Agrafil du 19 mai 2022

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Biogaz: la Commission européenne propose un plan européen financé par la Pac

La Commission européenne a présenté le 18 mai son plan REPowerEU qui doit concrétiser l’objectif de réduire rapidement la dépendance de l’UE à l'égard des combustibles fossiles russes en accélérant la transition verte. Parmi les dispositifs prévus: un plan de développement du biométhane afin de porter la production de l’UE à 35 milliards de mètres cubes d'ici à 2030 (contre un objectif actuel de 17 milliards de m3) avec des financements, entre autres, de la Pac. Bruxelles propose que les Etats membres consacrent à ce plan quelque 7,5 milliards d'euros provenant du Fonds européen agricole pour le développement rural, via le mécanisme de relance et de résilience. «Cela permettra de proposer des réformes et des investissements concrets au profit des agriculteurs qui peuvent contribuer à une production accrue de biométhane durable», souligne la Commission européenne. Elle propose également de s'attaquer aux principaux obstacles à l'augmentation de la production de biogaz en facilitant son intégration dans le marché intérieur, en mettant en place un «partenariat industriel» pour le biogaz ou encore collaborant avec les États membres à l'élaboration de stratégies nationales en la matière.

Sécurité alimentaire : la Banque mondiale prête à allouer plus de 30 Mrd $

Pour répondre à l’enjeu de l’insécurité alimentaire aggravé par la guerre en Ukraine, la Banque mondiale a annoncé le 18 mai, qu’elle allait consacrer au cours des quinze prochains mois, 12 Mrd $. La majorité des ressources ira aux pays les plus vulnérables situés en Afrique, au Moyen-Orient, en Europe de l'Est et en Asie centrale et du Sud, a indiqué dans un communiqué l'institution basée à Washington. Avant d’ajouter que ces fonds viseront à soutenir «leur agriculture, la protection sociale pour amortir les effets de la hausse des prix des denrées alimentaires, et favoriser des projets d'approvisionnement en eau et d'irrigation». La Banque mondiale souligne aussi qu’elle dispose de 18,7 Mrds $ non-utilisés qui vont aussi pouvoir être consacrés aux projets directement liés aux problèmes de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Au total, «cela représente plus de 30 Mrds $ disponibles pour la mise en œuvre de la lutte contre l'insécurité alimentaire au cours des quinze prochains mois» précise-t-elle. Par ailleurs, son président, David Malpass recommande aux pays de faire «des efforts concertés pour notamment supprimer les politiques qui bloquent les exportations et les importations ou encouragent le stockage inutile».  

Pac: des eurodéputés demandent à Bruxelles d'envisager des dérogations

Dans une lettre adressée le 18 mai au commissaire européen à l'Agriculture Janusz Wojciechowski, le président de la commission de l'Agriculture du Parlement Norbert Lins lui demande d'évaluer la possibilité de dérogations aux obligations de la future Pac dans le contexte de l’invasion de l'Ukraine par la Russie. Soutenu dans son initiative par la majorité des groupes politiques de la commission de l’Agriculture, il suggère à Bruxelles d’avoir recours à l'article 148 du règlement sur les plans stratégiques qui entrera en vigueur le 1er janvier 2023, lequel prévoit que «pour résoudre des problèmes spécifiques, la Commission adopte des actes d'exécution qui sont à la fois nécessaires et justifiables en cas d'urgence». Ces actes permettraient de déroger aux dispositions du règlement sur les plans stratégiques dans la limite d’une période strictement nécessaire n'excédant pas douze mois.

Irrigation : cinq «bassines» en Charente-Maritime jugées illégales

Cinq «bassines», des retenues d'eau controversées qui font l'objet de nombreuses manifestations en Charente-Maritime et dans les Deux-Sèvres, ont été interdites par la justice administrative en appel à Bordeaux en raison d'études d'impact insuffisantes, a appris l’AFP le 18 mai. La cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté le 17 mai la requête de l'association des Roches, représentant les irrigants, qui visait l’autorisation de cinq réserves d'eau à remplir par prélèvements sur le bassin de la rivière Le Mignon, sur les communes de La Laigne, Cramchaban et la Grève-sur-le-Mignon (Charente-Maritime). En 16 ans de procédure, ces «bassines», autorisées par deux arrêtés préfectoraux, ont donné lieu à nombre de recours de Nature Environnement 17 qui s'oppose à ces retenues d'eau, et à des demandes d'études d'impact. Dans son jugement communiqué le 18 mai, la cour administrative d'appel a noté «l'insuffisance» ou «l'absence de données» de certains aspects des études d'impact avancées par les irrigants, notamment sur les effets des prélèvements, l'absence de sources de certains chiffres avancés ou des mesures ne permettant pas un «ajustement pertinent» du remplissage des retenues.

