Sécurité alimentaire: l’État doit se doter d’une «stratégie», estime la Cour des comptes
Dans son rapport public annuel publié le 16 février, la Cour des comptes s’est penchée pour la première fois sur le sujet de la sécurité des approvisionnements alimentaires. Au regard «des forces et des faiblesses structurelles» révélées par la crise sanitaire de la Covid-19, elle émet deux recommandations: «établir d’ici fin 2023 un diagnostic des vulnérabilités de la chaîne des approvisionnements», et «renforcer dès 2022 l’accompagnement des petites et moyennes entreprises des secteurs agricoles et agroalimentaires dans la préparation aux crises afin d’assurer la continuité de leur activité». «Il est urgent que l’État se dote d’une véritable stratégie de préparation et de conduite de crise», souligne-t-elle dans ses conclusions. Le rapport préconise de «mieux connaître les stocks de réserves stratégiques (…) sans aller jusqu’à constituer des réserves». La Cour cite l’exemple de la Suisse, de l’Allemagne et de la Finlande où le financement de réserves alimentaires est assuré par le contribuable (impôts) ou par le consommateur (stocks privés). Plutôt que de transposer ce modèle en France, elle propose de s’inspirer de ce qui existe pour les hydrocarbures. Dans ce secteur, ce sont les fournisseurs qui ont la charge de prévoir des stocks suffisants pour assurer l’approvisionnement sur une période donnée en cas de coupure.
Légumes: «ultimatum» de Légumes de France à la GMS sur les prix à la production
Le syndicat Légumes de France (FNSEA) a posé un «ultimatum» à la grande distribution pour exiger la hausse des prix payés aux producteurs. «On leur a dit la semaine dernière qu’ils doivent monter les prix, ou sinon il y aura des manifestations dans les magasins», a indiqué le président de Légumes de France Jacques Rouchaussé le 17 février. D’après lui, à défaut de recevoir «quelques centimes de plus», certains producteurs «mettront la clef sous la porte», car fragilisés par la hausse des coûts (intrants, énergie, emballages). «Aujourd’hui, on est embêtés sur l’endive, le poireau, la carotte, et ça va monter crescendo. (…) Si demain, j’applique toutes les hausses [de coûts] qu’on a subies sur le kilo de tomates, on devrait le payer 60 centimes plus cher à la production!», a expliqué M. Rouchaussé. Il a ajouté que Légumes de France continue d’œuvrer en coulisses «depuis plus de deux ans» pour «contractualiser 30% de la production de légumes», afin de «sécuriser» en partie le revenu des producteurs. L’enjeu est de convaincre les distributeurs de «s’engager sur une bonne référence de prix», a-t-il déclaré, ayant bon espoir que cette initiative aboutisse avec certaines enseignes.
Bovins viande: la Conf' saisit l'Idele pour diffuser les indicateurs de coût de production
Deux jours après que la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA) a diffusé elle-même des indicateurs de coûts de production en viande bovine, la Confédération paysanne annonce, dans un communiqué du 18 février, qu'elle «saisit formellement ce jour l'institut technique» pour qu'il les diffuse à son tour. «Les organisations de l'aval bloquent la publication» des indicateurs par l'interprofession, rappelle la Conf', précisant qu'«ils en avaient pourtant validé la méthodologie il y a quelques mois». La loi Egalim 2 dispose que les interprofessions doivent publier ces indicateurs «dans les quatre mois» après sa promulgation, qui avait eu lieu le 18 octobre 2021. À défaut, les instituts techniques (l'Idele dans le cas de la viande bovine) doivent les diffuser «dans les deux mois suivant la réception d'une telle demande formulée par un membre de l'organisation interprofessionnelle». Ces indicateurs doivent être pris en compte dans les contrats entre les éleveurs et leurs premiers acheteurs, rendus obligatoires depuis le 1er janvier en bovins viande par la loi Egalim 2. «Impossible de se saisir de cet outil sans disposer des indicateurs de coût de production», rappelle la Conf', selon qui «quasiment aucun contrat n'est signé».
Risques climatiques: les arboriculteurs pas tous convaincus pas la réforme assurantielle
Alors que le projet de loi sur la gestion des risques est en passe d’être adopté au Parlement, les arboriculteurs ne sont pas encore convaincus par l’assurance multirisques climatiques (MRC). Interrogée à ce sujet durant le congrès de la FNPF (producteurs de fruits, FNSEA) le 16 février, la présidente du syndicat arboricole Françoise Roch a affirmé que la FNPF pousse en faveur de la MRC, tout comme la FNSEA. Mais le lendemain, lors d’une table ronde consacrée à la gestion des risques, le président de l’AOPn Pêches et abricots et de la Gouvernance économique des fruits et légumes (Gefel), Bruno Darnaud, a rappelé les principaux freins à la MRC pour la profession: des primes trop élevées, le peu de prise en compte à ce jour des moyens de protection des vergers dans les contrats, et le problème de la moyenne olympique (calculée sur cinq ans et plombée par la fréquence des aléas). Et de prévenir que la part de vergers assurée en MRC (3% des surfaces actuellement) sera «certainement (…) inférieure» demain «si on ne bouge pas cette moyenne olympique». «Dans la région [de la vallée du Rhône], les gens se désassurent», a affirmé M. Darnaud.
