Loups: la Commission européenne propose un changement du statut de protection
Comme attendu, la Commission européenne a présenté le 20 décembre une proposition de décision, qui devra être validée par les États membres, visant à adapter le statut de protection du loup au titre de la Convention internationale de Berne sur la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe. Bruxelles propose de faire passer le loup d’un statut du protection stricte (annexe II) à un statut de protection normal (annexe III) permettant des mesures de gestion des populations plus souples. Cette modification, sous réserve du feu vert des deux tiers des parties contractantes à la Convention de Berne, est une condition préalable à tout changement similaire de statut au niveau de l'UE dans le cadre de la directive Habitats. Selon une analyse publiée le même jour par la Commission européenne sur la base de données récoltées auprès des États membres, les populations de loups ont considérablement augmenté au cours des deux dernières décennies atteignant «20000 individus avec des aires de répartition en expansion, ainsi que des meutes de reproduction dans 23 États membres». Dans l'UE, environ 18,7 millions d'euros sont versés chaque année en réparation des dommages causés par les loups. La France est le pays où ces compensations sont les plus élevées avec environ 4,1 M€ d'indemnisation en 2022. La présidente de la Commission européenne s'était engagée fin août à revoir le statut de protection du loup d'ici la fin de l'année. «Enfin!!», s'est félicitée Christiane Lambert, qui préside le Copa-Cogeca, alors que les ONG (Birdlife, EBB, WWF) dénoncent une décision politique prise sur la base de données floues et sans publication du rapport officiel sur l'état de la biodiversité attendu pour 2025.
Recherche: l'Inrae va devenir une «agence de programme» pour le secteur agricole
Dans son discours sur «l'avenir de la recherche française», prononcé le 7 décembre, le président de la République a annoncé la transformation de plusieurs «grands organismes nationaux de recherche», dont l'Inrae, en «agences de programmes». Chaque agence aura pour charge de «participer à la définition de thématiques de recherche prioritaires, organiser la veille scientifique pour l'ensemble des chercheurs de son domaine de compétence, interagir avec les homologues européennes internationaux et veiller au développement des infrastructures de recherche». Les sept agences citées par le chef de l'État auront par ailleurs un «mandat fort et des moyens» pour «aller vers des recherches plus disruptives». L'Inrae est citée par Emmanuel Macron comme future agence du secteur «agriculture, alimentation durable, forêts, ressources naturelles». En marge d'une conférence de presse le 20 décembre, son p.-d.g. Philippe Mauguin se prépare à mettre en œuvre cette «agence de programme», prévoyant de premières réunions avec les autres acteurs de la recherche dans ces secteurs (instituts techniques agricoles, universités, écoles d'ingénieurs...) à partir de janvier-février. Remis en juin au gouvernement, le rapport Gillet recommandait la création de ces agences, qui seraient notamment en charge de Programmes nationaux de recherche (PNR), sur la base des Programmes et équipements prioritaires (PEPR) lancés dans le cadre de France 2030.
Comptes de l’agriculture : reflux de 4,5% du «PIB agricole» français attendu en 2023
À l’occasion de la réunion de la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation (CCAN) le 20 décembre, l’Insee a publié ses chiffres prévisionnels provisoires pour l’année 2023, marquée par une décrue des marchés céréaliers et l'érosion continue du cheptel. L’Insee s'attend à une baisse de 4,5% en euros courants de l’équivalent agricole du PIB (valeur ajoutée brute au coût des facteurs), après une hausse de 12,3% en 2022. Rapportée à l’actif, la baisse est de 4,1%. Le repli de la valeur ajoutée par actif, atténué par la contraction de l’emploi (-0,5%), s’explique par une baisse des prix (-3,7%), notamment en céréales (-28,4%), oléo-protéagineux (-24,8%), fourrages (-7,2%), masquant une hausse des produits animaux, à la fois en bétail (+9,7%), volailles (+5,8 %), lait (+7,1%). Les volumes sont en augmentation (+2,9%), tirés par un rebond en céréales (+5,8%), fourrages (+19,7%), légumes (+6,2%) et malgré des revers en bétail (-5,1%) et lait (-1,2%). Les consommations intermédiaires continuent de grimper en valeur de 2,5%. Pourtant un reflux intervient sur les prix des engrais et amendements (-1,1%), de l’énergie (-1,9%). Mais dans le même temps, les prix des phytos augmentent (+8,7%).
