Agrafil du 16 juin 2022

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Pesticides: une utilisation en baisse dans l'UE, mais pas assez vite pour Bruxelles

L'utilisation et les risques liés aux pesticides chimiques ont diminué en 2021 de 14% dans l’UE par rapport à la période de référence 2015-2017, et de 1% par rapport à 2020, selon les derniers chiffres présentés le 15 juin par la Commission européenne. Et en ce qui concerne les molécules jugées les plus dangereuses, la baisse par rapport à 2015-2017 est de 26% et par rapport à 2020 de 9%. «Si les progrès sont constants et continus, leur rythme n'est pas encore assez rapide. Les États membres doivent faire davantage», prévient pourtant Bruxelles qui devrait présenter le 22 juin sa proposition de révision de la directive européenne sur l’utilisation durable des pesticides, laquelle doit permettre d’atteindre l’objectif fixé par le Green deal de réduction de 50% des usages et des risques liés aux pesticides d’ici 2030. La Commission devrait proposer de transformer cette directive en un règlement fixant des objectifs nationaux de réduction contraignants, établis en fonction de l’intensité d’utilisation des pesticides dans chaque Etat membre et des efforts fournis au cours des dernières années. Le projet de texte prévoit également l’interdiction d’utilisation des produits phytosanitaires dans les zones Natura 2000. Réunis le 13 juin à Luxembourg, les ministres de l’Agriculture de l’UE ont exprimé leurs inquiétudes quant à ce projet.

Protocole nord-irlandais: Bruxelles lance de nouvelles procédures d'infraction contre Londres

Suite à la présentation, le 13 juin, d'un projet de loi britannique visant à amender unilatéralement le protocole nord-irlandais, la Commission européenne a décidé le 15 juin au regard de l’illégalité de cette mesure, d’engager une action en justice contre le Royaume-Uni. D'une part, l’UE va poursuivre la procédure d’infraction lancée en mars 2021 (mais suspendue depuis pour trouver des solutions communes) concernant, entre autres, la circulation des produits agroalimentaires. Et deux nouvelles procédures d'infraction contre le Royaume-Uni sont lancées contre Londres. L’une pour n'avoir pas effectué les contrôles sanitaires et phytosanitaires nécessaires aux postes de contrôle frontaliers en Irlande du Nord, en assurant un personnel et des infrastructures adéquats. Et l'autre pour ne pas avoir fourni à l’UE des données statistiques commerciales essentielles pour lui permettre de protéger son marché unique. «Les lettres envoyées aujourd'hui demandent au Royaume-Uni de prendre rapidement des mesures correctives pour se conformer à nouveau aux dispositions du protocole», indique Bruxelles, sans quoi, la Cour de justice de l'UE l’UE pourrait être saisie. En outre, l’exécutif européen a également publié deux documents qui étoffent les solutions pratiques (soumises en octobre dernier) concernant les contrôles sanitaires et phytosanitaires et les procédures douanières.

Climat : les émissions agricoles ont stagné entre 2020 et 2021 (Citepa)

Les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole français ont très légèrement augmenté en passant de 80,9 à 81,2 Mt de CO2-équivalent (CO2e) entre 2020 et 2021, indique le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa) dans son bilan annuel publié le 10 juin. Dans le détail, la faible hausse observée serait principalement due aux engins agricoles, dont les émissions passent de 9,8 à 10, 1 Mt CO2e. Les émissions de 2021 restent toutefois inférieures aux émissions d'une année «hors confinement» comme 2019 (82,5 Mt de CO2e). Enfin, les émissions comptabilisées seraient assez proches du budget carbone accordé actuellement à l’agriculture par la stratégie nationale bas carbone (SNBC). Un document qui prévoit pour le secteur une baisse de 20 % des émissions d’ici 2030 par rapport à 2015, mais dont les ambitions pourraient être rehaussées en application du Green deal. Les émissions totales françaises sont également en hausse de 6 % sur un an, mais en baisse de 4 % par rapport à 2019. «Les efforts devront s’accélérer dans les années à venir afin de doubler le rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre dans les cinq prochaines années», prévient le ministère de la Transition dans un communiqué du 14 juin.

