Agrafil du 23 mai 2022

hero

PSN: encore quelques arbirages importants en suspens sur l'architecture verte

Aux côtés de représentants du ministère de la Transition écologique et de Régions de France, les services de la DGPE (ministère de l'Agriculture) ont présenté, le 20 mai, aux parties prenantes (ONG, syndicats), leur projet de réponse aux observations de Bruxelles sur les parties politiques (architecture, répartition des aides) du projet de Plan stratégique national (PSN), la déclinaison française de la Pac. Contrairement à ce qu'attendaient les syndicats, le ministère a très peu dévoilé de ses pistes de travail concernant les ajouts et modifications évoqués dans le document qu'ils avaient envoyé plus tôt dans la semaine aux parties prenantes (lire ici). D'après les professionnels, le ministère a bien acté que la bio devrait finalement bénéficier d'un paiement plus élevé que la HVE dans le cadre des écorégimes, mais n'a pas précisé de quelle manière il comptait y parvenir. Concernant la BCAE 7 (conditionnalité de rotation des cultures), l'ASP (agence de services et paiement) aurait simplement mis en avant la difficulté technique, faute d'historique suffisant, de mettre en oeuvre rapidement l'encadrement des rotations demandé par Bruxelles ; sur ce dossier, le ministère n'a pas non plus précisé ses intentions. Dernier sujet évoqué: l'évolution du calcul des surfaces de haies, qui doivent faire l'objet d'un paiement bonus au titre de l'écorégime: un mètre linéaire n'équivaudrait plus à 10m2, mais entre 20 et 50, selon l'option qui sera retenue. Sur tous ces sujets, des propositions écrites des parties prenantes sont attendues d'ici le 27 mai.

Pour son premier déplacement, Marc Fesneau évoque la «souveraineté alimentaire»

Le nouveau ministre de l'Agriculture Marc Fesneau a estimé le 21 mai lors de son premier déplacement officiel, effectué dans le Cher, que la question de la souveraineté alimentaire n'était pas «résolue».  «Parfois, on avait peut-être pensé que la question de la souveraineté était une question résolue, or la crise ukrainienne et les questions climatiques viennent montrer que la souveraineté n'est pas une question résolue», a déclaré le ministre lors d'un point presse dans une exploitation à Massay, près de Vierzon. «Ce n'est pas la peine de parler de souveraineté, c'est un vain mot, si les agriculteurs ne trouvent pas de revenus», a ajouté le nouveau ministre de l'Agriculture. Evoquant la guerre en Ukraine, Marc Fesneau a souligné que cette crise vient «rappeler qu'on a besoin de produire. La question quantitative n'est pas une question qui est derrière nous. La question de se nourrir n'est jamais une question derrière soi et les dérèglements climatiques viennent poser des questions quantitatives qui ne sont pas des petites questions», a-t-il estimé. «Ce n'est pas chez nous que le problème va se poser là, mais parlons aux Egyptiens, à l'Algérie, à la Tunisie», qui peuvent se poser la question «de savoir s'ils vont pouvoir se nourrir», a-t-il ajouté, rappelant la nécessité d'«assurer la production et en même temps d'oeuvrer en direction de l'environnement».

Guerre en Ukraine: Bruxelles autorise une aide d'urgence dans le cadre du 2d pilier

La Commission a annoncé le 20 mai une mesure exceptionnelle permettant aux États membres d'utiliser jusqu'à hauteur de 5% du budget 2021-2022 du fonds européen agricole pour le développement rural de la Pac afin «de verser une somme forfaitaire unique aux agriculteurs et aux entreprises agroalimentaires touchés par des augmentations importantes du coût des intrants». Ces hausses de prix, notamment de l'énergie, des engrais et des aliments pour animaux, sont la conséquence de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cette mesure était demandée depuis plusieurs semaines par une douzaine d’États membres (dont l’Italie, l’Espagne, la Pologne…). Un dispositif équivalent avait été mis en place pour faire face aux conséquences de la pandémie de Covid-19. Par ailleurs, Bruxelles a annoncé le même jour l'entrée en application du règlement annoncé fin mars obligeant les États membres à communiquer à la Commission leur niveau mensuel de stocks de céréales, d'oléagineux, de riz et de semences certifiées détenus par les producteurs, grossistes et opérateurs.

