Agrafil du 9 mars 2022

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Bien-être animal: Berlin prépare un plan à 1 Mrd€ (presse)

Le gouvernement fédéral allemand prépare un plan d'investissement d'un milliard d'euros (Mrd€) sur quatre ans (2023-2026) pour améliorer le bien-être animal dans les élevages, d'après la presse germanique. Dans un entretien au média agricole Top Agrar (article payant), le ministre de l'Agriculture Cem Özdemir (Verts) a indiqué vouloir «démarrer vite» ce programme qui concernerait toutes les espèces. Ce plan se baserait sur les travaux de la commission Borchert (ancien ministre de l'Agriculture), qui prévoit d'orienter la production vers «des élevages moins intensifs, avec accès à l'air libre via des bâtiments à front ouvert, équipés de filets brise-vent ou de courettes», illustre Christine Roguet, économiste à l'Ifip (institut français du porc). D'après cette spécialiste de l'Allemagne, les besoins pour transformer les élevages outre-Rhin (toutes espèces confondues) se chiffreraient entre «1,2 et 3,6 Mrd€ par an». Par ailleurs, d'après l'Ifip, l'accord de coalition entre le SPD (socialistes), les Verts et le FDP (libéraux) prévoit «de manière générale, de n’accorder des aides que pour les niveaux supérieurs de l’étiquetage du mode d’élevage». Cem Özdemir a annoncé vouloir mettre en place en 2022 cet étiquetage, dont le gouvernement a publié les critères en 2019.

Vétérinaires: une première école privée ouvrira en septembre

Par un arrêté du 4 mars, paru au Journal officiel le 8 mars, l’institut polytechnique UniLaSalle a obtenu l’agrément du gouvernement pour accueillir des étudiants vétérinaires dès la rentrée de septembre sur son campus de Rouen. Résultant de la fusion de cinq écoles d’ingénieurs, cet institut devient la première école privée autorisée à délivrer le diplôme d’État de docteur vétérinaire en France. Cent vingt étudiants seront recrutés sur concours à l’instar de ceux des quatre écoles nationales publiques: Alfort, Toulouse, ONIRIS à Nantes et VetAgro Sup à Lyon. «Aujourd’hui, la France a une offre de formation vétérinaire très largement insuffisante par rapport aux besoins vétérinaires du pays», soulève le directeur Philippe Choquet, dans une vidéo annonçant l’ouverture de la formation. La loi de programmation de la recherche —adoptée en décembre 2020— avait ouvert la possibilité de créer des écoles vétérinaires privées pour former plus d’étudiants. Actuellement, la moitié des praticiens qui s’inscrivent à l’Ordre des vétérinaires ont obtenu leur diplôme à l’étranger, le plus souvent parce qu’ils n’ont pas trouvé de place dans une école française. Les organisations professionnelles vétérinaires ont cependant émis de nombreuses réserves sur les projets d’écoles privées, notamment sur le coût élevé de la formation pour les étudiants.

Julien Denormandie testé positif au Covid-19

Le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie a annoncé sur Twitter, en début d'après-midi le 8 mars, qu'il était «positif» au Covid-19. «Je viens d'être testé positif à la Covid, écrit-il. Conformément au protocole sanitaire en vigueur, je m’isole le temps nécessaire, et continue de travailler à distance.» Julien Denormandie a été présent en quasi-continu au Salon de l'agriculture, organisé à Paris du 26 février au 6 mars, dont l'édition 2022 a été bouleversée par l'invasion russe de l'Ukraine. Le ministre, qui a participé à de nombreuses tables rondes, réunions et conférences de presse, avait indiqué samedi avoir parcouru avec ses équipes «plus de 90 km dans les travées du Salon», défendant la «souveraineté alimentaire» française, au plus près de filières percutées par les conséquences de la guerre en Ukraine. Le ministre a déambulé avec ou sans masque selon les moments. Depuis le 28 février, le masque n'était plus de rigueur dans les lieux clos soumis au pass vaccinal, ce qui était le cas du Salon. Le masque ne s'est donc imposé que le premier week-end de l'événement, visiteurs et exposants ne suivant ensuite que très inégalement la recommandation des organisateurs de continuer à le porter.

