Agrafil du 17 juin 2022

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Bio: les organisations françaises demandent un nouveau plan national

«Un plan de développement de l’agriculture et de l’alimentation biologique doit être mis en œuvre afin d’enclencher la transition agricole, sociale et alimentaire»: avec leur «appel de Bordeaux» publié le 16 juin, l’ensemble des structures membres d’Ifoam France (Fnab, Itab, Synabio), ainsi que les organisations de la Maison de la bio (Natexbio, Synadis, Forébio), espèrent encourager le gouvernement français à publier un nouveau plan bio national. «Il pourra nourrir le plan bio européen et aider à sa déclinaison ambitieuse», précise le texte. Une mobilisation collective intervenant alors que le plan Ambition bio 2022 arrive à son terme, et que le plan bio européen encourage les États membres à rédiger des feuilles de routes nationales. «Le gouvernement n’a encore jamais mentionné un tel plan, et rien ne garantit pour l’heure qu’il sera mis en place», prévient Jaques Caplat, président d’Ifoam France. Cette déclaration, poursuit-il, illustre une convergence nouvelle de l’ensemble des acteurs du secteur bio. «Il a pu y avoir autrefois des divergences entre les acteurs de l’amont et de l’aval dans la bio. Mais l’urgence fait que tout le monde maintenant a conscience qu’il faut renforcer les fondamentaux et les exigences de la bio pour qu’elle se développe», estime Jacques Caplat.

Bio: la Commission attend «plus d’efforts» dans les PSN (DG Agri)

«Nous aimerions que les États membres fassent plus d’efforts sur le bio en revoyant leurs objectifs de surface à la hausse», rappelle Pierre Bascou, directeur durabilité à la DG Agri de la Commission européenne, à l’occasion du congrès européen de la bio le 16 juin à Bordeaux. L’objectif de 25% de bio fixé par le Pacte vert, rappelle-t-il, n’est pas juridiquement contraignant, et s’applique à l’échelle communautaire et non de chaque État membre. Certains États, comme l’Allemagne, la Suède et l’Autriche, se sont fixé dans leur PSN (Plan stratégique national de la future Pac) des objectifs supérieurs au Pacte vert, en espérant atteindre 30% de SAU bio d’ici 2030. À l’inverse, la France a une cible de 18%, quand une dizaine d’États n’ont pas encore défini d’ambition précise. «Nous avons encore beaucoup de travail, que nous mènerons dans les prochaines semaines», indique Pierre Bascou, alors la Commission européenne est actuellement engagée dans une phase de négociation avec les États membres de l’UE en vue de finaliser leurs PSN. L’accompagnement de la trajectoire, prévient-il, ne repose pas nécessairement uniquement sur les aides à la conversion et au maintien. «Avec le plan d'action bio lancé en 2021, il y a d’autres moyens de soutenir le développement, à travers la demande, la restauration collective, les circuits courts et la recherche», rappelle Pierre Bascou.

Élevage laitier: niveaux «mortels» de chaleur attendus dans une partie du sud-ouest

D'après les prévisions de la société ITK, l'indice THI, qui mesure le ressenti de la température et de l'humidité chez les vaches laitières, pourrait atteindre, le 18 juin, des niveaux «mortels» pour ces animaux dans une petite partie du sud-ouest de la France. Selon l'agrométéorologue d'ITK Serge Zaka, ce serait une première en France. Le THI atteindrait par ailleurs un niveau de stress sévère sur la majeure partie du territoire. «Le niveau du THI est important, mais il faut aussi regarder s'il baisse la nuit, ce qui peut permettre aux animaux de récupérer», analyse Bertrand Fagoo, chef de projet bâtiments à l'Institut de l'élevage. En 2019, rappelle-t-il, une vague de chaleur de deux jours fin juin avait occasionné des pertes de rendement de 10 à 12 kg par jour sur la période, puis de 3kg sur les dix jours suivants, sur des troupeaux productifs, les plus exposés aux effets de la chaleur. Le risque est variable selon les élevages, rappelle également Bertrand Fagoo: il dépend de la conception des bâtiments, qui doivent être le plus ouverts possible à cette période, des accès à l'ombre et à l'abreuvement.