La COP15 s'engage sur la restauration d'un milliard d'hectares de terres dégradées d'ici 2030

La COP15 qui s'est achevée le 20 mai à Abidjan s'est engagée à «accélérer la restauration d'un milliard d'hectares de terres dégradées d'ici à 2030», indique la déclaration finale publiée à l'issue de la conférence. Cet engagement fait partie d'une série de décisions prises après onze jours de travaux par la 15e Conférence des parties (COP) de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), qui a rassemblé quelque 7.000 participants. Outre l'engagement sur les terres dégradées dans lequel est mis en avant «l'implication des femmes», la COP15 s'engage aussi à «renforcer la résilience face à la sécheresse en identifiant l'expansion des zones arides», à «combattre les tempêtes de sable et de poussière et d'autres risques de catastrophes croissantes», ou encore à «s'attaquer aux migrations forcées et aux déplacements provoqués par la désertification et la dégradation des terres». Ibrahim Thiam, sécrétaire exécutif de la CNULCD, a souligné l'importance de la restauration des terres dégradées dans la lutte contre le dérèglement climatique. «Si on restaure les terres, on réduit les émissions (de CO2) et on les ramène dans le sol», a-t-il dit lors d'une de la conférence de presse de clôture.

La Chine lève l'interdiction sur les importations de canola canadien

La Chine a levé l'interdiction sur les importations de canola canadien, a indiqué le 19 mai un responsable canadien, qualifiant cette annonce de «très bonne nouvelle» pour les producteurs pris depuis trois ans dans la querelle diplomatique entre les deux pays. L'arrestation fin 2018 à Vancouver de Meng Wanzhou, la directrice financière du géant chinois des télécoms Huawei, avait marqué le début d'une crise diplomatique majeure. «Nous avons appris hier (le 18 mai) par les autorités chinoises que notre canola canadien peut être exporté en Chine», a déclaré la ministre de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau. En mars 2019, les autorités chinoises avaient décidé de révoquer la licence du plus grand producteur agricole canadien, Richardson, et de l'entreprise Viterra Inc. en raison de nuisibles détectés dans les exportations. À l'époque, la Chine était l'un des principaux marchés pour le colza canadien, le géant asiatique absorbant près de 40 % des exportations canadiennes. Le Canada avait exporté pour plus de 5 Mrd$ canadiens de colza (3,3 Mrd€) en 2018, selon les chiffres des agriculteurs canadiens.

Brucellose: suspension des abattages de bouquetins, des syndicats inquiets

Saisi par un recours collectif déposé par des ONG environnementales*, le tribunal administratif de Grenoble a suspendu, le 17 mai, l’arrêté du préfet de Haute-Savoie autorisant jusqu’à 170 abattages indiscriminés de bouquetins dans le massif du Bargy pour lutter contre la brucellose. Dans un communiqué du 18 mars, la Fdsea des Savoie, Jeunes agriculteurs (JA) de Haute-Savoie et Savoie, et la chambre d’agriculture de Savoie-Mont Blanc déclarent que les ONG «font preuve de trahison» en s’opposant à ces abattages et que «la justice rendue méconnait totalement la situation d’urgence sanitaire sur le massif du Bargy». Les organisations professionnelles agricoles rappellent que la brucellose présente «un véritable risque» pour la santé humaine et celle des animaux d’élevage. «(Laisser) ainsi la maladie se propager tranquillement, c’est repousser à une plus grande échelle des abattages futurs qui immanquablement seront plus nombreux», préviennent-ils. Ils exhortent l’État à prendre «ses responsabilités» et annoncent qu’ils s’opposeront à tout abattage de vache en cas de brucellose bovine, afin qu’il y ait «une équité de traitement» entre les bouquetins et les bovins. Les mesures d’abattage à l’encontre des bouquetins ont été prises après la découverte d’un cas de brucellose bovine dans un troupeau de Haute-Savoie en novembre dernier. *LPO, Animal Cross, ASPAS, One Voice, AVES, FNE Auvergne-Rhône-Alpes, FNE Haute-Savoie

Météo: nouveaux records de chaleur dans le Massif Central et les Alpes

De nouveaux records de chaleur pour le mois de mai ont été enregistrés le 22 mai, notamment dans le Massif Central et les Alpes, selon des chiffres provisoires de Météo-France. Plusieurs records battus avaient été établis la veille, a remarqué l'agence météorologique nationale, alors que le pays connaît une chaleur inhabituelle depuis plus d'un mois. «Avec 25,7°C cet après-midi, la station de Superbesse (Puy-de-Dôme), ouverte en 1976, améliore (...) son record mensuel, établi hier (25,4°C)", a remarqué Météo-France. Même situation au Puy-Chadrac (Haute-Loire, 714m d'altitude, ouverte en 1928) avec 34,0°C" contre 32,5°C samedi, au "Puy-Loudes (Haute-Loire, 833m, ouverte en 1984) avec 32,4°C" après 30,9°C la veille, ou encore "Ambert (Puy-de-Dôme, 555m, ouverte en 1993) avec 32,6°C" (précédent record établi samedi avec 32,1°C).  Des records ont également été atteints en Isère à Grenoble (31,4°C), à L'Alpe D'Huez (24,1°C) ou encore Villard-de-Lans (29,7°C), de même que dans des stations météo de Vendée, du Lot, de la Drôme et des Hautes-Alpes, toujours selon Météo-France. Le record absolu de température diurne en France pour un mois de mai n'a en revanche pas été battu, en l'état de ces relevés non encore définitifs: celui-ci est de 36,2°C, à Dax (Landes) le 30 mai 1996, a indiqué un porte-parole de Météo-France.

