Agrafil du 3 mars 2022

hero

Négociations commerciales: inflation pour la première fois depuis huit ans (ministère)

Les négociations commerciales 2022 «finissent en inflation, ce n’était pas arrivé depuis huit ans», a souligné le ministère de l’Agriculture, lors d’un brief presse le 2 mars, au lendemain de la date butoir pour la conclusion des contrats entre industriels et distributeurs. «Le coût de la matière première agricole a été préservée, voire au-delà», indique le cabinet du ministre, sans pouvoir chiffrer les hausses consenties par la distribution. Un bilan sera réalisé par l’observatoire de la médiation des relations commerciales d’ici la fin du mois. Interrogée par l’AFP, la FCD (distribution) estime l’augmentation des prix «autour de 3%». Les grands groupes industriels ont signé en moyenne 80% de leurs contrats avec la grande distribution «à l’exception d’une ou deux enseignes», informe le ministère. Un taux de signature qui a «énormément augmenté» dans les derniers jours des négociations : il était encore de 30% le 23 février. Les PME ont, elles, signées pratiquement tous leurs contrats. Les taux de signatures sont «quasi identiques» aux produits non alimentaires. «Il n’y a pas d’effet Egalim 2», affirme une nouvelle fois le ministère qui explique les tensions par le «contexte inflationniste». Sur toute la période des négociations, le médiateur des relations commerciales a été saisi dans «une soixantaine» de dossiers conflictuels.

Lait: Sodiaal estime qu’il faut renégocier «dès maintenant» tous les contrats MDD

Au lendemain de la clôture des négociations commerciales sur les marques nationales, le 2 mars, le président de Sodiaal Damien Lacombe insiste sur la nécessité de «modifier dès maintenant les contrats sur les marques de distributeurs (MDD, ndlr) pour répercuter l’inflation». La coopérative laitière a fait passer une hausse de 25€/1000l sur sa matière première agricole dans les contrats signés avec la distribution sur les produits de ses marques nationales (Candia, Entremont, Yoplait). La répercussion d’une inflation à 6% sur les produits laitiers «représente moins de 40€ par an et par famille», calcule son président. Compte tenu de la forte inflation et du niveau «très élevé» des cours internationaux des produits laitiers, Sodiaal souhaite désormais renégocier —sans attendre nécessairement les échéances— ses contrats sur les MDD. «Il faut passer des hausses anticipées, affirme Damien Lacombe, c’est nécessaire pour que nous puissions maintenir nos prix (payés aux éleveurs, ndlr) toute l’année». Il cite en exemple l’accord passé avec le distributeur Lidl sur un prix de base à 395€ (410€ toutes primes confondues) sur la totalité des volumes de la coopérative commercialisés par l’enseigne, en marques nationales et MDD.

Lait: la filière fait évoluer sa charte des bonnes pratiques d’élevage

L'interprofession laitière (Cniel) a présenté, le 2 mars, au salon de l’Agriculture, la nouvelle mouture de la charte des bonnes pratiques d’élevage, figurant dans les contrats passés entre les éleveurs et leurs collecteurs. Créée en 1999 et modifiée pour la dernière fois en 2012, cette charte évolue principalement dans deux volets: l’environnement (économie d’énergie et d’eau, réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires) et le bien-être animal. Le Cniel insiste particulièrement sur ce dernier chapitre. «En 2017, nous avons changé de posture en partant des attentes des consommateurs. Le bien-être animal est devenu la première obligation de la filière», a déclaré la directrice du Cniel, Caroline Le Poultier, en conférence de presse. La charte intègre l’objectif, fixé par l’interprofession en 2020, de réaliser un diagnostic du bien-être animal dans tous les élevages d’ici 2025. Ce diagnostic s’appuiera sur l’outil BoviWell, mis au point par l’Idele (institut de l'élevage), qui prend en compte 16 indicateurs de bien-être: l’alimentation, l’aération et la luminosité du bâtiment, la propreté des bâtiments, le logement des veaux… L’objectif de ces audits est d’identifier des pistes d’amélioration pour le bien-être des troupeaux.