Plan de relance: 132 millions d’euros de subventions versés à l'agroalimentaire
Dans le cadre du plan de relance de l’économie, France Relance, l’État a versé 132 millions d’euros (M€) à 97 entreprises de l’agroalimentaire pour soutenir leurs projets de relocalisation ou de modernisation de leur production, annonce le ministère de l’Industrie dans un communiqué le 17 février. Les projets retenus ont généré 602 M€ d’investissements productifs. Les lauréats sont principalement des industries de secteurs «particulièrement stratégiques pour notre autonomie, tels que les ingrédients et additifs (conservateurs, antioxydants, enzymes, pigments naturels notamment), les protéines végétales et alternatives ou encore les emballages alimentaires», explique le ministère. Bercy estime que les 97 projets soutenus permettront de réduire de 5% la dépendance de la France aux importations extra-européennes en protéines végétales (principalement en tourteaux de soja) et sur le segment des «nouvelles sources de protéines alternatives à destination de l’alimentation animale». Parmi les nouveaux lauréats dévoilés ce mois-ci figurent notamment la création de la première usine de production de farine en Guyane et celle de deux usines de fabrication de nuggets à partir de farines de végétaux et d’insectes dans les Hauts-de-France.
Sommet Afrique-UE: une nouvelle initiative pour les protéines végétales
À l’occasion du sommet réunissant l’Union africaine et l’Union européenne, une nouvelle initiative a été lancée le 18 février «pour favoriser le développement de la culture de protéines végétales en Afrique», annonce l’Élysée dans un communiqué le même jour. Le projet concernera «les légumineuses comme les haricots, les légumes secs riches en huile ou ceux provenant d’arbustes et de buissons», à destination de l’alimentation humaine ou animale, en se concentrant sur les pays de la «Grande muraille verte». Né en 2002, ce projet vise à développer une ceinture agroforestière traversant le continent africain au niveau du Sahel. L’Élysée indique que l’initiative sur les protéines sera appuyée par «une plateforme régionale», actuellement en cours de préparation, qui «renforcera les interactions, le dialogue et la coordination entre les partenaires techniques et financiers». «L’un des points clés consistera à favoriser l’implication du serveur privé», prévoit l’Élysée.
Grandes cultures: certification d’un premier outil de calcul carbone
La start-up Sysfarm a annoncé le 16 février avoir obtenu la certification de son outil CarbonFarm dans le cadre de la méthode bas carbone en grandes cultures. La certification permettra aux agriculteurs et coopératives se lançant dans un diagnostic carbone avec cet outil de pouvoir déposer officiellement leurs projets auprès des préfectures, en vue d’obtenir la labellisation de leurs crédits carbone. Créée en 2020 par trois fils d’agriculteurs, Sysfarm s’engage sur une vision «responsable» du carbone, en promettant de reverser au moins 90% du prix des crédits aux agriculteurs. «Ce que nous voulons, c’est minimiser les coûts de transaction pour les agriculteurs, afin qu’ils soient les premiers récompensés des opportunités de ce marché du carbone qui se crée», explique Étienne Duclos, le jeune directeur général de Sysfarm.
Carbone: un diagnostic simplifié pour tous les adhérents de Vivescia dès avril
À partir du mois d’avril, Vivescia proposera un «diagnostic carbone simplifié à grande échelle pour l’ensemble de ses agriculteurs-coopérateurs», indique la coopérative dans un communiqué le 18 février. En partenariat avec la start-up My easy farm, «ce diagnostic permettra de réaliser un premier état des lieux de l’empreinte carbone des fermes sur tout le territoire de la coopérative». Objectif pour Vivescia: «Réaliser un point zéro des émissions» et du stockage, en vue de développer des filières bas carbone et de s’insérer sur le marché naissant du carbone volontaire. En 2021, la coopérative avait récolté ses premières orges «bas carbone», dans le cadre d’un programme pilote avec Malteurop et Heineken réunissant quinze agriculteurs sur 200 ha.
Erratum sur l'agenda de la semaine agricole
Contrairement à ce qui était indiqué dans l'Agrafil daté du 18 février, l'événement sur le Nutriscore – organisé le 23 février par le Cnaol (AOP laitières) – n'est pas une conférence de presse. Il sera réservé aux parlementaires.