Agrafil spécial Russie/Ukraine du 7 mars 2022

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Russie/Ukraine : Bruno Le Maire promet de «soutenir massivement le monde agricole»

En visite vendredi 4 mars au Salon de l'agriculture, Bruno Le Maire a notamment assuré que le gouvernement comptait «soutenir massivement le monde agricole». «Nous allons faire des propositions au président de la République et au Premier ministre, pour un plan de résilience sur lequel nous travaillons depuis plusieurs jours», a-t-il ajouté. Mais pas question de repartir dans une logique de +quoi qu'il en coûte+, et les 140 milliards d'euros dépensés durant la crise sanitaire, prévient le ministre. «Ce n'est pas la bonne solution face à la crise ukrainienne», selon lui, qui privilégie un «soutien ciblé et massif aux secteurs qui en ont besoin». Rien n'est arrêté à ce stade, mais Bruno Le Maire a évoqué plusieurs pistes, comme des aides pour renforcer les fonds propres des entreprises fragilisées, prolonger les prêts garantis par l'Etat (PGE) mis en place durant la crise sanitaire, ou des soutiens plus spécifiques. «Il faut qu'on ait la liste de toutes ces entreprises dans lesquelles la consommation de gaz peut représenter 20%, 30%, 40% du coût de production», a indiqué Bruno Le Maire, après un échange avec des fédérations agricoles. Une réunion avec les filières touchées, dont l'agriculture, est prévue à Matignon en début de semaine.

Ukraine/Russie: Moscou veut suspendre ses exportations d'engrais (presse)

Dans un communiqué paru ce vendredi 4 mars, le ministère russe de l'Industrie annonce qu'il est «contraint de recommander aux producteurs russes de suspendre temporairement l'expédition d'engrais russes destinés à l'exportation», traduisent les agences AFP et Reuters. Le ministère met en avant un «sabotage des livraisons par un certain nombre de sociétés de logistique étrangères». La recommandation de Moscou tient «jusqu'à ce que les transporteurs reprennent le travail régulier et fournissent des garanties pour la mise en œuvre intégrale des livraisons à l'exportation d'engrais russes». Selon le site de l'Unifa (fabricants français de fertilisants), 24% de l'azote utilisé par l'agriculture française est importé en provenance des pays tiers hors UE, «principalement sous forme d'urée et de solution azotée en provenance principalement de Russie, d'Égypte, de Trinidad et de nombreuses autres origines.» Contactée le 4 mars, la déléguée générale de l'Unifa Florence Nys n'a pas souhaité préciser ce chiffre. Elle souligne qu'à sa connaissance, l'ensemble des usines européennes était actuellement en fonctionnement, et qu'il existe pour les entreprises du secteur «des possibilités de substitutions par d'autres pays».

Russie/Ukraine: la Coopération veut un «encadrement» du prix de l'alimentation animale

Estimant que la guerre en Ukraine pourrait renchérir de «70 à 100 euros» la tonne d'aliment du bétail en France (contre actuellement 327 €/t en porc par exemple), le président de la Coopération agricole Dominique Chargé demande, le 4 mars, un «mécanisme qui permette d'encadrer ces hausses». Le même jour, les ministres Bruno Le Maire (Économie) et Julien Denormandie (Agriculture) ont réuni les filières agricoles pour aborder les conséquences du conflit sur l'agriculture. À cette occasion, à propos de cette flambée de l'alimentation animale, «le ministre a dit qu'il faudrait en passer par la répercussion des coûts» jusqu'au consommateur, rapporte M. Chargé. Le président de la Coopération agricole appelle donc à «rouvrir, via les clauses de révision, les négociations commerciales» qui viennent de s'achever. Par ailleurs, la Coopération réclame un «bouclier énergétique durant la période du conflit» pour atténuer la flambée du prix du gaz, qui représente un «poids important dans le coût de production de certaines entreprises». Selon M. Chargé, le gaz représenterait «jusqu'à 50%» de la consommation énergétique pour les transformateurs les plus exposés (betterave sucrière, amylacés, lait, luzerne). Sous l'effet des tensions géopolitiques, le prix du gaz «se situe aujourd'hui entre 150 et 180 euros le mégawatt-heure, contre 30 euros en moyenne en 2019», d'après M. Chargé, «et il peut encore monter.»

Russie/Ukraine: menaces sur les semences de maïs pour l'Europe de l'Est (coopération)

Les pays d'Europe de l'Est pourraient souffrir d'un manque de semences de maïs, habituellement multipliées en Ukraine par des coopératives françaises, alerte le président de la Coopération agricole, Dominique Chargé, dans un entretien à Agra Presse le 4 mars. La guerre en Ukraine pourrait pénaliser les semis de semences souches au printemps 2022, puis leur multiplication en 2023, et donc «avoir des conséquences sur la disponibilité en maïs consommation à l'automne 2024», résume le responsable coopératif. Les surfaces concernées sont encore «en cours d'évaluation». Le conflit entraîne «des problèmes de disponibilité de main-d'œuvre, car les Ukrainiens ont pris les armes», mais aussi «des matériels endommagés, car ils ne veulent pas qu'ils tombent dans les mains des Russes», ainsi que des risques accrus de défaut de paiement. La Coopération appelle les pouvoirs publics à «tout faire pour continuer à produire en Ukraine», en «assurant la sécurité des salariés sur place», mais aussi en «couvrant les risques» des coopératives présentes. Alors que l'assurance export classique (Coface) ne fonctionne pas en cas de guerre, les coopératives demandent à «renforcer l'assurance» et à assouplir le dispositif des PGE (prêts garantis par l'État).