Influenza aviaire: levée des mesures de claustration en Vendée en raison de la chaleur

Les mesures de claustration des volailles consécutives à l'épizootie d’influenza aviaire ont été levées le 15 juin en Vendée en raison de la vague de chaleur, a annoncé la préfecture. «Afin de garantir le bien-être des volailles au moment où une vague de chaleur importante affecte le département, les mesures de confinement peuvent être levées pour tous les élevages ayant des parcours extérieurs destinés aux volailles», peut-on lire dans le communiqué. Le 8 juin, le ministère de l'Agriculture avait fait passer l'ensemble des départements français du niveau de risque «modéré» à «négligeable», mais certaines zones les plus meurtries par l'épizootie, comme la Vendée, restaient concernées par des mesures sanitaires. Les éleveurs du nord-est du département, en zone de protection, avaient toujours l'obligation de garder les volailles à l'intérieur des bâtiments. Ce nouvel allègement des mesures sanitaires «est rendu possible par l'absence de signes d'influenza aviaire en Vendée comme dans les départements limitrophes», précise la préfecture. Les autorités maintiennent toutefois les mesures visant à éviter les contacts avec l'avifaune sauvage, comme la mise sous abri des points d'eau et d'alimentation. Le Maine-et-Loire a pris les mêmes dispositions, a fait savoir le ministère de l'Agriculture à l'AFP.

Céréales: les USA appellent Moscou à accepter rapidement l'ouverture des ports ukrainiens

Le ministre américain de l'Agriculture Tom Vilsack a appelé, le 16 juin, la Russie à accepter rapidement une ouverture des ports ukrainiens afin de permettre aux millions de tonnes de céréales qui y sont stockées d'être exportées, au terme de multiples discussions à l'ONU. Moscou «devrait agir immédiatement pour ouvrir ces ports et mettre fin à cette guerre», a-t-il souligné lors d'une conférence de presse, d'après l'AFP. L'ONU négocie depuis plusieurs semaines avec Moscou, Kiev et Ankara – caution militaire d'une utilisation de la mer Noire pour des navires civils – un accord qui permettrait le transit des céréales ukrainiennes et des engrais produits par la Russie. Moscou se plaint d'entraves à ses exportations à cause de sanctions économiques. Tom Vilsack a réaffirmé que les sanctions américaines ou européennes ne visaient pas la nourriture et les engrais. Le 15 juin, la Turquie a annoncé être prête à accueillir «une réunion à quatre», avec les Nations unies, la Russie et l'Ukraine, en vue d'organiser la sortie des céréales ukrainiennes via la mer Noire. «La Turquie soutient» le plan proposé par l'ONU «et attend le retour de la Russie», a indiqué le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu, en précisant que des rencontres techniques entre militaires se poursuivaient.

Ukraine: les conséquences de la guerre dans la filière bio

La guerre en Ukraine n’épargne pas le bio, qui aurait déjà perdu face aux forces russes près de 20% des 460 000 hectares certifiés du pays, indiquent les représentants de la filière en marge d’un congrès européen à Bordeaux le 16 juin. «Nous devons assurer la continuité pour les producteurs qui étaient en conversion, et qui risquent de devoir tout reprendre à zéro», prévient Eugene Milovanov, président de la fédération des producteurs biologiques d’Ukraine. Parmi les difficultés partagées avec le conventionnel: l’érosion du marché intérieur, alors que sept millions d’Ukrainiens ont fui le pays, mais aussi l’impossibilité d’exporter et la pénurie de carburant. Un sujet qui devient «préoccupant» alors que les récoltes de céréales devraient démarrer d’ici quelques semaines. En revanche, le bio ukrainien est épargné par les problèmes sur les intrants comme le glyphosate, que les conventionnels ont actuellement du mal à se procurer. «Le modèle agricole intensif devra changer après la guerre», veut croire Kateryna Shor, coordinatrice de l’association internationale Ifoam en Ukraine. Atteindre seulement 10% de la SAU ukrainienne en bio, rappelle-t-elle, représenterait 4 Mha, soit une fois et demi la surface française actuellement en bio.

Lait: en manque de visibilité, Sodiaal fixe le prix du lait à 420 €/1000 l pour 3 mois

En manque de visibilité sur la capacité de la coopérative à répercuter l’inflation sur ses clients d’ici au 1er juillet, le conseil d’administration de Sodiaal a fixé, le 15 juin, un prix du lait standard (38/32) à 420 €/1000 litres pour les trois mois à venir (juillet à septembre). Sans certitude sur l’aboutissement des négociations de revalorisation de tarifs avec la grande distribution, la coopérative ne peut pas fixer un horizon plus lointain. «La continuité du prix va dépendre clairement des hausses qu’on a engrangées», déclare le président de la coop', Damien Lacombe. Sur l’année, la coopérative a évalué les hausses nécessaires pour répercuter l’inflation entre 15 et 20%, soit 500 M€ (10% du chiffre d’affaires de Sodiaal). «Elles sont indispensables pour assurer l’équilibre économique dans nos exploitations et dans la coopérative, nous avons absolument besoin d’une réponse positive d’ici quinze jours (afin d’appliquer les nouveaux tarifs au 1er juillet, NDLR).» Quelques premiers contrats ont été signés pour une entrée en vigueur au 1er juin, mais la grande majorité a été renvoyée pour le 1er juillet. Damien Lacombe presse la grande distribution d’accepter ces nouveaux tarifs, mais se prépare déjà à un «troisième round».