Légumes: au Maroc, grève des transporteurs routiers contre le prix du gasoil

Les transporteurs routiers marocains observent depuis lundi une grève de 72 heures pour protester contre la flambée des prix du gasoil, conséquence de la guerre en Ukraine, a-t-on appris le 8 mars de source syndicale. Au deuxième jour du mouvement, le taux de mobilisation avoisine «les 75% à l'échelle nationale pour les transporteurs de marchandises», a déclaré à l'AFP Mounir Benazouz, secrétaire général du Syndicat national des professionnels du transport routier, affilié à la Confédération démocratique du travail (CDT), une des grandes centrales syndicales du Maroc. Outre la CDT, quatre autres centrales syndicales se sont jointes à la grève, dont l'impact reste encore difficile à évaluer. «Nous appelons le gouvernement à plafonner le prix des carburants et les marges des distributeurs car la situation devient de plus en plus critique», a expliqué le syndicaliste, menaçant de prolonger la grève au-delà de 72 heures si l'exécutif ne réagit pas à leurs doléances. En réponse, le ministère de l'Intérieur a indiqué mardi avoir pris les dispositions nécessaires pour «assurer la libre circulation des personnes et des biens», soulignant dans un communiqué que la grève est "un droit garanti par la Constitution».

Artificialisation des sols : le gouvernement affine la définition et l’application

Au travers trois décrets en consultation depuis le 4 mars, le ministère de la Transition écologique précise le dispositif introduit par la loi Climat pour atteindre le zéro artificialisation nette d'ici 2050. Un premier décret détaillant la définition de l'artificialisation, indique, pour le secteur agricole, que les emprises des bâtiments et serres sur sols imperméabilisés ou «compactés», seront considérés comme artificialisées. En matière de déploiement de l’objectif ensuite, les fascicules des Sraddet devront définir « une cible d’artificialisation » par tranche de dix ans pour chacune des « différentes parties du territoire régional identifiées ». Celles-ci pouvant correspondre, précise ce second décret, « à l’échelle du périmètre d’un ou de plusieurs schémas de cohérence territoriale ». Le troisième décret valide la création de « l’observatoire de l’artificialisation », une plateforme qui sera chargée de transmettre les données aux collectivités sur l’usage des sols. Durant la première tranche de dix années, ces dernières pourront d'ailleurs se contenter, dans leur rapport triennal, d’indiquer seulement la surface artificialisée, et l’évaluation du respect des objectifs, sans fournir le solde détaillé de l’artificialisation nette.

Femmes: «encore du travail à faire» pour féminiser les OPA (Inrae)

Intervenant à une table ronde de l'Afja (journalistes agricoles) le 8 mars, la sociologue à l'Inrae Clémentine Comer observe une «féminisation tendancielle, mais lente» dans les organisations professionnelles agricoles (OPA). «Il reste encore du travail à faire», souligne-t-elle, ajoutant que la représentation des femmes est «un sujet assez peu interrogé par les OPA elles-mêmes». Lors de sa thèse, la chercheuse a étudié l'évolution de la place des femmes dans 39 OPA bretonnes (syndicats, chambres, organismes d'accompagnement, etc.). Entre 1990 et 2015, la part d'élues dans les conseils d'administration y a presque doublé, passant de 13% à 26% environ. Un chiffre en ligne avec la proportion de femmes cheffes d'exploitation en France (26,2% en 2020, en léger recul sur dix ans). «En 2002, nous avons inscrit une parité relative dans nos statuts, avec un minimum d'un tiers de femmes, ainsi qu'une limitation du nombre de mandats», témoigne Véronique Marchesseau, secrétaire générale de la Confédération paysanne. De son côté, la présidente de la FNO (éleveurs d'ovins, FNSEA) Michèle Boudoin estime à 15% la part des femmes dans les instances de son syndicat, dirigé par deux femmes. «Rien ne se fera sans nos confrères hommes», affirme cette éleveuse du Puy-de-Dôme.