Lait: les producteurs de Villecomtal et Danone signent un accord de fin de contrat

L’organisation de producteurs du Sud-Ouest Laitier (OP SOL) annonce, dans un communiqué du 20 mai, avoir signé le jour même un accord avec le groupe Danone dans le cadre de l’arrêt de l’activité laitière de l’usine de Villecomtal (Gers) et de sa conversion en site de production de boissons végétales. L’OP SOL (216 fermes) déclare que les deux parties sont parvenues à trouver «un accord de fin de contrat équilibré et structurant, avec une volonté commune de ne pas fragiliser la filière laitière dans le Sud-Ouest». L’enveloppe budgétaire prévue pour indemniser les éleveurs «répond à la nécessité d’accompagner tous les producteurs concernés livrant le site de Villecomtal-sur-Arros, quel que soit le futur projet choisi», souligne le communiqué. Les jeunes agriculteurs bénéficieront d’une indemnité supplémentaire, et une indemnité forfaitaire sera versée aux producteurs «qui souhaiteront solliciter des appuis techniques (audits de réflexion et conseils)». La fin de la collecte s’étalera, selon un calendrier défini, de mars à octobre 2023. L’une des cinq associations de producteurs de l’OP SOL, l’association de Ségala-Limargue, continuera à livrer son lait à Danone pour approvisionner le site de Lacapelle-Marival. Les quatre autres sont toujours à la recherche de nouveaux acheteurs.

Emploi: le Service de remplacement brigue la reconnaissance d’utilité publique

Le réseau national des Services de remplacement (SR) est «en train de faire les démarches» pour devenir une association reconnue d’utilité publique (ARUP) et pas seulement d’utilité sociale, a confié son président Nicolas Sarthou dans un entretien à Agra Presse le 19 mai. Par cette démarche, le SR (329 antennes sur tout le territoire) veut «être reconnu comme l’interlocuteur principal par les pouvoirs publics» dans le domaine du remplacement temporaire d’agriculteurs - lors d’un congé paternité, d’un arrêt de travail ou de vacances par exemple. Ce nouveau statut permettrait aussi au SR de devenir «créancier prioritaire» dans les situations de «départs précipités» (décès, coma, incarcération du chef d’exploitation), une «problématique de plus en plus récurrente dans les départements», selon M. Sarthou. Il permettrait aussi au SR d’attirer plus de donateurs. «On a de plus en plus de financeurs privés qui viennent nous voir. On aimerait faire en sorte que tout le monde soit gagnant: eux pourraient profiter d’un abattage fiscal et nous de dons privés», a précisé le président de l’association.

Elevage : l’Iddri planche sur une aide pour accélérer le départ en retraite des élevages les plus intensifs

L’Iddri planche actuellement sur les contours d’une aide européenne visant à faciliter le départ en retraite des agriculteurs à la tête des élevages les plus intensifs, apprend Agra presse auprès de Pierre-Marie Aubert, coordinateur au sein de l’initiative Politiques publiques pour l’agriculture européenne. «Les systèmes de départ anticipé ont déjà existé dans le passé», rappelle le chercheur. Pour l’élaboration de ce soutien d’un nouveau type, l’Iddri s’inspire donc de la politique de pré-retraite agricole mise en place par la Commission au moment de la réforme MacSharry de 1992. En France, ce soutien calculé sur la base des surfaces, visait les agriculteurs âgés de 55 à 59 ans, avant d’être réorienté en 1998 vers les professionnels malades, puis supprimé en 2008. L’Iddri viserait un dispositif plus discriminant, ciblé sur les élevages les moins autonomes en matière d’alimentation dans l’ensemble de l’Union Européenne. Le cercle de réflexion dévoilera sa proposition en détail dans les prochains mois, en vue de la présenter à la Commission.