Céréales : InVivo lance une marque d'ingrédient «bas carbone»

Le groupe InVivo lance une marque ingrédient au service de la décarbonation, a-t-il annoncé le 2 mars. « On va lancer une activité autour du carbon farming », a déclaré le d.g. Thierry Blandinières. Cela se traduit par une marque d'ingrédient, Good food, good planet, destinée à « offrir aux industriels de l’agroalimentaire des matières premières agricoles bas carbone ». Elle concerne les filières du malt, du vin, de la farine. InVivo veut devenir le premier opérateur européen en carbon farming, agriculture à empreinte carbone réduite. Ses projections à l’horizon de deux ans sont d’atteindre en bas carbone 500 000 t d’orge basserie (face à un potentiel de 2 Mt pour la ferme France), 2 Mt de blé (6 Mt), 500 000 t de maïs (2 Mt). Le lancement de l’activité carbon farming s’inscrit dans le volet RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) du plan de croissance d’InVivo, lancé après l’acquisition de Soufflet en décembre. Ce dernier utilise depuis 2020 un calculateur GES (gaz à effet de serre), qui permet aux agriculteurs de mieux valoriser leur colza auprès des triturateurs.

Label Bas carbone : le gouvernement renforce le contrôle et la transparence (JO)

Dans un arrêté publié au Journal officiel le 2 mars, le ministère de la Transition écologique a précisé le cadre du label Bas carbone, en autorisant officiellement les intermédiaires financiers, mais également en renforçant les exigences en matière de contrôle et de transparence. Le texte prévoit ainsi qu’un «intermédiaire» puisse assurer au nom des bénéficiaires la mise en relation ou l’agrégation «des fonds provenant de plusieurs personnes physiques ou morales qui souhaitent participer au financement du projet». L’arrêté renforce par ailleurs le cadre de vérification, tout d’abord en incitant les méthodes à définir une liste d’auditeurs, ainsi qu’une fréquence de contrôle. Les méthodes devront ainsi prévoir «un tableau de calcul automatisé des réductions d'émissions», ainsi qu’un modèle de rapport de suivi, «accessible à tout public et notamment aux financeurs éventuel» une fois les émissions vérifiées. Par ailleurs, les critères de vérifications sont explicités pour les auditeurs, dont le risque de réversibilité et la réalité des co-bénéfices. Une nouvelle instance d’expertise sera enfin créée par une décision à paraitre au bulletin officiel du ministère de la Transition: le «Groupe scientifique et technique du label Bas carbone».

Alimentation animale: les fabricants visent 50% de soja «non déforestant» fin 2022

Lors de la présentation de leur manifeste «Zéro déforestation importée» le 2 mars au Salon de l'agriculture, les fabricants d'aliments du bétail – privés (Snia) comme coopératifs (la Coopération agricole) – se sont engagés à utiliser 50% de soja «non déforestant» d'ici décembre 2022. Un second palier intermédiaire est fixé à 75% fin 2023, afin d'atteindre l'objectif fixé par la plateforme Duralim (100% de soja non issu de déforestation en 2025). Sur les quelque 3 Mt de tourteaux de soja importés par la France, 38% étaient garantis «zéro déforestation» en 2020, d'après l'observatoire Duralim. La guerre en Ukraine «ne remet pas en cause ces objectifs», précise David Saelens, président de la Coopération agricole Nutrition animale. Dans sa fédération, 96% des adhérents ont signé le manifeste, contre 70% pour le Snia. Les fabricants demandent à «intégrer le soja non déforestant dans la construction des indicateurs alimentaires» (Itavi et Ifip notamment). Le surcoût lié à la garantie «zéro déforestation» reste «faible», selon le président du Snia François Cholat, qui évoque une fourchette de 2 à 12 €/t. Mais «personne n'a les moyens dans la chaîne agricole de supporter ce surcoût.» Conclusion de David Saelens: «Il faut qu'on aille jusqu'au consommateur.»

Installation : la Caisse des dépôts prête à «discuter» avec le monde agricole

«Nous sommes ouverts à la discussion avec le monde agricole sur le foncier et l’installation pour appuyer la transition agroécologique», confie Antoine Cadi, directeur recherche et innovation au sein de la branche biodiversité de la Caisse des dépôts (CDC), à l’occasion d’un échange avec Agra Presse au Salon de l'agriculture. Sous des modèles «à définir», envisage-t-il, la Caisse des dépôts pourrait soutenir l’acquisition de sols agricoles dégradés, et aider à leur restauration, en vue d’installer de nouveaux producteurs aux pratiques agroécologiques et de leur transférer progressivement ce foncier. «La banque des territoires [autre filiale de la CDC] attend que des groupes d’agriculteurs ou des collectivités viennent la voir avec des projets», assure Antoine Cadi. De la création de banques de compensation écologique au soutien aux entreprises, en passant par des prises de participation à la foncière Terre de Liens : le groupe Caisse des dépôts, assure-t-il, «a de l’expérience sur ces sujets.

