de l’État dans les départements, selon la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR).
Bovins: des aides aux veaux sous la mère globalement stables pour la campagne 2021
Un arrêté paru le 11 mars au Journal officiel fixe le montant des aides aux veaux sous la mère et aux veaux bio pour la campagne 2021. Elles sont en légère baisse pour les «veaux sous la mère et veaux issus de l'agriculture biologique», arrivant à 49 € par tête (contre 49,50€ en 2020). Le montant des aides pour les veaux labellisés et bio commercialisés via une organisation de producteurs est, lui, en hausse: il s’élève à 74€ par veau (contre 68,10 euros en 2020). Pour être éligibles, les veaux doivent être «élevés pendant au moins 45 jours sur l'exploitation du demandeur» suivant un cahier des charges Label rouge, IGP ou bio. Ils doivent être abattus «à un âge compris entre 3 et 8 mois, ou 10 mois par dérogation» au cours de l’année civile précédant la demande d’aide. Ces aides, découlant de la Pac, sont destinées à «compenser les désavantages spécifiques des exploitations» de ces secteurs d'élevage, en application de l’article D615-41 du code rural et la pêche.