Comptes de l’agriculture : effet de ciseaux et décapitalisation inquiètent CR et FNSEA
Réagissant aux comptes prévisionnels de l'agriculture 2023 en baisse, la FNSEA a jugé «finie l’embellie» après deux années de hausse. Les productions végétales connaissent «un effet ciseau délétère», avec des prix de vente en baisse et des prix toujours élevés pour les engrais, souligne la fédération. Si les productions animales augmentent en valeur, «les revenus des éleveurs restent parmi les plus faibles. Surtout, la baisse de production en volume s’accroit encore pour les viandes, la volaille et les produits laitiers, tandis que les importations ne cessent, elles, d’augmenter», selon la FNSEA. La CR se dit «particulièrement inquiète de l’effet ciseaux en grandes cultures, de la poursuite de la diminution du cheptel», et de «la réduction continue de l’emploi non salarié». Elle estime «urgent» de mener «une véritable politique en faveur de l’élevage» et alerte sur une hausse des importations qui «manquent de traçabilité et d’informations quant à leurs modes de production». Et d’interpeler les politiques: «Soit on soutient les agriculteurs français pour qu’ils participent à la souveraineté alimentaire ; soit on soutient les importations, les accords de libre-échange et toutes les multinationales qui s’inscrivent dans le jeu de l’import-export».
La croissance de la production agricole mondiale a ralenti entre 2011 et 2021 (USDA)
Dans une note parue le 7 décembre, le service de recherche économique de l'USDA (ministère de l'agriculture étasunien) constate que la croissance de la production agricole mondiale a significativement ralenti sur la dernière décennie, en lien avec une baisse de la productivité des facteurs. La production augmenté de 1,94% entre 2011 et 2021, soit moins que la croissance enregistrée sur la décennie précédente (+2,74%). La baisse est principalement liée à la productivité des facteurs, dont la croissance est de 1,14% sur 2011-2021 contre 1,93% sur la décennie précédente - et ce, «dans le monde entier», selon l'USDA. L'administration américaine identifie plusieurs facteurs de ralentissement de la productivité: le changement climatique, qui «accroit la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes» ; les investissements publics et privés dans la recherche et le développement agricole «qui ne sont peut-être pas à la hauteur des besoins en nouvelles technologies» ; le «manque d'accès ou les restrictions à l'utilisation de certaines nouvelles technologies», «les barrières commerciales, les conflits mondiaux et les guerres». Sur la même période, la croissance des volumes d'intrants utilisés a aussi ralenti, contribuant à ralentir la croissance de la production, mais avec un effet moindre. A l'inverse, l'expansion du foncier agricole s'est accélérée.
Biodiesel : l’UE ouvre une enquête antidumping contre la Chine
La Commission européenne a publié au Journal officiel de l’UE le 20 décembre, un avis d’ouverture d’une procédure antidumping concernant les importations de biodiesel en provenance de Chine. L’ouverture de cette enquête fait suite à une plainte déposée par le Bureau européen du biodiesel (EBB) pour laquelle Bruxelles considère qu’il existe des éléments de preuve suffisants. Selon les plaignants, les importations de biodiesel originaire de Chine arrivent dans l'UE à des prix artificiellement bas, nuisant gravement à la compétitivité du secteur européen. L’enquête, qui se base sur la période comprise entre le 1er octobre 2022 et le 30 septembre 2023, devrait être menée sur les 13 à 14 mois suivant la publication de l’avis. Si elle venait à confirmer les allégations de dumping et le préjudice pour l’industrie de l’UE, la Commission européenne pourrait alors être en mesure d’imposer des mesures antidumping afin de remédier aux effets des échanges commerciaux déloyaux.