Grandes cultures : des céréales affectées par la canicule, un marché hésitant

Les marchés des céréales se montraient hésitants le 15 juin en l'absence de progrès pour faire sortir des grains d'Ukraine et à l'arrivée d'une vague de chaleur en l'Europe. «Le marché est hésitant, au gré d'éventuelles avancées autour d'un corridor maritime pour évacuer les 20 Mt de grains encore stockés dans les fermes ou les ports en Ukraine, et attentif à la vague de chaleur qui arrive», explique Gautier Le Molgat, analyste chez Agritel. Les craintes viennent surtout de la météo: une vague de chaleur précoce s'est abattue sur l'Espagne et remonte en France, où températures élevées et manque d'eau touchent les cultures. Arvalis pointe les conséquences d’un tel scénario, dont a déjà souffert le Sud-Ouest lors des dernières semaines : les fortes chaleurs affectent la constitution du poids de mille grains et, couplées au stress hydrique, peuvent aboutir à un arrêt immédiat et définitif du fonctionnement de la céréale. Autre risque, une sénescence des feuilles plus rapide. L’Hexagone n’est pas le seul concerné. En Italie, la production de blé dur devrait chuter cette année de 15% en raison de la sécheresse, estime déjà l'association d'agriculteurs Coldiretti. Une vague de chaleur est aussi attendue sur la Corn Belt américaine.

Prairies: inquiétudes sur la pousse après une première fauche de bonne qualité (Idele)

Dans une note agroclimatique parue le 14 juin, l’Idele (institut de l’élevage) estime que «les fourrages devraient être de bonne qualité» alors que les premières fauches ont été effectuées dans la plupart des régions. Cependant, le manque d’eau et la sécheresse des sols freinent la repousse de l’herbe qui pourrait être insuffisante pour nourrir les troupeaux «s’il ne pleut pas prochainement». La situation est inquiétante dans la Drôme et l’Isère où le déficit hydrique est «abyssal». En mai, la pousse a été «bien inférieure à la moyenne historique». Dans le sud du pays, le manque d’eau a freiné puis stoppé la croissance de l’herbe qui avait été boostée en mai par les fortes températures. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les rendements des premières fauches sont environ 30% plus faibles que les autres années. Dans le Limousin, les prairies sont déjà «grillées comme en plein été» mais, «les orages laissent espérer une prochaine reprise de pousse». Dans le Grand-Est, le manque d’eau et les fortes températures ont pénalisé la pousse d’herbe au mois de mai, mais les pluies de la deuxième semaine de juin pourraient faire repartir la croissance «à la hausse». En Bretagne et en Normandie, les pousses sont au-dessous de leurs niveaux habituels.

Chèque alimentaire: le rapport divise les inspecteurs missionnés par le gouvernement

Bien que pas encore rendu public, le rapport sur le chèque alimentation durable commandé par le gouvernement à une mission composée du CGAAER, de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’Inspection générale des finances (IGF) fait couler beaucoup d’encre. D’après la synthèse du rapport qu’Agra Presse a pu consulter, la mission estime qu'«un seul instrument ne peut pas atteindre tous les objectifs»: c'est-à-dire à la fois répondre à la précarité alimentaire et renforcer l’accès à une alimentation durable de qualité. D’ailleurs, si les membres de la mission «s’accordent sur les avantages et inconvénients» du dispositif examiné, ils «divergent sur les conclusions à tirer»: le représentant du CGAAER préconise d’expérimenter le dispositif pendant 3 ans, à niveau départemental, tandis que les membres de l’IGF et de l’IGAF estiment que cela n’en vaut pas la peine. Au-delà de ces différences de vues, la mission a tenté de proposer un dispositif «simple, lisible, efficient et possible juridiquement» favorisant une alimentation «plus saine et plus durable» pour les personnes en précarité. Le schéma envisagé esquisse un chèque de «20 à 30 euros par mois et par personne, adulte ou enfant», ciblé sur «les fruits et légumes frais et les légumineuses non transformées».

Chèque alimentaire: les banques alimentaires veulent en bénéficier

Réagissant à la synthèse du rapport sur le chèque alimentation durable (voir-ci-dessus), la fédération des banques alimentaires estime que la mission interministérielle corrobore les «points de vigilance» sur lesquels elle alertait «dès janvier 2021». «Toutes les difficultés de gestion, de logistique, le fait que ce chèque alimentaire entraînerait des coûts significatifs, c’est quelque chose qu’on avait pointé dès le départ», a déclaré la responsable des relations institutionnelles Barbara Mauvilain, le 14 juin. Le dispositif envisagé dans le rapport, dimensionné pour 7 millions à 8 millions de personnes, nécessiterait des «coûts de gestion, allant de 75 millions à 115 millions d'euros». Le budget dédié au versement du chèque aux personnes précaires atteindrait quant à lui 1,5 milliard à 3,5 milliards d’euros par an. «Une des propositions qu’on porte, et qu’on ne retrouve pas dans la synthèse, c’est qu’une partie du budget alloué à ce chèque soit confié au réseau d’aide alimentaire – aux banques alimentaires – pour soutenir nos achats vers des produits d’origine France et locaux», a ajouté Mme Mauvilain, impatiente de consulter le rapport dans son intégralité. La responsable des banques alimentaires estime aussi que le chèque doit porter sur «une diversité de produits» y compris d’origine animale, pour préserver le libre choix de l’alimentation.