Agtech: le français Cybeletech racheté par un ancien cadre de Microsoft

Après une décennie d’existence, la société Cybeletech, spécialisée dans l’application de modèles mathématiques à l’agriculture, va être rachetée par un ancien cadre de Microsoft, Christophe Shaw, ont appris nos confrères d'Agra Innovation (article payant). Cybeletech est née en 2011 de la rencontre entre trois chercheurs centraliens spécialistes de modélisation des plantes, et un entrepreneur du secteur agricole, Marie-Joseph Lambert. Cybeletech propose des services de pilotage des intrants, de prédiction de rendements ou de détection des cultures, à des coopératives, négoces, agrochimistes ou industriels de la première transformation. Elle opère en grandes cultures, maraîchage sous serre, et se développe en cultures tropicales (cacao, coton, café) et forêt. Concrètement, le rachat de la majorité des parts de Cybeletech n’est pas encore finalisé – et le montant de l’opération n’a pas été divulgué – mais Christophe Shaw est déjà aux commandes. Suite à son arrivée, quatre nouveaux postes ont été ouverts en recherche et développement, et bientôt autant le seront en marketing et force de vente. La société compte actuellement une quinzaine de salariés. Marie-Joseph Lambert restera dans la société où il pilotera les activités de recherche et développement.

Maltraitance animale dans un abattoir: amendes et prison avec sursis requises

Des peines de prison avec sursis et des amendes ont été requises le 18 mai à Quimper contre l'abattoir de truies SBA de Briec (Finistère) et quatre de ses salariés poursuivis pour «actes de cruauté» après la diffusion en 2021 d'une vidéo de l'association L214. Des peines de prison avec sursis comprises entre 6 et 8 mois et une amende de 500 euros ont été requises à l'encontre des prévenus dont un seul travaille toujours dans l'abattoir. Ils étaient poursuivis devant le tribunal correctionnel de Quimper pour «sévices graves ou actes de cruauté» et «mauvais traitement» envers un animal. Une amende de 10.000 euros a été requise à l'encontre de l'abattoir, appartenant au groupe Les Mousquetaires (Intermarché) et représenté à l'audience par sa directrice. La société est poursuivie pour «mauvais traitements», ainsi qu'abattage dans des installations et avec des équipements non-conformes et «sans précaution» pour éviter aux animaux de souffrir. L'association de défense des animaux L214 avait diffusé le 4 mai 2021 des images montrant notamment des truies poussées à coups de pied et d'aiguillon électrique, alors qu'elles se trainaient au sol. D'autres recevaient des coups d'aiguillon dans l'anus ou dans les yeux afin de les pousser à avancer plus vite.

Porc: les agriculteurs italiens sonnent l'alarme face à la diffusion de la PPA

Les agriculteurs italiens ont alerté le 18 mai le gouvernement de Mario Draghi sur la diffusion inquiétante de la peste porcine africaine dans la péninsule, où des cas ont été détectés dans le nord-ouest et la région de Rome. Dans une lettre à Mario Draghi, Coldiretti, la principale association agricole, exige «de nouvelles interventions rapides pour l'abattage et la lutte contre la prolifération des sangliers dans tout le pays pour stopper la diffusion de la peste porcine africaine», a-t-elle annoncé dans un communiqué. Selon Coldiretti, ce virus très contagieux «met en péril les 29.000 élevages italiens et un secteur économique stratéque générant un chiffre d'affaires annuel de 20 milliards d'euros et employant une centaine de milliers de personnes». Cette annonce intervient au lendemain de l'annonce d'un plan d'urgence pour endiguer le virus dans la région de Rome, où huit cas ont été détectés cette année, dont trois mardi. Une zone rouge d'un périmètre de 65 km dans le nord de la capitale a été définie et sera entourée d'une clôture de 1,5 km de haut. «Un plan d'abattage sera lancé d'ici un mois», a précisé le secrétaire d'Etat à la Santé Andrea Costa. Les premiers cas de peste porcine en Italie ont été détectés en janvier dans le Piémont (nord-ouest). La région voisine de Ligurie est également touchée.