Viande bovine : vers une levée des barrières commerciales en Corée du Sud pour la France
L’Assemblée nationale de Corée du Sud a validé le 20 décembre, l’autorisation d'accès au marché pour la viande bovine en provenance de France et d'Irlande. Le dossier doit à présent être renvoyé au ministère sud-coréen de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales (MAFRA) pour finaliser les démarches administratives restantes. Ce vote a notamment été salué par le vice-président exécutif de la Commission européenne en charge du commerce international, Valdis Dombrovskis, qui espère une accélération de la procédure pour les demandes restantes. En effet, la processus d'importation de viande bovine en Corée du Sud comprend une étape au cours de laquelle l'Assemblée nationale coréenne doit délibérer sur le sujet. En 2019, Séoul avait déjà entamé la réouverture de son marché aux importations de l’UE en levant les restrictions liées à l’encéphalopathie spongiforme bovine pour la viande bovine danoise et néerlandaise.
Bovins: la «grande déception» de la FNSEA sur la défiscalisation des stocks d’animaux
Dans un communiqué du 20 décembre, la FNSEA, ses associations spécialisées bovines FNPL (lait) et FNB (viande), ainsi que les Jeunes agriculteurs, font part de leur «grande déception» concernant la mise en œuvre de la défiscalisation des stocks d’animaux. «Pour que cette disposition soit pleinement mobilisable par les éleveurs, il était essentiel que la déduction de l’assiette sociale soit également prise en compte, comme pour toute mesure fiscale. Ce n’est pas le cas!», dénoncent les syndicats. En raison de ce «manque d’attractivité», les organisations nourrissent de «sérieux doutes sur l’utilisation de l’enveloppe prévisionnelle de près de 100 M€». Selon elles, «sans des signaux forts, le potentiel de production va continuer à régresser dangereusement, ces deux cheptels (laitier et allaitant, NDLR) étant en forte décapitalisation». Au Sommet de l’élevage de Cournon le 6 octobre, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire avait annoncé que le projet de loi de finances (PLF) pour 2024 comprendra une défiscalisation de «150 euros par vache», qui vise à «réduire l’imposition des éleveurs qui résulte de l’augmentation de la valeur de leur stock». Visant à lutter contre la décapitalisation, cette mesure est plafonnée à «15 000 € par exploitation, soit 100 vaches».
Porc/PPA: la Conf’ et la Fnab dénoncent un plan de prévention inadapté à l’élevage plein air
Présenté le 19 décembre par Marc Fesneau, le plan de prévention contre la peste porcine africaine (PPA) «vise surtout à renforcer la pression exercée sur les élevages plein air», déplore la Confédération paysanne dans un communiqué le 20 décembre. À travers ce plan qui prévoit notamment de renforcer la biosécurité, le gouvernement «sacrifie l’élevage plein air», alors que «la réglementation actuelle – doubles clôtures, marche en avant, désinfection chimique… – est déjà incompatible avec ces systèmes d’élevage». Au contraire, note la Conf’, «le risque que représentent les nombreux flux (d’animaux, de matériel, de personnel, d’aliment…) entre les élevages industriels est quasiment occulté». De son côté, la Fnab (producteurs bio) estime que «l’accompagnement prévu n’est toujours pas à la hauteur». Le syndicat réclame «l’éligibilité automatique des demandes d’aides liées à la biosécurité» dans les PCAEA), avec des taux de financement à 60% en plaine et 80% en montagne, ainsi qu’un «plancher d’aide à 2000 €». Par ailleurs, les deux organisations pointent un manque de mesures de chasse pour lutter contre la prolifération des sangliers, vecteurs de la maladie.