Équins: la FNSEA s'inquiète pour les aides à l'investissement du 2nd pilier de la Pac

Dans un communiqué du 2 mars, la FNSEA et plusieurs autres organisations* demandent «le maintien de l’éligibilité des projets de la filière équine» aux aides agricoles à l'investissement du 2nd pilier de la Pac. Dans le cadre de la déclinaison française de la future Pac, le Plan stratégique national (PSN), la filière équine dit avoir appris «fin décembre» que tous ses projets, y compris dans les élevages, relèveront du dispositif 78.03, intitulé «Off farm» et réservé aux activités non agricoles. Un choix qui n'a «politiquement aucun sens et inquièt[e] la filière sur les perspectives pour 2028, notamment pour les jeunes agriculteurs». «Les chevaux seront-ils toujours présents au SIA en 2023?», s'interrogent les syndicats majoritaires. Outre le maintien des activités équines dans le cadre agricole (dispositif 73.01 «On farm»), ils demandent «que soient prévues des lignes budgétaires suffisantes» pour les activités non agricoles. Et de rappeler que «l’élevage d’équidés a de tout temps été reconnu par l’UE comme une activité agricole à part entière.»
*Jeunes Agriculteurs, FNC (éleveurs d'équins, FNSEA), GHN (centres équestres)

Carbone : les crédits doivent devenir un actif, proposent les coopératives forestières

«Les crédits carbone ne doivent pas passer dans les charges, mais devenir des investissements pour les entreprises», estime auprès d'Agra presse Stéphane Viéban, directeur général de Alliance-Bois, qui suit le dossier carbone pour les coopératives forestières (UCFF). Car la non-cessibilité des crédits carbone prévue par les textes réglementaires, explique-t-il, empêche les acheteurs d’inscrire les crédits à leur actif, et donc d’amortir ces achats dans leur comptabilité. «Nous ne voulons pas non plus que le carbone devienne un véritable marché, mais il faut trouver des solutions. De nombreuses entreprises seront prêtes à s’engager de manière bien plus significative si elles peuvent amortir les crédits», poursuit le directeur général. Cette ouverture, détaille-t-il, pourrait être permise par une modification de l’arrêté fixant le cadre du label Bas carbone, en autorisant la cessibilité sous conditions aux acheteurs. «Nous sommes prêts à en discuter s’il y a d’autres solutions», précise Stéphane Viéban alors que les forestiers ont présenté récemment ces pistes au ministre de l’Agriculture comme à la ministre de la Transition écologique.

Climat : l’Ademe prône une approche de l'alimentation régime par régime

«Pour accompagner la discussion autour de la prochaine stratégie nationale bas carbone, nous avons travaillé sur une définition plus détaillée des régimes alimentaires», a annoncé Antoine Pierard, ingénieur sol et prospective au sein de l’Ademe lors d’une conférence de presse le 1er mars. Végétarien, flexitarien, ou omnivores:, son agence avait identifié près de 5 types de régimes alimentaires ans son étude «Transitions 2050», publiée en février. Définir une trajectoire pour chacun d'entre eux serait alors selon l'Ademe une approche plus pertinente en termes de politique publique, que celle fondée sur un régime moyen. «Il est plus cohérent de regarder la diversité des régimes alimentaires, et d'analyser comment chacun d'entre eux peut évoluer, ainsi que la part de la population qu’ils pourront représenter», confirme Jérôme Mousset, directeur bioéconomie au sein de l’Ademe. Dans les deux seuls scénarios permettant de diviser par deux les émissions agricoles à l’horizon, la part de végétariens dans la population devra ainsi selon l'Ademe augmenter de 5 à 10% voire 25%. De même, la part d’omnivores consommant plus de 170 g de viande par jour devra être abaissée de 60% à 10% voire 5%. L'Ademe devrait bientôt traduire les effets de ces régimes sur l’occupation des sols, dans une étude à paraître fin mars.

Gel 2021: la Commission européenne valide le schéma d’aide aux cotisations sociales

La Commission européenne a validé, le 24 février, le dispositif exceptionnel de prise en charge des cotisations sociales pour les exploitants et employeurs agricoles, annoncé dans le cadre du Plan gel au printemps 2021. C’est ce qu’a annoncé le ministère de l’Agriculture dans un communiqué le 28 février. La prise en charge des cotisations se fera «dans le respect des plafonds fixés par l’Union européenne», autrement dit après prise en compte du versement des aides financées par l’UE «au titre des calamités agricoles, [des] indemnités d’assurance et [du] complément d’indemnisation pour les productions assurées». Cette prise en charge sera affectée sur les cotisations restant à payer à la MSA, ou sur les prochaines échéances de cotisations à payer pour 2022, précise le ministère dans le communiqué.