Semences : surfaces en baisse pour la récolte 2022, s'inquiète la Fnams

Les surfaces en production de semences affichent une baisse quasi-générale, malmenées en termes de charges et de compétitivité, a indiqué le 18 mai la Fnams (agriculteurs multiplicateurs). Un « désintérêt » pour la production de semences est observé sur la campagne 2021-22, d’après la fédération. L’évolution des surfaces est de -4% en céréales (à 122 000 ha), -7% en protéagineux (à 12 000 ha), -10% en fourragères (à 51 000 ha), -16% en betteraves (à 5 100 ha), selon les chiffres de Semae (interprofession) au 17 mai. Seules les potagères et florales montrent une stabilité (à 21 500 ha). La Fnams met en cause une hausse des charges. Par espèces, les coûts de production grimpent de 10 à 20% en fourragères, de 12% en betteraves, de 5 à 15% en potagères, de 20% en céréales, d’après la fédération. Un manque de compétitivité est aussi mis en avant, face à des cultures céréalières et oléagineuses qui voient leurs prix s’envoler. C’est en semences fourragères que la situation semble particulièrement délicate: «La campagne 2023 risque d’être tendue», considère le vice-président Laurent Miché. Et de souligner des pertes de production liées au changement climatique et au manque de solutions contre les ravageurs.

Grandes cultures: le miscanthus progresse en surfaces comme en valorisation

Les superficies de culture du miscanthus en France ont un taux de croissance moyen annuel de 13% depuis six ans, a indiqué Alain Jeanroy, président de l’association France miscanthus, lors d’une journée d’information le 17 mai sur une ferme près d’Épernay. La superficie devrait atteindre les 10 000 ha cette année, prévoit l’association, qui note un doublement du nombre d’exploitations. Cette attractivité s’explique par la capacité de cette plante à mieux résister à la sècheresse que le maïs, et par le choix que font des producteurs de grandes cultures de l’implanter sur les zones de non-traitement (ZNT) parce que le miscanthus nécessite peu de passages de tracteur, a indiqué Cyril Cogniard, céréalier et betteravier dans les Ardennes. La culture du miscanthus prédomine dans la partie nord-ouest de la France, Pays de la Loire en tête et en forte croissance, notamment la Mayenne, pour les litières d’élevage. Le miscanthus monte en gamme. La combustion en chaudières, la moins valorisante, est passée de 60% de la production en 2014 à 30% en 2019. L’usage en litière, plus valorisant, est passé de 30% à 46% et le paillage horticole de 10% à 20% en 2019. Le paillage de la vigne est un débouché émergent, a montré cette journée, car il évite les passages d’herbicides, avantage particulièrement recherché dans les DSR.

Egalim 2: les fromages AOP veulent être exemptés de l’obligation de transparence

Le conseil national des AOP laitières (Cnaol) a «engagé un travail» auprès du ministère de l’Agriculture pour que les fromages AOP soient intégrés à liste des produits exemptés des obligations de transparence sur le coût de la matière première agricole lors des négociations commerciales entre fournisseurs et distributeurs, a appris Agra Presse auprès du Cnaol. La fédération des appellations laitières estime que cette disposition prévue dans l’article 4 de la loi Egalim 2 n’est pas adaptée à ses produits. Le délégué général du Cnaol Sébastien Breton tient cet article pour «plutôt vertueux», mais signale «des conséquences induites». «Restreindre la valeur économique d’un produit AOP laitier seulement au poids du lait entrant dans la transformation de produit, c’est la réduire très fortement. On est sur un produit qui a une valeur alimentaire, mais aussi culturelle, sociétale et symbolique, que les consommateurs sont prêts à valoriser», argumente-t-il. Le risque, selon lui, est que les distributeurs soient tentés de renégocier «à la baisse». «Ce qui n’est pas du tout l’objectif d’Egalim 2». Pour le Cnaol, la loi vient s’ajouter au cadre des AOP qui permet déjà «une forme de bouclier avec la distribution et au sein même de la filière» et un meilleur ruissellement de la valeur.