Egalim 2: «Il faut se remettre autour de la table des négociations», plaide l’Adepale

Dans «un contexte mondial dramatique et incertain» et face à l’augmentation des coûts de l’énergie et des matières premières, l’Adepale (entreprises alimentaires) demande «d’urgence» de nouvelles négociations commerciales au printemps, peut-on lire dans un communiqué du 7 mars. «La situation est inédite et était imprévisible, il faut se remettre autour de la table des négociations», affirme le président de l’association, Jérôme Foucault à Agra Presse. Avant même la crise ukrainienne, les négociations sur les tarifs 2022 se sont déroulées dans un contexte de très forte inflation : «la plupart des entreprises ne sont même pas parvenues à répercuter la moitié de leurs hausses de coûts de production». «Certaines TPE projettent des factures d’énergie plus élevées que leurs résultats à la fin de l’année», alerte Jérôme Foucault qui en appelle au soutien des pouvoirs publics sur les prix de l'énergie. Concernant les hausses de matières premières agricoles, l’Adepale demande l’application de la «clause d’indexation», instaurée par la loi Egalim 2 dans les contrats. L’association renouvelle sa revendication d'une sanctuarisation de «tous les coûts de production»— c’est-à-dire également ceux des industriels— dans le cadre d’une loi «Egalim 3». «Ça permettrait de s’éviter le même psychodrame chaque année», assure Jérôme Foucault.  

Lait : Danone présente sa nouvelle stratégie de groupe

Le d.g. de Danone, Antoine de Saint-Affrique, a dévoilé à ses investisseurs, le 8 mars, la nouvelle stratégie du groupe baptisée «Renew Danone», lors d’une réunion à Evian. Il vise une croissance annuelle de son chiffre d’affaires entre 3 à 5%, tout en maintenant une marge opérationnelle courante supérieure à 12%. «Ces dernières années, Danone a délivré une performance insuffisante, en deçà de celle de ses catégories», déclare Antoine de Saint-Affrique dans un communiqué. En 2021, le bénéficie net de l'entreprise a reculé de 1,6%. Selon des propos rapportés par l’AFP, le nouveau d.g. —arrivé en septembre après l’éviction d’Emmanuel Faber— a expliqué les faiblesses du groupe par «une attention insuffisante apportée au cœur de gamme, une innovation tardive et sous-dimensionnée, une exécution irrégulière, ainsi que des investissements insuffisants» ayant menés le groupe à «son propre déclin». Danone pourrait se séparer des activités qui ne sont plus assez rentables, mais son patron assure qu’il ne se séparera pas de ses catégories phares: les produits laitiers et d’origine végétale, les eaux et la nutrition spécialisée. Au regard du conflit en mer noire qui fait bondir les cours des matières premières, la maison mère d’Activia, Alpro et Blédina s’attend à «une inflation du coût des intrants comprise entre 10 et 15%».

Pesticides : plébiscite pour l’interdiction des produits les plus dangereux (ONG)

Selon un sondage réalisé par Ipsos pour le compte de plusieurs associations, dont la LPO, Humanité et biodiversité et FNE, près de 81 % des Français seraient favorables «à l’interdiction rapide des pesticides dangereux pour la santé ou l’environnement». Et ce, «même si cette interdiction rend plus difficile le travail des agriculteurs». La tendance se vérifierait même dans les villes de moins 10 000 habitants (80%), chez les ménages les plus pauvres (83%), et chez les personnes non-diplômées (83%). En revanche, 62% des sondés seulement seraient prêts à acheter «davantage d’aliments bio produits dans votre région, même s’ils coûtent un peu plus cher». Leur part baisse chez les plus pauvres et des non-diplômés (56 et 53% respectivement). Avec ces résultats, les associations espèrent, dans un communiqué du 3 mars, «alerter les candidats à l’élection présidentielle face à une attente sociétale sans précédent, motivée par une prise de conscience de l’ampleur de l’effondrement de la biodiversité, et par l’urgence à agir».