Agrafil spécial Russie/Ukraine du 11 mars 2022

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Poutine met en garde contre une inflation mondiale des prix alimentaires

Le président russe Vladimir Poutine a estimé le 10 mars que les sanctions imposées à cause du conflit en Ukraine risquent d'entraîner une inflation mondiale des prix alimentaires, car la Russie ne pourra plus exporter suffisamment d'engrais. «Si ça continue comme ça, cela aura des conséquences sérieuses (...) pour le secteur alimentaire dans l'ensemble, la hausse de l'inflation sera inévitable», a-t-il dit, lors d'une réunion gouvernementale, alors que les exportations d'engrais russes doivent être suspendues. Les engrais russes ne sont pas en soi touchés par les sanctions occidentales. Par contre, les secteurs de la finance et de la chaîne logistique le sont, ce qui affecte les capacités de la Russie à exporter. «Si on continue de nous créer des problèmes pour financer ce travail, l'assurer, dans la logistique, la livraison de nos produits (...) alors les prix vont augmenter toujours plus, et cela va se ressentir sur le prix du  produit final, les produits alimentaires», a relevé M. Poutine. A la suite de l'annonce de sanctions massives contre la Russie et son économie, en représailles du conflit en Ukraine, le ministère russe de l'Industrie a recommandé la semaine dernière aux producteurs d'engrais russes de suspendre temporairement leurs exportations.

Les eurodéputés appellent Bruxelles à réévaluer les plans stratégiques de la Pac

Dans une lettre publiée le 9 mars, le président de la commission de l’Agriculture du Parlement européen, Norbert Lins (Démocrates-Chrétiens, Allemagne) a appelé, compte tenu du conflit russo-ukrainien, le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, à «une évaluation complète des plans stratégiques de la Pac afin d’apporter des adaptations nécessaires aux nouvelles circonstances notamment l'utilisation des flexibilités pertinentes pour augmenter la superficie des terres en production». En conséquence, il demande à  Bruxelles de «prendre des mesures pour prévenir le risque de pénurie de protéines, en autorisant l'utilisation de produits phytopharmaceutiques lorsqu'ils sont efficaces dans les zones écologiques prioritaires, adaptées à la culture de plantes protéiques pendant la durée de la crise». Norbert Lins souligne également que la question de la sécurité alimentaire est «particulièrement prégnante pour les produits les plus exposés au risque de pénurie en raison de la suspension des exportations ukrainiennes, tels que les céréales, les oléagineux, les protéagineux et les engrais». Il exhorte ainsi Bruxelles «à prendre des mesures de marché sans délai afin de soutenir les secteurs les plus touchés, et à utiliser la réserve de crise à cette fin». Enfin, le président de la Comagri invite l’exécutif européen à préparer «un plan d’action détaillé pour assurer le bon fonctionnement des chaînes d'approvisionnement alimentaire et à garantir la sécurité alimentaire au sein de l'UE».

24 ONG dénoncent l’«instrumentalisation» agricole du conflit

Abandon de la stratégie Farm to fork ou remise en culture des jachères : les mesures demandées par la FNSEA et soutenues par le gouvernement face au conflit ukrainien «sont simplistes et répondent de manière inadaptée aux enjeux de la situation actuelle et à ceux de long terme», regrettent 24 ONG, dont Générations Futures, Greenpeace ou l'Unaf (apiculteurs), dans une lettre ouverte envoyée au président de la République et au ministre de l’agriculture le 10 mars. Dénonçant une «instrumentalisation» du conflit par le syndicalisme majoritaire et Julien Denormandie, elles s’inquiètent d’un affaiblissement des «rares normes environnementales pour prétendument régler la crise actuelle dans l’urgence». Alors que deux-tiers des céréales produits en Europe seraient consommés par l’élevage, selon un rapport publié par Greenpeace en 2019, il faudrait avant tout pour les signataires «revoir la place de l’élevage industriel dans l’agriculture et l’alimentation européenne». Les autres mesures prioritaires consisteraient pour elles à développer des «systèmes de culture et d’élevage qui dépendent moins des énergies fossiles et des intrants de synthèse», et à évoluer «vers une alimentation saine».