Crise du porc: la prise en charge des cotisations MSA à demander avant septembre

Dans le cadre du plan de sauvegarde de la filière porcine, la Mutualité sociale agricole (MSA) a mis en ligne le formulaire permettant aux éleveurs en difficulté économique de demander la prise en charge de leurs cotisations sociales. Ceux-ci doivent déposer leur demande avant le 9 septembre. Ce dispositif «concerne les exploitants et les employeurs de la filière porcine victimes de pertes significatives subies entre le 1er septembre 2021 et le 28 février 2022», précise la Sécu’ agricole dans un communiqué le 15 juin. Autre condition: s’ils ont touché les aides à la trésorerie du plan de sauvegarde, les éleveurs doivent justifier qu’elles «ne dépassent pas le montant des perte subies». Une enveloppe de 20 M€ est prévue; elle est réservée à la filière porcine et s’ajoute aux 30 M€ annuels de prises en charge de droit commun. «Dans l’attente de l’application de ces prises en charges, un dispositif de report de cotisations a été mis en place» depuis février, rappelle la MSA sur son site web. Le gouvernement a débloqué le 31 janvier un plan d’aide d’urgence pour les élevages porcins, victimes d’un effet ciseau entre la flambée de l’alimentation animale, exacerbée par la guerre en Ukraine, et un prix insuffisant.

Fruits: la FNPF et l’ANPP s'inquiètent d'une dérogation tarifaire pour la Moldavie

La fédération des producteurs de fruits (FNPF, FNSEA) et l’association nationale pommes poires (ANPP) alertent sur un risque de déséquilibre du marché des fruits et légumes, dans un communiqué du 15 juin. Les deux organisations s’inquiètent d’une proposition de règlement de la Commission européenne, qui vise à augmenter les importations exemptées de droits de douane de certains fruits et légumes (pommes, prunes, cerises, raisin de table, jus de raisin, tomates, ail) provenant de Moldavie, ce pays ne pouvant plus exporter ses produits via le territoire ukrainien à cause de la guerre. La mesure envisagée durerait un an, selon le projet de texte européen. Pour la FNPF et l’ANPP, le texte menace en particulier le marché européen de la pomme «tout juste à l’équilibre». Les deux organisations appellent le ministère de l’Agriculture et l’exécutif européen «à une surveillance étroite des marchés, et à un respect strict du caractère provisoire de cette mesure». Elles appellent également à afficher l'origine des fruits sur les produits transformés.

Abricots: les producteurs et la Gefel «déçus» des échanges avec la distribution

Dans un communiqué du 15 juin, l’AOP pêches et abricots de France, la gouvernance économique des fruits et légumes (Gefel) et la FNPF (producteurs de fruits, FNSEA) alertent sur une «précocité exceptionnelle» des récoltes et une «baisse des rendements» due aux «fortes chaleurs». Pour autant, déplorent les trois organisations, «certaines enseignes» de distribution organisent des promotions «sans concertation, et à des prix de vente très bas», ce qui est «inacceptable». «Les tarifs négociés ne tiennent pas suffisamment compte de la qualité, du calibre et du coût de revient des fruits achetés» affirment-elles, en regrettant «des pratiques qui vont à l’inverse des "annonces" des distributeurs faites sur la qualité de leur relation avec le monde agricole». D’après le communiqué, les récoltes d’abricots sont «inférieures de 10 à 15% par rapport aux prévisions» sur les quatre premières semaines de la saison, à cause des températures élevées.

