Agrafil spécial Russie/Ukraine du 10 mars 2022

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GNR: les distributeurs appellent à «limiter le remplissage» des cuves

Au ministère de la Transition écologique, la direction générale de l'Énergie et du Climat (DGEC) organisait une «réunion de crise» le 9 mars sur la question des disponibilités de carburant, à laquelle assistaient notamment les distributeurs de carburants de la FF3C. Dans un communiqué paru à la sortie de cette réunion, la fédération admet que ses adhérents «rencontrent des difficultés croissantes pour l’approvisionnement du marché des gazoles vrac», principalement des transporteurs et des agriculteurs. Concernant le gazole non routier (GNR), «les besoins ne pouvant être restreints», les distributeurs recommandent «de limiter le remplissage des stocks utilisateurs pour passer le cap des délais de réapprovisionnement en substitution de la ressource russe». Par ailleurs, compte tenu des «hausses de prix exorbitantes» qui «amplifient le risque financier des fournisseurs de produits pétroliers , les distributeurs de la FF3C annoncent qu'ils «peuvent alors être contraints d’exiger des paiements comptant de leurs clients professionnels s’ils ne sont pas convenablement couverts par une assurance-crédit.» Enfin, ils annoncent que «les délais de livraison, considérablement rallongés du fait de la conjoncture, peuvent rendre impossible la garantie des prix à la livraison». Et d'expliquer que «les entreprises de distribution ne valident définitivement une commande et son prix de vente qu’à réception de leur approvisionnement (et non à la réservation initiale de commande).»

GNR: les entreprises de travaux agricoles craignent la «rupture»

Alors que la saison des travaux des champs débute, les entreprises de travaux agricoles (ETA) de la FNEDT ont organisé le 9 mars une conférence de presse, pour annoncer qu'elles étaient «en passe d'être dans la rupture» concernant leur approvisionnement en GNR (gazole non routier) et dans une «impasse totale» face à l'augmentation des prix. Conformément aux annonces distributeurs (voir ci-dessus), les entrepreneurs observent des «restrictions» dans leur approvisionnement en GNR, avec des contingentements allant jusqu'à 1000 ou 5000 litres maximum par livraison, selon les départements. La question des prix préoccupe ces entreprises à deux titres, pour des raisons de trésorerie et de répercussion de la hausse chez leurs clients. Les prix du GNR atteignaient ces dernières heures environ 1,5 euro le litre. Les ETA y sont davantage exposées que les exploitations. Cette charge représente 15% du montant de leurs services, et passerait à 30% si la hausse des tarifs du GNR n'était pas répercutée. Les ETA mettent plusieurs mesures sur la table: côté trésorerie, un remboursement anticipé de la TICPE, habituellement reversé par l'Etat au mois de juin. Et pour limiter les effets de la hausse: une répercussion automatique, «en pied de facture», des tarifs du GNR sur leurs prestations, sur le modèle de ce qu'auraient obtenu récemment le secteur du transport routier.

Engrais : Yara freine en France et en Italie à cause du prix élevé du gaz

Le fabricant norvégien d'engrais minéraux Yara International va temporairement réduire sa production en France et en Italie à cause du prix élevé du gaz naturel, a-t-il annoncé le 9 mars. Les usines française du Havre et italienne de Ferrara ont à elles deux une capacité de production de 1 Mt d'ammoniac et de 0,9 Mt d'urée. Sans donner le détail des réductions décidées sur les deux sites, Yara indique dans un communiqué qu'« en incluant l'optimisation et l'entretien d'autres unités de production, la production européenne d'ammoniac et d'urée de Yara devrait être opérer à environ 45 % de ses capacités d'ici la fin de la semaine ». L'invasion russe en Ukraine a dopé le prix du gaz - dont le secteur des engrais minéraux est très gourmand - qui a atteint des niveaux records ces derniers jours. Yara s'alarme depuis plusieurs mois des effets de l'envolée des prix qui pourrait à terme peser sur la sécurité alimentaire mondiale en conduisant les agriculteurs à réduire leurs achats d'engrais. En présentant ses résultats annuels le 8 février, Yara avait indiqué que sa facture énergétique risquait de s'alourdir de 900 M $ au premier trimestre par rapport à la même période de 2021, une estimation réalisée avant le début de la guerre en Ukraine le 24 février.