Légumes: les Maraîchers nantais veulent un «soutien massif» pour éviter la «pénurie»

Dans une lettre adressée aux députés de Loire-Atlantique en date du 10 mars, la fédération des Maraîchers nantais pointe la menace d'une «pénurie de légumes» face aux augmentations de charges qui les conduit dans une situation qui «n'est plus tenable». Selon les professionnels du bassin maraîchers ligériens, plusieurs exploitations «évoquent aujourd’hui une possible cessation d’activité à défaut de mesures de soutien» face à l’augmentation des coûts de production. La fédération indique également que certains jeunes maraîchers «pensent sérieusement à ne pas reconduire leurs semis pour passer l’orage». Concrètement le coût de production de la mâche a pris 10% en deux mois. Le chauffage des productions sous serres représenterait désormais une charge mensuelle équivalente à 18% du chiffre d’affaire annuel. Face à cette hausse des coûts subite liée notamment à la guerre en Ukraine, les maraîchers nantais en appellent à «une intervention massive de la puissance publique». Ils invitent chaque député du département à remonter ce besoin auprès du ministère de l’Agriculture. «Seulement» deux d’entre eux auraient répondu à un premier l’appel similaire en date du 15 janvier.

Céréales: l'Argentine tente de juguler le prix du pain

Pour limiter la hausse du prix du pain en Argentine, sur fond d’envolée des cours mondiaux du blé, le gouvernement argentin a annoncé, le 5 mars, qu'il subventionnera le prix d’achat des meuniers avec des fonds prélevés à l’export aux frais des céréaliers. Concrètement, le gouvernement a gelé par décret le prix d’achat du blé effectué par les meuniers à une valeur de 23 000 pesos argentins la tonne. Soit l’équivalent de 97,87 euros au taux libre du marché des changes, ou 191,66 euros au taux officiel de la Banque centrale argentine. Le cours du blé physique à la Bourse de Rosario était, le 9 mars, de 34 180 pesos la tonne (145 euros au taux de change libre, ou 284 euros au taux officiel). La mesure porte pour l'instant sur un quota de 800 000 tonnes de blé issues de la dernière récolte, mais le dispositif pourrait être appliqué jusqu’en 2024, selon le décret. Concrètement les meuniers argentins continuent de payer leurs fournisseurs de blé au prix du marché, mais ils percevront dorénavant une subvention publique compensant la différence. Cette subvention serait financée par les exportateurs de blé basés en Argentine. En conséquences, les exportateurs répercuteront cette charge sur le prix d'achat du blé argentin, ce qui provoque la colère des agriculteurs.

Lait: Savencia sera pénalisé par la guerre en Ukraine cette année

Le groupe agroalimentaire et laitier Savencia, fabricant des St-Morêt, Tartare et Caprice des Dieux, a indiqué le 10 mars qu'il devrait être pénalisé cette année par les conséquences de la guerre en Ukraine, après avoir engrangé un bénéfice net de 82,9 millions d'euros (+5%) en 2021. «La crise internationale qui se développe à l'est de l'Europe alimentera de manière significative les tensions inflationnistes et les risques de pénurie qui se manifestent depuis la fin de l'exercice 2021», indique l'entreprise dans un communiqué. «Cet environnement devrait impacter la performance de Savencia», poursuit-elle en évoquant ses perspectives pour 2022, sans donner d'indication chiffrée. Le groupe - qui est implanté en Russie et en Ukraine - précise qu'il «poursuivra ses activités en veillant particulièrement à la sécurité de ses collaborateurs et de ses partenaires producteurs de lait». En Russie, Savencia avait notamment acquis en 2018 l'entreprise OAO Belebey, l'un des champions des fromages à pâte pressée dans le pays.