Produits laitiers: les ventes d’ultra-frais en recul de 3,7% en volume début 2022

Les ventes de produits laitiers frais (yaourts, desserts lactés, fromages frais, crèmes) sont en recul de 3,7% depuis le début de l’année 2022, a informé Syndifrais (22 entreprises, 70% du marché), le 16 juin à l'occasion d'une conférence de presse. «Depuis la fin 2021, tout est en négatif», déplore Jérôme Servières, le vice-président du syndicat. Les prix en magasin ont augmenté après les négociations commerciales et les marchés sont «structurellement baissiers depuis 15 ans avec la déstructuration des repas», explique-t-il. «Ce phénomène de déconsommation s’observe surtout chez les jeunes.» En 2021, le marché des produits laitiers frais en GMS (grandes et moyennes surfaces) a retrouvé des niveaux équivalents à ceux de 2019: 1,7Mt (+0,5% par rapport à 2019) en volume et 4924 M€ (+3,1%) en valeur. Des niveaux inférieurs à ceux de l’année 2020 (-3,6% en volume et -1,2% en valeur). Cette dernière avait été «exceptionnelle», rappelle Jérôme Servières, avec une accélération des ventes en grandes surfaces liée aux restrictions sanitaires. En pleine inflation, le syndicat alerte sur l’urgence des renégociations commerciales. «Depuis le mois de janvier nos entreprises sont dans le rouge. Il faut absolument qu’on répercute les hausses (de charges, NDLR)», a déclaré son président Patrick Falconnier. Syndifrais estime les revalorisations nécessaires entre 14 et 16%.

Engrais: Delphine Guey élue présidente de l’Unifa

L’Unifa (industries de la fertilisation) a élu le 16 juin Delphine Guey comme présidente. Elle succède à Renaud Bernardi. Delphine Guey (48 ans) est depuis 2021 directrice de la communication, des affaires publiques et de l’engagement sociétal chez Yara France. Son parcours est marqué par 17 ans passés à Semae (interprofession des semences, ex-Gnis) au poste au de directrice adjointe des relations extérieures en charge des affaires publiques, avant de rejoindre l’UIPP (industries des phytos, devenue Phyteis) en tant que directrice de la communication et des affaires publiques. Au cœur de sa feuille de route à la tête de l’Unifa: «valoriser les engagements de la filière, que ce soit sur l’innovation, la décarbonation des engrais, ou l’accompagnement d’un monde agricole en pleine mutation, en valorisant notamment la complémentarité des types de fertilisation (engrais minéral, engrais organique, biostimulant, amendement)», selon un communiqué.

Viande: Jean-Pierre Bonnet candidat à sa succession à la tête de Limousin Promotion

Éleveur de vaches limousines à Château-Chervix (Haute-Vienne), Jean-Pierre Bonnet s’est porté candidat pour un nouveau mandat de trois ans comme président de Limousin Promotion, a annoncé l’association le 15 juin. «Sa nomination sera mise au vote lors de la prochaine réunion du conseil d’administration qui se tiendra avant la fin août», précise le communiqué, qui ne mentionne aucun autre candidat. Âgé de 57 ans, M. Bonnet est à la tête de Limousin Promotion depuis 2016. Il est aussi président de la fédération nationale des viandes Label rouge (Fil Rouge), du Groupement Limousin bétail et viande (GLBV) et de l’union de coopératives SoFreLim. Reconnu Organisme de défense de gestion (ODG), Limousin Promotion détient six cahiers des charges Label rouge et trois en IGP, en bovins, ovins et porcins.

Agenda de la semaine agricole du 20 juin

Vendredi 17 juin
Rendez-vous Tech&Bio dédié aux grandes cultures et aux ateliers de diversification (Seine-et-Marne)

Lundi 20 juin
Symposium «Les vins et spiritueux à l'horizon 2030» à Bordeaux

Mardi 21 juin
Signature d'un contrat Egalim 2 entre Intermarché, AgroMousquetaires et ElveAOP (viande bovine)
Congrès de la Fnade (gestion des déchets)
Conférence de presse du Sial (salon de l'agroalimentaire)
Débat d'Agridées et de l'Académie d’Agriculture sur la comptabilité verte

Mercredi 22 juin
Propositions de Bruxelles sur la révision de la directive Utilisation durable des pesticides et sur la restauration de la nature
Plénière du Parlement européen: vote sur le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'UE, jusqu'au 23 juin
Visio-conférence de FranceAgriMer sur un observatoire de l'horticulture et des pépiniéristes
Conférence de presse Solagro-Ecotone sur la cartographie des pesticides
Table ronde sur l'accompagnement des coopératives à l'international (LCA Nouvelle-Aquitaine)

Jeudi 23 juin
Conférence sur les politiques alimentaires, par Sciences po, jusqu'au 24 juin
Assemblée générale de l'Acta (instituts techniques)
Conférence de presse de l'I4CE sur les besoins financiers de l'adaptation au changement climatique
Conférence de presse d'IBMA (biocontrôle)
Lancement de la campagne melon du Poitou
Visite de terrain CTIFL sur la gestion des bioagresseurs