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Un rapport pointe du doigt les financements publics accordés à la filière des protéines d’insectes

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A l'échelle mondiale, près de 2 Mrd$ ont été injecté dans des start-up d'élevage d'insectes, dont la moitié ont fermé depuis. Crédits : © Observatoire des Subventions et Aides Agricoles en France

L’Observatoire National de l’Elevage d’Insectes (ONEI) et l’Observatoire des Subventions et Aides Agricoles en France publie un rapport inédit sur l’ampleur des montants consacrés au financement de la filière d’élevage d’insectes, alors que ses bénéfices environnementaux sont remis en question.

Après plus de deux ans de travail et d’enquête, l’Observatoire National de l’Elevage d’Insectes (ONEI) et l’Observatoire des Subventions et Aides Agricoles en France (ObSAF) (1) ont publié un rapport inédit le 22 avril 2026 consacré aux financements publics accordés à la filière des protéines d’insectes en France et en Europe. D’après les résultats de cette enquête « au moins 284 M€ d’argent public ont été investis au cours de la dernière décennie dans les principales entreprises françaises du secteur », est-il indiqué dans le rapport, dont environ 184,7 M€ pour l'industrialisation. Plus de 90% des montants proviennent de l’État ou de ses opérateurs, en premier lieu Bpifrance, l'Ademe et la Caisse des dépôts

À l'échelle mondiale, les investissements cumulés dans le secteur s'élèvent à environ 2 Mrd$, dont au moins 36% ont été dirigés vers des entreprises aujourd'hui en cessation d'activité ou en restructuration. Rappelons que le français Ÿnsect, fondé en 2011 et présenté comme l’étoile montante du secteur, a été placé en liquidation judiciaire en décembre 2025, après avoir levé plus de 600 M€. De son côté, Innovafeed, fondé en 2016 et qui a levé plus de 450 M€ depuis sa création, peine toujours à trouver l’équilibre financier. En 2024, la société affichait 35,6 M€ de pertes nettes pour 5 M€ de chiffre d'affaires. 

Lire aussi : Ynsect, le transformateur d'insectes, placé en liquidation judiciaire 

Un soutien financier qui interroge

Rapporté à la production effective de la filière, ce montant de 284 M€ « représente environ 20 euros d’aide publique par kilogramme de farine d’insectes produit, soit près de cinq fois son prix de vente sur un marché qui peine encore à trouver ses débouchés », relèvent les auteurs du rapport. A titre de comparaison, ce montant représente environ 2,5 fois l’enveloppe du plan Protéines végétales de France Relance, près de 33 fois le budget annuel du fonds Avenir Bio et 6 fois celui de l’enveloppe nationale dédiée aux cantines durables. Un soutien financier au bénéfice de cette filière qui interroge, alors même que « la viabilité économique de l'élevage d'insectes dans le contexte européen reste à démontrer et que ses bénéfices environnementaux sont contestés par la littérature scientifique la plus récente », note le rapport. Et les auteurs de l’enquête de rappeler que l’enthousiasme pour l’élevage d’insectes « a été largement catalysé par la publication en 2013 d'un rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), intitulé "Edible Insects: Future Prospects for Food and Feed Security" ».

Lire aussi : Tom Bry-Chevalier (Onei) : « La filière de l’insecte n’a pas suffisamment justifié ses prétentions environnementales. » 

Selon le rapport, les premiers obstacles au développement de la filière insectes sont d’ordre économiques puisque « la farine d'insectes reste deux à quatre fois plus chère que la farine de poisson et jusqu'à neuf fois plus chère que le tourteau de soja ». Difficile dans ce contexte de trouver des débouchés viables pour les entreprises du secteur, qui avaient pourtant fondé leur business model sur la production de farine protéinée à base d’insectes pour la nutrition animale. Et si des améliorations technologiques pourraient être trouvées pour réduire ces écarts de prix, le rapport souligne que « les coûts de production restent élevés en raison des besoins énergétiques importants (des élevages chauffés de 25° à 30°, ndlr), du prix des substrats utilisés pour nourrir les insectes et de l'absence de technologies de production à grande échelle éprouvées ». 

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Quatre recommandations 

L’autre obstacle soulevé porte sur l’aspect environnemental. Selon une analyse du cycle de vie commandée par le ministère britannique de l'Environnement publiée en 2025, aucune des farines d’insectes testées ne surpasse les alternatives conventionnelles sur l'ensemble des 16 indicateurs environnementaux. « La farine d'insectes émet jusqu'à 13,5 fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que le soja », note le rapport. Et pour l’alimentation humaine, « la comparaison avec le bœuf, omniprésente dans la communication du secteur, ne reflète pas la réalité du marché : 90% des produits à base d'insectes (barres, snacks, pâtes) ne remplacent pas de la viande, mais des ingrédients d'origine végétale », indique encore le rapport.

En outre, le rapport note que « l'élevage d'insectes à l'échelle industrielle expose les travailleurs à des risques sanitaires documentés, mais peu pris en compte, ». Certains salariés ont en effet développé des allergies professionnelles liées aux insectes, incluant « asthme, rhinoconjonctivite et dermatite de contact ». Pour conclure leur rapport, qui s’accompagne également d’une pétition « pour un moratoire sur les financements publics à l’élevage d’insectes en France », les deux organisations indépendantes formulent quatre recommandations à l’attention des pouvoirs publics :

  • Réévaluer les aides et subventions publiques accordées à la filière.
  • Réorienter les aides et subventions publiques consacrées à la transition alimentaire, vers des solutions dont l’efficacité environnementale est mieux établie.
  • Améliorer la transparence des aides et subventions accordées à la filière, en publiant un bilan consolidé de l’ensemble des financements publics accordés à la filière, dont une part reste opaque, qui soit accessible à tous. 
  • Examiner les processus de décision ayant conduit à ces financements, afin d’en tirer les enseignements à l’avenir pour éviter des erreurs comparables dans d’autres secteurs émergents.

     

(1) L’Onei est la première organisation indépendante en France dédiée à l'information sur l'élevage d'insectes et ses membres ont publié plusieurs études dans des revues scientifiques internationales. L’ObaSAF documente les financements publics dans le secteur agricole et les choix politiques qui structurent les filières.