Les exportations mondiales de blé et maïs revues en forte baisse (USDA)

L’export de blé et maïs ukrainiens devrait être nettement inférieur aux prévisions d’avant le début de la guerre, a indiqué le 9 mars le ministère américain de l'Agriculture (USDA). En blé, l'USDA table désormais sur 20 Mt (-4 Mt par rapport à février) livrées par l’Ukraine en 2021-22, «car le conflit dans ce pays devrait perturber les exportations depuis la mer Noire». Son rapport prévoit aussi une diminution de 3 Mt des exportations russes, «car le transport maritime devrait être gêné par le conflit et l'application de sanctions économiques». Des baisses qui devraient être compensées par un relèvement des exportations de blé australiennes et indiennes, la contraction des volumes échangés au niveau mondial n'atteignant que 3,6 Mt sur la campagne en cours. Autre phénomène atténuant la réduction des flux venant d’Ukraine et Russie, le coup de frein sur les importations, lié à une «moindre disponibilité des exportations venues de mer Noire et des prix plus élevés», selon le ministère américain. L'USDA mentionne de grands clients de ces deux origines comme la Turquie, l'Égypte ou l'Algérie. Côté maïs, les exportations ukrainiennes devraient être amputées de 6 Mt. En revanche, le rapport n'a pas modifié l'estimation pour la Russie.

En France, 68% des produits alimentaires concernés par la hausse des prix

Au 1er mars, 68% des catégories de produits alimentaires vendus en grande surface étaient inflationnistes, selon une étude de le panéliste NielsenIQ. La moyenne se situe à +0,5% en février 2022 par rapport à février 2021. Les hausses de prix sont particulièrement importantes sur les légumes secs (+3,4%); les huiles (+2,6%); le café torréfié (+2,5%); et le riz (+2,4%). La hausse la plus importante a été observée sur les pâtes alimentaires, avec l’envolée des cours du blé: +11,4%. L’inflation est encore plus marquée sur les produits de marques distributeurs (+1,25%) et premiers prix (+2,85%) pour lesquels la matière première représente généralement la composante la plus importante du prix. C’est, par exemple, +42,5% pour les pâtes premiers prix et +11% pour les huiles. Les grandes marques nationales restent, elles, déflationnistes (-0,2%). Autre point notable: la hausse des prix est deux fois plus importante dans les supermarchés (+0,75%) que dans les hypermarchés (+0,34%). Le distributeur Système U a annoncé, le 9 mars, qu’il prendrait sur ses marges pour amortir la hausse dans les rayons. Face à l’inflation, les consommateurs se tournent vers les enseignes de hard-discount. Selon une récente étude du panéliste Kantar, Lidl et Aldi représentent désormais 10% des parts de marché. Entre le 20 janvier et le 20 février, ils ont chacun attiré 600 000 foyers supplémentaires dans leurs magasins.

Le gouvernement invite les entreprises en difficulté de trésorerie à se signaler

En visite dans la nouvelle usine du fabricant de pain et pâtes à tarte Cérélia, près d’Arras (Pas-de-Calais), le 10 mars, la ministre de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher a appelé les entreprises à «se signaler avant d’être dans de trop grosses difficultés de trésorerie» liées à l’augmentation des coûts des matières premières et de l’énergie, rapporte l’AFP. Selon les données de Mon courtier énergie (agences de courtage), les prix du gaz et de l’électricité ont augmenté respectivement de 60 et 47% depuis le début de la guerre en Ukraine. La ministre informait avoir mobilisé «depuis six semaines» des commissaires aux restructurations pour recenser les entreprises mises en difficulté par l’inflation et leur proposer un accompagnement. «L'Ukraine est une grande puissance de production céréalière en particulier et d'engrais azotés», a-t-elle relevé pendant sa visite. L’inflation «atteint 50% sur nos matières premières» l’a alerté le président de Cérélia, Guillaume Réveilhac, s’inquiétant d’un risque de rupture d’approvisionnement, notamment sur l’huile de tournesol dont l’Ukraine et la Russie sont de gros producteurs. Un «plan de résilience» doit être présenté la semaine prochaine par le gouvernement pour faire face à la crise.