Suicide: installation lente des comités départementaux, objectif 5000 sentinelles

Il faut «accélérer» la mise en place des comité techniques prévus dans le cadre de la feuille de route pour lutter contre le mal-être et le suicide en agriculture, a déclaré le président de la caisse centrale de la MSA Pascal Cormery le 15 juin, à l’occasion d’une rencontre des réseaux professionnels sur le sujet à la Maison des chambres d’agriculture. Les préfets de département tardent à installer ces comités locaux, depuis la présentation officielle de la feuille de route le 23 novembre. Le coordinateur national de la feuille de route Daniel Lenoir estime grosso modo «qu’un département sur deux» aura installé l’instance locale avant le début de l’été. Par ailleurs, Daniel Lenoir a annoncé «un objectif de 5 000 sentinelles» d’ici un an sur le territoire national. «La MSA va répertorier la liste des personnes qui, dans chaque département, sont engagées comme sentinelles» a-t-il indiqué. Présente à l’événement, la MSA a indiqué avoir recensé «1000 sentinelles actives et formées» via son propre réseau de caisses et prestataires. Reste à connaître le nombre de sentinelles issues d’autres réseaux, tel qu’Agri Sentinelles (La Coopération Agricole, Idele), pour ensuite combler les manques par la formation de nouveaux volontaires.

Apiculture : financement augmenté et pérennisé pour l’interprofession

Avec le nouvel accord de l’interprofession apicole (Interapi) publié ce 14 juin au bulletin officiel, les cotisations pour conditionneurs et les distributeurs passeront de 1 à 2 centimes par kilo de miel. « Une très bonne nouvelle », se félicite-t-on au sein d’Interapi, soulignant que l’accord est aussi étendu de trois années jusqu’en 2025, alors qu’il était jusqu’alors renouvelé annuellement. «Cet accord va nous stabiliser dans la durée, et nous autoriser à déployer nos projets sur le terrain», précise-t-on chez Interapi. L’interprofession devrait donc se consacrer à plusieurs chantiers prioritaires, dont la lutte contre le varroa, alors que le ministère de l’Agriculture a récemment rappelé les apiculteurs à l’ordre sur l’utilisation d’acide oxalique.  Alors que les acteurs de l’apiculture travaillent sur de nouvelles méthodes de lutte, des plans nationaux pourraient être élaborés sur le varroa, mais également sur la loque américaine et le frelon asiatique. Autres projets : la production d’indicateurs de coûts pour permettre aux producteurs et conditionneurs de se mettre en règle avec les nouvelles dispositions issues d’Egalim.

Méthanisation: «peu d’impact» sur la ressource fourragère disponible (étude)

Si des «tensions locales» existent concernant la ressource fourragère, les méthaniseurs ont sur elle «un impact globalement faible», selon une étude réalisée par les cabinets I Care et Solagro (lire notre enquête). «La méthanisation a peu d’impact sur la ressource fourragère disponible», a conclu lors d’une présentation le 15 juin Cécile Frédéricq, déléguée générale de France Gaz renouvelables. Un modèle permet d’identifier certains cantons en tension fourragère. Mais celle-ci est accrue par les méthaniseurs uniquement dans les Hauts-de-France (14% des cantons en tension, 11% sans méthanisation). L’étude montre une hausse très rapide du nombre de méthaniseurs à court terme, ainsi qu’une forte augmentation des ressources végétales mobilisées. Toutefois, cette évolution concerne principalement les cultures intermédiaires à valorisation énergétique (Cive). Environ 1 000 projets de méthanisation sont identifiés d’ici trois à cinq ans. Cela va mobiliser, selon les régions, de 12 200 ha de Cive en Bretagne (contre 4 400 ha en 2020), jusqu’à 27 200 ha en Bourgogne-Franche-Comté (contre 1 500 en 2020). Des surfaces bien plus élevées par rapport aux cultures dédiées : jusqu’à 9 200 ha en Pays de la Loire à l’horizon 2023-25 (contre 1 400 ha en 2020).