Biodiversité : les pistes de la FNSEA pour protéger les abeilles

À la veille de la journée mondiale des abeilles le 20 mai, la FNSEA a dévoilé à la presse le 18 mai un document recensant l’ensemble des initiatives en faveur des pollinisateurs. Autant de projets de terrain à l’échelle locale ou nationale qui doivent permettre «de guider la recherche et le développement vers des solutions innovantes», prévoit Christiane Lambert dans la postface. Apiviti en Nouvelle Aquitaine, «Cultivons mellifère» en Grand Est, Dunater en Auvergne-Rhone-Alpes, «Pollifauniflor’» en Centre-Val de Loire : la plupart des projets se concentrent sur le semis de couverts ou de bandes mellifères. D’autres s’attachent également à faire évoluer les modes de culture, comme Apiluz, qui revendique 520 ha de luzerne non-fauchée dans plusieurs départements de l’ancienne Champagne-Ardenne, grâce à une compensation des exploitants. Les producteurs de la filière plante à parfum rappellent de leur côté qu'ils appliquent depuis plusieurs années l’interdiction des épandages de pesticides de jour en période de floraison. À l’échelle nationale, le label Bee Friendly prévoit également une «liste noire» des pesticides que les exploitants s’engagent à supprimer. Un autre projet de l’association nommé Toxibees vise enfin à créer un moteur de recherche permettant aux exploitants de mieux connaître l’effet des produits utilisés sur la biodiversité.

Evènementiel: changement climatique, jeunesse et start-up au menu du Space 2022

«Après deux ans de frustration» - annulation en 2020 et une édition 2021 sous contraintes sanitaires -, le Space se tiendra cette année sans restrictions majeures, à Rennes les 13, 14 et 15 septembre. Cela sera l’occasion pour le salon de fêter ses 35 ans. Après le bien-être animal en 2020, le changement climatique sera le thème phare de «l’Espace pour demain» cette année. «Notre objectif est de dire aux éleveurs qu’il y a une marge de manœuvre pour lutter contre le changement climatique qui peut être cohérente avec l’amélioration du revenu, a expliqué Marcel Denieul, le président du salon. Cependant dire "supprimer la viande et vous pourrez prendre l’avion comme vous voulez", ça c’est non ! » Nouveauté cette année: le Space donne la parole à des jeunes engagés dans des formations agricoles. «La passion existe, il faut les mettre en valeur», soutient Anne-Marie Quéméner, commissaire générale. Deux ateliers par jour seront organisés afin que les étudiants puissent livrer leur vision du métier et leurs attentes. Deux pôles de start-up «qui ont des réponses à donner au monde de l’élevage et à leurs fournisseurs» seront également présents.

Ski Lanka : les scientifiques «avaient prévenu» (congrès international sur l'azote)

«La plupart des scientifiques avaient prévenu le gouvernement que cette transition brutale vers le bio était un problème», assure Sarath Nissanka, professeur d’agronomie à l’université de Peradeniya (Sri Lanka), à l’occasion d’un colloque international sur la gestion de l'azote qui se tenait à Paris le 18 mai. En avril 2021, le président Gotabaya Rajapaks avait décrété un embargo sur les pesticides et les engrais de synthèse, comme promis lors de son élection en 2019, avant de revenir en arrière en novembre suivant face à la menace de problèmes d’approvisionnement, et à la flambée des prix alimentaires. «C’était une décision qui n’était pas basée sur la science, les certifications et l’adoption des nouvelles pratiques prennent un certain temps», appuie Sarath Nissanka. Mais cette crise aurait malgré tout entraîné selon lui certaines conséquences positives, alors que le gouvernement subventionne à nouveau les achats d’engrais dont le prix a augmenté dans le sillage de la guerre en Ukraine. «Beaucoup de gens se sont tournés vers les fertilisants organiques, comme le compost, et gèrent mieux le travail du sol, même s’il reste encore beaucoup de chemin à faire».