Sécurité alimentaire : la présidence allemande organise d'urgence un G7 agricole

Au regard des risques de pénurie alimentaire liés au conflit russo-ukrainien, l’Allemagne qui préside actuellement la présidence tournante du G7 a décidé de convier d’urgence le 11 mars, les ministres de l’Agriculture à une réunion virtuelle. «Nous surveillons de près les répercussions sur les marchés agricoles. Il faut s’attendre à une hausse des prix des matières premières agricoles et des engrais dans le monde, notamment en raison de la forte augmentation des coûts de l’énergie. Nous suivons de très près la situation des marchés dans le monde entier» a déclaré le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Ozdemir. Avant de préciser que «l’approvisionnement de produits alimentaires dans l’Union européenne est sans danger mais des pénuries importantes peuvent se produire dans des pays hors de l’UE, en particulier des pénuries qui prévalent déjà aujourd’hui du fait notamment de la sécheresse». Le ministre ukrainien de l’Agriculture, Roman Leshchenko sera par ailleurs, invité à cette réunion, indique le communiqué de la présidence.

Sécurité alimentaire en UE: première réunion du groupe d'experts dédié aux crises

«Je suis fermement convaincu que les risques pour la sécurité alimentaire dans l'UE peuvent être contenus si nous coopérons tous et coordonnons nos actions», a déclaré le 9 mars le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, lors de la première réunion du groupe d’experts du mécanisme européen permanent de préparation et de réaction aux crises de sécurité alimentaire (EFSCM). Cette rencontre organisée plus tôt que prévu en raison de la crise ukrainienne, a été notamment l’occasion d’échanger sur la façon d’assurer un meilleur flux d'informations tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire afin de minimiser le degré d'incertitude, de coordonner les réponses à tous les niveaux et d'identifier rapidement les priorités. La prochaine réunion est prévue pour le 23 mars, visera à entamer les premiers travaux pour la mise en place d’une cartographie des risques et des vulnérabilités de la chaîne d'approvisionnement alimentaire de l'UE et de ses infrastructures critiques, ainsi que pour le lancement d'un canal de communication approprié pour échanger des informations en temps utile.

Céréales : rebond des exportations françaises en 2021-22 (FranceAgriMer)

FranceAgriMer réévalue à la hausse ses prévisions à l’export de céréales françaises, dans un contexte « très volatil » en plein conflit russo-ukrainien, a indiqué le 9 mars l’établissement national. Concernant le blé tendre, 9,7 Mt (+800 000 t par rapport à février) sont prévues vers les pays tiers en 2021-22, un chiffre «amené à être révisé». Cela tient compte des demandes de grands importateurs souhaitant «compenser des pertes de volumes» liées à la guerre en Ukraine, a expliqué Marc Zribi, chef de l’unité Grains et sucre. Le marché mondial est actuellement privé de 12 à 14 Mt de blé russes et ukrainiens, selon lui. Des pays comme l’Algérie, l’Egypte semblent «particulièrement vulnérables pour le bon approvisionnement de la population». Une situation qui pousse l’Egypte à vouloir assouplir son cahier des charges, afin de diversifier ses pays fournisseurs, d’après Marc Zribi. De leur côté, les opérateurs français se montrent «actifs sur toutes les destinations du Maghreb et du Moyen-Orient pour proposer des offres». En maïs, 5,05 Mt d’exportations tricolores (+220 000 t par rapport à février) sont annoncées vers l’UE en 2021-22. L’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, privés de fournisseur ukrainien, se reportent vers l’origine française.