Biocarburants avancés: Cargill démarre son usine belge retraitant des déchets

Le groupe international Cargill vient d'annoncer, dans un communiqué le 14 juin, le démarrage, à Gand (Belgique), de son usine de biocarburants avancés retraitant des déchets ménagers, dont des huiles alimentaires usagées. Cette usine, qui a coûté 150 millions de dollars, produira 115 000 tonnes de biodiesel par an, pour les secteurs du transport maritime et routier. Les biocarburants issus de déchets et de résidus font l'objet d'objectifs publics en termes de part de marché à horizon 2030 dans le cadre de la directive Red 2 ; ils devront représenter 1,7% des sources d'énergies dans les transports. La révision en cours de cette législation pourrait porter ce chiffre à 2,2%.  En France, un projet de production de biocarburants avancés doit entrer en fonctionnement au deuxième trimestre 2023 dans les Landes, qui émanera dans la filière bois (cellulose de spécialité) ; il produirait 210 000 hectolitres d'éthanol par an. Un autre projet est annoncé en France par l’énergéticien allemand, Hy2gen, également proche de la filière forestière, qui devrait produire 40 000 tonnes par an de biocarburants aéronautiques et de biométhanol.

Lait : le prix du conventionnel a bien rejoint celui du bio en avril (Agreste)

Conformément aux prévisions de l’Institut de l’élevage (Idele) fin avril, le prix du lait conventionnel a bel et bien rattrapé celui du lait bio sur le mois d’avril, constatent les statisticiens du ministère de l’Agriculture, dans leur note de conjoncture Agreste parue le 15 juin. Au mois d’avril, le prix du lait bio était encore à la baisse, de 1,8% sur un an, tandis que celui du lait conventionnel croissait de près de 20% sur la même période. « Les prix du lait conventionnel sont pour la première fois supérieurs à ceux du lait bio », constate le ministère: 428 euros les 1 000 litres pour le conventionnel (tous types de lait standard confondus, à teneurs réelles) contre 423 euros pour le bio. Une situation qui devrait être « temporaire » selon l’Idele, qui rappelait fin avril, les principales explications du phénomène, au-delà de la baisse des achats de produits bio : d’abord, la forte croissance du prix du lait conventionnel, portée par les cours élevés des ingrédients laitiers. Ensuite, la «très forte saisonnalité» du prix du lait bio, qui chute habituellement au printemps du fait d’un pic de collecte.

Restauration collective: la FNSEA et la LCA appuient la demande de revaloriser les budgets

Alors que se tient le salon annuel du réseau Restau’Co (acteurs de la restauration collective en gestion directe) le 15 juin, huit organisations issues des filières agricoles et alimentaires (FNSEA, La Coopération agricole, Acofal), du commerce (CGI) et de la restauration (Restau'Co, SNRC...) plaident pour une revalorisation de «40 ct par assiette» des budgets en restauration collective. Sans quoi, «les budgets seront épuisés dès la rentrée», préviennent-ils. «Si aucune action n’est engagée, les cantines ne pourront plus assurer leur service normalement durant le dernier trimestre, ce qui serait dommageable pour de nombreux enfants et adolescents dont l’équilibre alimentaire repose principalement sur le repas pris à l’école», avait déjà prévenu le réseau Restau'CO dans un communiqué le 13 juin. La hausse des coûts de production entraîne également des ruptures d’approvisionnement. «Certains fournisseurs ne livrent par exemple plus certains produits alimentaires de base comme l’huile, le poisson, la viande hachée ou encore les produits laitiers», soulignait Restau’Co.

Evènementiel: le Sommet de l'élevage vise les 100 000 visiteurs

Les organisateurs du Sommet de l'élevage (salon de l'élevage ruminant) espèrent atteindre cette année la barre des 100 000 visiteurs, pour son édition 2022 qui se déroulera du 4 au 7 octobre près de Clermont-Ferrand. Pour ce faire, un nouveau hall avait déjà été construit pour la précédente édition, et la durée du salon avait été allongée d'une journée, permettant d'atteindre 93 000 visiteurs en période de sortie des restrictions liées au Covid. Cette année, un bâtiment dédié aux bovins viande a été agrandi, ainsi que des espaces extérieurs (+ 10000 mètres carrés), a détaillé le directeur de l'évènement Fabrice Berthon, lors d'une conférence de presse le 14 juin. Côté exposants, il observe «une reprise réelle, un effet rebond post-Covid», qui laisse présager des «records de fréquentation en termes d'exposants». Déjà 1385 exposants ont réservé leur stand cette année, pour un objectif de 1500, rempli l'an passé. Le Sommet de l'élevage mettra cette année à l'honneur la Mongolie, dont le modèle d'élevage reflètera l'ambition de l'évènement de devenir un «salon de la durabilité de l'élevage ruminant», a expliqué Bruno Dufayet, en sa qualité de président de l'Apramac.