Irrigation : situation «préoccupante» des ASA face à l’augmentation des prix de l’électricité
Dans une question écrite adressée au ministre de l’Agriculture Marc Fesneau le 19 décembre, le député Léo Walter (LFI) alerte de la situation «préoccupante» des associations syndicales autorisées en hydraulique agricole (ASA) d’irrigation et d’assainissement, confrontées à l’augmentation des prix de l’électricité. Au nombre de 1149, elles gèrent les réseaux d’irrigation de plus de 35 000 exploitations agricoles et sont reconnues d’utilité publique. Or, elles sont «très dépendantes» des variations des prix de l'électricité, selon la question écrite du député LFI. En cause, la délégation par certaines ASA de leur pouvoir de négociation pour l’approvisionnement de leurs stations de pompage à l’UGAP (centrale d’achats public), qui devait leur garantir «les meilleurs prix, optimisés et fixes». Reste qu’après une augmentation de leurs tarifs de 30% en 2022, «leur fournisseur attitré par l'UGAP les a informées d'un doublement probable des prix», s’étonne M. Walter. Le député LFI demande non seulement une explication sur cette politique de prix, mais insiste également sur «la nécessité de mettre en place des règles pluriannuelles claires et transparentes, avec des tarifs adaptés aux spécificités de la consommation des ASA». Par ailleurs, il souhaite que «les disparités géographiques et les variations en besoins de pompage» soient prises en compte «afin d'aplanir les inégalités entre ASA».
Coopératives : InVivo prévoit un renforcement du négoce international et du retail d’ici 3 ans
À l'occasion de la convention d'InVivo le 20 décembre à Paris, son président Jérôme Calleau a fait état d’une année «riche, mais sous tension pour les exploitations agricoles et les entreprises du secteur», dans un contexte de conflits et d’aléas climatiques les ayant affectées. Aussi, le président d’InVivo a-t-il rappelé «l’importance de réunir l'ensemble des coopératives au service de la compétitivité de la Ferme France». Pour ce faire, un plan triennal baptisé «grandir ensemble 24-27» a été défini, avec comme objectif celui de «renforcer» la compétitivité du groupe face à «la concurrence internationale acharnée», mais également «aux enjeux climatiques prégnants», souligne Thierry Blandinières, directeur général d’Invivo. Dans cette perspective, M. Blandinières a évoqué la nécessité d’aller vers une agriculture certes plus «respectueuse de l’environnement», mais également «compétitive». Par ailleurs, il appelle au renforcement du négoce international, mettant l'accent sur la «vocation exportatrice» de la France. L’autre pilier important pour l’union de coopératives concerne le secteur du «retail», où elle souhaite capitaliser davantage dans le domaine alimentaire, «incarné notamment par l’enseigne de boulangerie Louise».
Elevage/coopératives: Val de Sèvre (canards) et Cevap (veaux) rejoignent la Cavac
Lors de son assemblée générale le 15 décembre, la Cavac a voté la fusion avec Val de Sèvre et Cevap, deux coopératives spécialisées en élevage située en partie sur son territoire vendéen. Val de Sèvre, qui compte 115 éleveurs pour 65 millions d’euros (m€) de chiffre d’affaire (CA) hors période d’influenza aviaire, est spécialisé dans le canard à foie gras. En contexte sanitaire normal, elle fournit annuellement 1,8 million de canards à l’entreprise Delpeyrat. Du fait de l'influenza aviaire, seulement 600 000 canards ont pu être produit lors du dernier exercice. Le communiqué de presse de la Cavac précise que ses adhérents sont positionnés géographiquement «en proximité de son siège situé à Sevremont sur le site également de l’outil industriel Delpeyrat dont elle est actionnaire». La coopérative Cevap est, elle, spécialisée dans le veaux de boucherie. Elle regroupe 30 éleveurs entre la Vendée, l’Anjou et le Poitou qui produisent 20 000 veaux par an, pour un chiffre d’affaire de 30 m€. Courant 2023, la Cavac avait déjà annoncé le rachat du négoce Cosset situé dans les Deux-Sèvres. Le négoce avait affiché une collecte de 250 000t de céréale en 2022. «Il n’y a pas de volonté d’expansion» indique Jacques Bourgeais le directeur de la Cavac, précisant que c’était la coopérative qui avait été abordée dans les trois situations.