Foie gras: Peta propose à la filière une reconversion vers le «faux gras» végan

Dans un courrier adressé au Cifog (interprofession du foie gras), l’association animaliste Peta France «se propose de financer la reconversion professionnelle des éleveurs de palmipèdes» dans la production de «faux gras», simili végétal de foie gras. Une «reconversion vers un métier sans cruauté et sans potentiel pandémique», selon l’ONG. «Il s’agit là d’une solution qui assurerait une source de revenu bien plus stable aux employés de la filière, sans crainte de “dépopulations” à répétition de leurs élevages» pour cause d’influenza aviaire, écrit Mimi Bekhechi, vice-présidente de Peta pour l’Europe, le Royaume-Uni et l’Australie. L’ONG rappelle que «des cas humains de grippe aviaire ont été recensés au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Chine» et estime qu’«il faut craindre que le virus ne mute et devienne transmissible entre humains». «Nous comprenons que les éleveurs de palmipèdes en France vivent actuellement une situation difficile», ajoute-t-elle, alors que la filière des volailles fait face au quatrième épisode d’influenza aviaire depuis 2015. Sollicité par Agra Presse, le Cifog n’avait pas réagi à l’heure où ces lignes sont écrites.

Influenza aviaire: la Fict (charcutiers) demande des «souplesses» sur l’étiquetage

La Fict (industriels de la charcuterie) a demandé à la DGCCRF (Fraudes) des «souplesses» sur l’étiquetage de certains produits de volailles pour cause de «pénuries sur certains ingrédients» liées à l’influenza aviaire, a-t-on appris le 19 mai. Alors que l’épizootie a provoqué l’abattage de quelque 16 millions d’animaux, les industriels rencontrent des difficultés à se procurer certaines matières premières, notamment pour «les terrines de volailles ou les produits farcis au foie gras», précise le président de la Fict Bernard Vallat à Agra Presse. Les souplesses demandées par sa fédération portent sur des modifications temporaires de recettes, des mentions valorisantes (sans OGM, sans antibiotique) et sur l’origine des viandes. À la manière des dérogations récemment accordées sur l’huile de tournesol en raison de la guerre en Ukraine, la Fict propose des souplesses temporaires, «accordées au cas par cas sur justification de rupture», et indiquées aux consommateurs notamment par des stickers. «En l’absence de dérogations, les entreprises risquent de sortir les produits concernés de leur catalogue, prévient le directeur de la Fict, Fabien Castanier. Au final, ce sont les producteurs qui seront perdants.»

Foncier: la SNPR (bailleurs) s'inquiète des effets des aides environnementales

Bientôt en congrès, les propriétaires ruraux de la FNSEA cherchent des moyens de favoriser les mesures agroenvironnementales qui confortent, voire renforcent le potentiel productif de l’agriculture. «La multiplication mal maîtrisée des contraintes environnementales affecte les propriétaires ruraux», car elle «hypothèque la capacité de production des terres agricoles, au risque d’en diminuer la valeur», a indiqué la Section nationale des propriétaires ruraux (SNPR) de la FNSEA dans une conférence de presse le 20 mai en préparation de son congrès. Les injonctions contradictoires de différents services de l’État «entravent les efforts des exploitants de concilier les objectifs environnementaux et l’objectif de nourrir les populations», a indiqué Patrice Joseph, président de la SNPR. «Certains projets environnementaux, d’agroforesterie par exemple, conduiront à des baisses de production agricole», alerte Patrice Joseph. Face à ces effets jugés délétères, les propriétaires ruraux réfléchissent aux moyens de «protéger l’environnement tout en maintenant une production agricole économiquement viable». Lors de leur congrès à Autrans (Isère) les 2 et 3 juin, ils réfléchiront au rôle actif qu’ils pourraient jouer pour valoriser des terres agricoles dans un cadre de protection de l’environnement. Un cas cité : la remise en culture de friches.

Produits laitiers: la «Cancoillote» reconnue en indication géographie protégée (IGP)

La «Cancoillotte», spécialité fromagère de Franche-Comté, a été enregistrée le 20 mai par la Commission européenne comme indication géographique protégée (IGP), annonce l’INAO dans un communiqué du même jour. «La "Cancoillotte" est une spécialité fromagère fondue fabriquée à partir de lait de vache, explique l’institut national de l’origine et de la qualité. Elle est produite en deux étapes. Le lait est écrémé avant d’être transformé en fromage: le metton blanc. Ce metton est ensuite affiné, puis fondu pour produire la "Cancoillotte"». Son aire géographique s’étend sur l’ancienne région franc-comtoise — les départements du Doubs, du Jura, de Haute-Saône et du Territoire de Belfort —; une partie des département de l’Ain et de Saône; et quelques communes limitrophes des départements de Côte d’Or, de Haute-Marne et des Vosges. La reconnaissance en IGP assure à la «Cancoillote» une reconnaissance et une protection à l’échelle européenne.