Ukraine: Soufflet «très pessimiste» pour les semis de printemps

«J’ai la certitude désormais que les emblavements de printemps de pourrons pas avoir lieu en Ukraine et ils risquent aussi d’être perturbés en Russie», estimait, le 4 mars, Grégoire Boyen, directeur général de Soufflet Agriculture, interrogé par Agra presse. Le groupe opère des activités de négoce dans les deux pays (achat de grains, vente d'intrants/semences). En Ukraine, «il y a de multiples raisons qui vont empêcher les semis». Et de citer d'abord «un problème de main d’œuvre», considérant «la mobilisation générale des hommes» et le fait «que le reste de la population se protège». Il pointe également «l’indisponibilité des semences dans les exploitations». Selon Grégoire Boyen, «70 à 90 % des semences nécessaires au semis de printemps sont disponibles sur le territoire ukrainien, mais la circulation des camions pour les livrer est impossible aujourd’hui, et le carburant pour les tracteurs va manquer.» «Je suis très pessimiste», conclut-il. Enfin, la fourniture d'engrais et de phytos se heurte à «un problème de solvabilité des agriculteurs ukrainiens qui fonctionnent avec très peu de trésorerie et qui n’ont pas été payés par les traders pour le grain déjà livré». Le groupe travaille avec «avec les banques pour trouver des solutions afin de garantir le financement de l’agriculture ukrainienne.»

Russie/Ukraine: la Coordination rurale met ses propositions d'urgence sur la table

La Coordination rurale a appelé, dans un communiqué le 6 mars, à la mise en place de mesures visant notamment à augmenter la production agricole française pour faire face aux conséquences de la guerre en Ukraine. Le deuxième syndicat français fait une série de cinq propositions qui font globalement dans le même sens que celles proposées par la FNSEA quelques jours plus tôt. Concernant les politiques européennes, la CR de «réviser l’obligation liée aux surfaces non productives», dans la Pac, et «la remise en culture des jachères.» Elle souhaite également «évaluer enfin l’impact de la stratégie» de la Ferme à la table, «sans attendre mi 2023» - la FNSEA avait plaidé plus frontalement pour une «révision» de cette stratégie. Sur le plan environnemental, la Coordination rurale ajoute une mesure: «supprimer les zones de non-traitement (ZNT) aux pesticides. Par ailleurs, le syndicat demande la mise en place «d'un fonds d’aide d’urgence en soutien aux agriculteurs les plus en difficultés, se trouvant majoritairement en zones intermédiaires» et la «suppression des procédures administratives pour l’exonération des taxes sur les carburants, comme pour les marins».

Russie/Ukraine: Bolsonaro veut des mines en Amazonie faute de potasse russe

Le président brésilien Jair Bolsonaro a préconisé le 2 mars, l'extraction de potassium dans des terres indigènes en Amazonie pour pallier d'éventuelles difficultés d'importation des engrais de Russie en raison du conflit en Ukraine. «Avec la guerre entre la Russie et l'Ukraine, nous risquons de manquer de potassium (utilisé dans de nombreux engrais, ndlr) ou de voir son prix augmenter», a indiqué le chef de l'Etat sur son compte Twitter. Puissance agricole de premier plan, le Brésil importe plus de 80% des engrais qu'il utilise, et, plus précisément, 96% de son potassium, selon les données du ministère de l'Agriculture. «Notre sécurité alimentaire et le secteur agricole exigent que des mesures soient prises par l'exécutif et le législatif pour ne pas dépendre d'importations de produits dont nous disposons en abondance», a-t-il ajouté. Le président d'extrême droite a cité dans son tweet un projet de loi qui prévoit entre autres l'autorisation de l'exploration minière et d'autres ressources naturelles sur des terres indigènes, ce qui est formellement interdit par la législation actuelle. «Quand ce projet de loi sera approuvé, cela résoudra un problème», a insisté M. Bolsonaro, au sujet de ce texte présenté au Parlement en 2020 et très critiqué par les défenseurs de l'environnement.

Russie/Ukraine: les professionnels inquiets d'un retour potentiel des «émeutes de la faim»

La guerre en Ukraine pourrait provoquer «potentiellement des émeutes de la faim» dans le bassin méditerranéen, prévient le président de la Coopération agricole, Dominique Chargé, dans un entretien à Agra Presse le 4 mars, à l'issue d'une réunion avec les ministres Bruno Le Maire (Économie) et Julien Denormandie (Agriculture) le même jour. Les pays d'Afrique du Nord souffrent déjà de «stocks très bas», de «perspectives de récolte très faibles» et d'une «dépendance aux céréales importées de la mer Noire», souligne M. Chargé. «Entre les difficultés [logistiques] pour sortir les produits et la baisse de la production, la conjonction peut être explosive, confirme Sébastien Windsor, le président de l'APCA (chambres d'agriculture). Si la situation ne se débloque pas d'ici juin, il pourrait y avoir de vraies difficultés d'approvisionnement en Algérie et en Égypte, à la période de soudure en juin-juillet.» Alors que la profession agricole souhaite mettre en production toutes les terres disponibles en France et dans l'UE en autorisant la culture des jachères, «les changements législatifs doivent aller le plus vite possible», exhorte M. Windsor: «dans les jours qui viennent pour cette campagne, et avant le mois de juin concernant l'année prochaine pour que l'on ait le temps de conseiller les agriculteurs sur leur assolement».