Huile de palme: l'Indonésie restreint ses exportations sur fond de tensions sociales

L'Indonésie a annoncé le 9 mars qu'elle allait encore restreindre ses exportations d'huile de palme, alors que la hausse des prix mondiaux de cette denrée provoque des tensions sociales dans le pays, plus gros producteur au monde de l'huile végétale. «Pour assurer que des stocks d'huile alimentaire soient disponibles sur le marché intérieur, nous allons augmenter de 20% à 30% les ventes sur le marché interne», a indiqué le ministre du Commerce Muhammad Lutfi au cours d'un briefing, ajoutant que la mesure entrerait en vigueur le 10 mars. Le pays d'Asie du Sud-Est connaît une pénurie d'huile de palme depuis le mois de novembre, après qu'un bond des cours mondiaux a poussé les producteurs indonésiens à exporter une plus grande partie de leur production. En janvier, les autorités ont commencé à limiter les exportations, avec une nouvelle mesure imposant aux producteurs de réserver 20% de leurs ventes au marché intérieur et imposé un prix maximum. Les cours mondiaux de plusieurs huiles végétales, comme l'huile de palme ou de soja, ont battu des records depuis l'invasion par la Russie de l'Ukraine, premier producteur mondial d'huile de tournesol, par crainte de ruptures des livraisons et de pénuries.

Biogaz : les producteurs se disent prêts à « accélérer »

Après la proposition de Bruxelles de porter la production européenne à 35 milliards de m3 de biométhane d’ici 2030 contre un objectif actuel de 17 milliards de m3, les filières agricoles, d’énergies renouvelables et les collectivités affirment leur volonté commune «d’accélérer le développement du biogaz», dans un communiqué diffusé le 9 mars. «À court terme, la filière biogaz, qui couvre l'équivalent de 15% des importations de gaz russe «peut être mise davantage à contribution en levant certaines contraintes administratives», indique le communiqué signé par la FNSEA, les chambres d’agriculture, l'Association des Agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF), l'association France gaz renouvelables, le Club Biogaz ATEE, le Comité de liaison des énergies renouvelables (Cler) et la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). Ces associations «se tiennent à disposition des ministères pour lever les verrous réglementaires à la production pour les installations existantes afin qu'elles participent à leur pleine capacité à la sécurité d'approvisionnement d'ici le prochain hiver». Ouvrant le 9 mars une conférence ministérielle sur le thème «renforcer l’autonomie énergétique européenne», Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, a insisté à ce propos sur l’impératif «d’accélérer le remplissage de nos stocks (de gaz) avant le prochain hiver».

Carbone : chute du prix des crédits sur le marché européen (Banque)

Avec le début de la guerre en Ukraine, le prix des crédits carbone sur le marché réglementaire européen du carbone (SEQE) a perdu 30 € en un mois, passant de 95 à 65 €/t entre février et mars, révèle ING Research dans un article publié le 7 mars. «À première vue, cette baisse est surprenante puisque le prix du carbone est théoriquement corrélé à celui du complexe énergétique», soulignent les experts. Mais cette chute pourrait s’expliquer selon eux par des ventes de crédits importantes de la part d’acteurs à la recherche de liquidités, ou par une anticipation d’une réduction de la demande en énergie face à la hausse des prix. Cette baisse ne devrait cependant être que temporaire selon les analystes pour qui «les perspectives demeurent haussières pour le marché». Principal facteur de remontée des prix : le paquet Fit for 55 qui, même retardé, devrait renforcer le marché réglementaire du carbone. Le marché SEQE concerne les industriels de l’énergie, de la pétrochimie et du ciment, ainsi que l’aviation, qui peuvent échanger les quotas attribués par les autorités européennes. Bien que dissocié du marché volontaire créé par le label bas carbone, le cours sur le marché SEQE est proche des prix actuellement proposés sur le marché compensatoire français.

Agroalimentaire: en Russie, certaines enseignes choisissent de fermer

Plusieurs géants de l’agroalimentaire ont annoncé dans les derniers jours suspendre leurs activités en Russie, rapporte l’AFP. Mardi 8 mars, Mc Donald’s a ainsi confirmé sa décision de fermer temporairement ses 850 restaurants russes, et de suspendre toutes ses opérations dans le pays. «Respecter nos valeurs signifie que nous ne pouvons pas ignorer les souffrances humaines inutiles qui se déroulent en Ukraine», a affirmé le directeur général de l’entreprise Chris Kempczinski. De même, Coca-cola, PepsiCo ou encore Starbucks ont eux aussi officialisé des arrêts temporaires et partiels d’activité. Si Pepsico ne vendra plus de boissons gazeuses, le groupe estime en revanche avoir la «responsabilité de continuer à offrir» ses produits laitiers et le lait en poudre pour bébés. Le brasseur Heineken, deuxième mondial derrière Ab Inbev a également annoncé le mercredi 9 mars, par la voix de son PDG Dolf van den Brink, «arrêter la production, la promotion et la vente de sa marque en Russie». Avec environ 1 800 employés, l’entreprise prétend être le troisième plus grand brasseur du pays, où elle fabrique les bières Zhigulevskoe et Oxota pour le marché local. Dans la plupart de ces entreprises, la politique est pour l'heure assez proche : «surveiller et évaluer la situation à mesure que les circonstances évoluent», tout en continuant à payer au moins partiellement les salariés.

Agroalimentaire: en Ukraine, Auchan maintient près de la totalité de ses magasins ouverts

Parmi les 43 magasins Auchan en Ukraine, 41 sont restés ouverts malgré la guerre en cours, indique la direction du groupe à Agra presse. «Nos 6000 collaborateurs sur place font des miracles », salue Antoine Pernod, directeur de la communication de Auchan Retail, évoquant un transfert de 35 palettes entre deux magasins de Kharkiv le week-end du 5 et 6 mars sous les bombardements. L’enseigne, rappelle-t-il, se mobilise aussi pour envoyer des dons et collecter ceux de ses clients, en les envoyant à la Croix Rouge. Alors que plusieurs enseignes mondiales ont indiqué fermer temporairement leurs magasins en Russie pour montrer leur soutien aux Ukrainiens, Auchan refuse en revanche de s’exprimer sur une éventuelle suspension de ses activités en Russie. «Nous chercherons à être utiles à la population qui a besoin de se nourrir», indique Antoine Pernod, confirmant que les 231 magasins russes restent ouverts.

Lait: les sites russes de Danone, Savencia et Lactalis, toujours en activité

Le groupe Danone déclare, dans un communiqué du 7 mars, maintenir «pour l’instant» son activité de production et de distribution de produits laitiers frais et de nutrition infantile en Russie «afin de répondre aux besoins alimentaires essentiels des populations civiles». L’industriel précise cependant qu’il a décidé de suspendre tout projet d’investissement dans le pays. Les deux autres industriels du lait français présents en Russie, Savencia et Lactalis, poursuivent également leurs activités de transformation et de distribution dans le pays. Le groupe Savencia informe qu’il suit l’évolution de la situation «en temps réel» et qu’il respectera «les dispositions prises par les autorités françaises». L’industriel français est notamment implanté dans le pays via sa filiale Belebey, acquise en 2017. Il emploie 1 500 collaborateurs ukrainiens et russes. «Nous respectons les dispositions gouvernementales concernant la situation dans le pays», assure également Lactalis qui possède quatre usines en Russie et y réalise 1% de son chiffre d’affaires (270 M€).

Lait: en Ukraine, les industriels français poursuivent autant que possible la production

Les industriels laitiers français présents en Ukraine, confrontés à la désorganisation de la collecte et la gestion des risques pour la sécurité de leurs collaborateurs, maintiennent autant que possible leurs activités pour subvenir aux besoins de la population du pays, ont-ils récemment expliqué. Dans un communiqué du 8 mars, Savencia annonçait maintenir partiellement la collecte de lait et la production de sa fromagerie, située à 200 km au sud de Kiev, pour «contribuer à nourrir la population locale». Le groupe Danone a été contraint de mettre à l’arrêt l’une de ses deux usines et «l’activité vient de reprendre dans la deuxième», informe l’industriel qui ne souhaite pas donner plus de précision sur la situation. Les trois sites de production ukrainiens de Lactalis fonctionnent par intermittence. «Dès que la sécurité de nos collaborateurs et de nos partenaires est engagée, nous mettons nos sites de production à l’arrêt. Leur activité reprend dès que la situation le permet», indique l’industriel. Ses usines de Pavlograd et de Shostka, dans l'est du pays, sont à l’arrêt depuis deux jours: la collecte ayant été rendue impossible par les bombardements. Des pénuries pourraient menacer la poursuite des activités de transformation : Lactalis cite, par exemple, la soude servant aux nettoyages industriels.